‹ Histoire politique du Congo BelgeChapitre 96 sur 110 · LES DERNIÈRES FONDATIONS DE LÉOPOLI) II · texte numérisé non relu

LES DERNIÈRES FONDATIONS DE LÉOPOLI) II

date el par qui le sacrenuMil de mariage aurait été célébré. «Le mariage religieux du roi, dit le mandement, et sa fin ouvertement clirélienne nous donnent le ferme espoir que Uieu lui a fait miséricorde pour ne plus se souvenir que des mérites supérieurs de sa carrière royale. Nol'te condemnare et non condcmnabimini^^ .

L'opération fut pratiquée le lendemain malin, 14. Le patient la supporta avec autant de résignation que de philosophie. Dans la soirée, il eut encore la force d'apposer sa signature sur l'arrêté royal concernant la nouvelle loi militaire, que le Sénat avait votée le Jour même. Ce fut le dernier effort. Quarante-huit heures après, le 17 décembre 1909, à 2 1/2 heures du matin, Léopold II expirait, emporté par une embolie.

La mort le frappa le jour anniversaire de la ((uarante-quatrième année de son règne. Celui-ci s'était accompli dans la paix. Si le souverain n'a attaché qu'une attention distraite aux forces morales et aux énergies intellectuelles de la nation, par contre, il s'est incessamment api)liqué à en développer, par le commerce et l'industrie, la [)uissance matérielle. Les statistiques affirnu-nt les progrès de l'activité nationale : en vingt -cinq ans, la Belgique avait doublé sa [)roduction.

398 l'ère nouvelle.

Pendant cette période, Léopold II souverain d'un ])elit jKiys. a joué un rôle mondial - pour employer un mot que son esprit aventureux affectionnait. L'cL'uvre africaine, dont il fui le créateur et dont il a assumé seul la direction et la responsabilité, lui fera dans l'iiisloire, une place à part. 11 fonda un emi)ire par des procédés tout nouveaux. Ni les sacrifices, ni les doutes, ni les mécomptes des débuts ne purent le rebuter et lempècher d'arriver à ses fins. Un de ses plus savants admirateurs, M. Paul Leroy-Beaulicu de l'Institut, dit de lui, à propos de ce dont la Belgique lui est redevable :

«Le roi Léopold, dans les trente années des ot)scurs et incertains débuts, de 187G à 1906, lui aura frayé la voie, aura accompli avec une persévérance inlassable, la partie la plus ingrate et la plus pénible de la tâche colonisatrice ; il est équitable de lui rendre cet hommage. Sans Léopold, la Belgique n'aurait jamais possédé une colonie africaine, dont la superficie dépasse 80 fois la sienne et dont la population sera facilement décuple de celle de la métropole. Le Congo belge sera pour la Belgique, plus et mieux que ce que les Indes sont pour la Grande-Bretagne, et c'est

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aux actes privés de son roi, qu'elle devra ce domaine iiicomparat)le ) (1) .

II est fâcheux que le coii(|uéraiil ail rapidement oublié le côlé social de son œuvre pour ne se }HH'occui)er que de ses avantages matériels. Combien sa gloire eût été grande, s'il ne s'était comme complu à la ternir lui-même, par la pratique d'une politique incompatible avec la conception moderne de la colonisation et (pii, finalement, lui valut, à juste litre, les critiques du monde civilisé.

Le document renfermant l'expression de .ses dernières volontés frappe i)ar sa froide concision et sa sécheresse voulue. Il est daté du 20 novembre 1907, c'est-à-dire de six semaines après la mise sur pied de la Fondation de Niederlulbach. En voici le texte :

« Ceci est mon. testament :

«J'ai hérité de mes parents quinze millions. Ces quinze millions, à travers bien des vicissitudes, je les ai toujours religieusement conservés.

;<Je ne possède rien d'autre.

(1) De la colonisation chez les peuples modernes. Sixième édition, T. I, p. 391.

400 l'ère nouvelle.

«Après ma inorl, ces quinze millions devieunenl la propriété légale de mes héritiers et leur seront remis par mes exécuteurs testamentaires, afin que mes héritiers se les partage.

«Je veux mourir dans hi religion catholique qui est la mienne ; je ne veux pas (jue l'on fasse mon autopsie,

«Je veux être enterré de grand malin, sans aucune pompe. A part mon neveu .Vlbert et ma maison, je défends qu'on suive ma dépouille.

Que Dieu protège la Belgique et daigne dans sa bonté m'ètre miséricordieux.

Bruxelles, le 20 novembre 1907.»

Comme il fallait s'y attendre, la liquidation de la succession royale soulève les plus grande difficultés. La création de la Fondation de Niederfulbach. de la Société de la Côte d'Azur et de la Société des sites compliquent singulièrement la situation. Diverses constatations faites au lendemain de la mort du roi. l'aggravent encore. Ainsi on a vérifié la ])réscnce, dans Us portefeuilles de ses dernières créations de nombreux millions en titres de l'emprunt congolais et autres valeurs que Léopold II leur avait confiés comme de simples dépôts. D'où viennent ces millions ? Ont-ils quelque corrélation avec les trente millions man-

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