L' ERE NOUVELLE
se tenaient la Reine et les jeunes princes et, à leurs côtés, S. A.R. le duc de Connaught, représentant du Roi d'Angleterre.
Le Roi AlhtM'l lieiil les |)i*oinesses faites par riurilier de la (Couronne, à Anvers, et celles eonleiiues dans le discours inaugural de sou rèi^ne. Le nouveau régime congolais s'ouvre sous de favorables auspices.
Les rapports si tentius, pendant les dernières années de l'existence tle TLlal du Congo, avec les i)uissances ayant en Afri(iue des possessions limitrophes, ont repris le caractère amical qu'ils i.'auraii^Mil jamais dû perdre. Trois arrangemenls conclus, le 23 décembre 1908, avec le gcuiveruenienl français el relatifs à des déterniiiialions de frontière, sont soumis à l'approbation des deux parlements. Le ministère des affaires étrangères s'est mis également d'accord avec le Portugal sur le tracé de la frontière dans
les parages du lac Dilolo. Deux litiges, l'un avec l'Angleterre, l'autre avec l'Allemagne concernant la fixation de la frontière entre les lacs Albert et Tanganika, s'éternisaient. Ils oui été solutionnés par une Conférence de plénii)otenliaires allemands, anglais et belges, tenue à Bruxelles, sous la présidence de M. Van den Heuvel et qui, le 14 mai 1910, a signé un accord, présentement soumis à ratification. Parmi les délégués allemands figurait un des vétérans de l'œuvre congolaise, le D'" von Danckelmann, ancien chef du service scientifique de Borna, en 1881. Une mission mixte, où la Belgique est représentée par le commandant Bastien, relève sur le terrain certaines sections de cette frontière.
Conformément aux stipulations des baux consentis par la Grande-Bretagne, en 1894, l'enclave de Lado a été remise aux autorités anglo-soudanaise, le IG juin 1910. De ses longs, laborieux et ruineux efforts d'ex})ansion dans le Bahr-el- (lazal, le Congo belge conserve, à titre de souvenir, la petite plage de Mahagi. sur le lac Albert.
L'accord diplomatique avec le gouvernement anglais ne tardera pas à être complet. Les malentendus se dissipent. Une preuve en est dans la cessation de la campagne de la Congo Bc-
Torni Association et dans les Icrincs de la Icllre publiée au mois d'août ])ai' son secrétaire honoraire, M. Ed. Morel.
Le gouvernement local, sons la «lircction du vice-gouverneur Félix Fuchs, nn des artisans de la première heiu'e. c()ini)lète les installations du bas Congo et du Stanley-pool. Les artères maîtresses du réseau fluvial seront balisées. La flotille gouvernementale qui compte 37 steamers, sera sous peu augmentée de plusieurs unités.
La plus vive impulsiou est donnée aux travaux de construction des voies ferrées sur le haut Congo et au Katanga. Dans un discours prononcé à l'inauguration du musée colonial et de la seclion congolaise de l'Exposition Internationale de Bruxelles, installée à Tervueren, le Roi Albert a dit :
« Notre belle colonie a été bien favorisée par la nature. Elle a été largement dotée par de merveilleux cours d'eau dont la plupart sont d'excellentes voies navigables ou le deviendront moyennant quelques travaux de balisage ou de dérochement Les chemins de fer, apparaissent comme l'indispensable complément de cet admirable réseau. Avons nous fait, pour les développer, l'effort nécessaire ?
« Certes, le chemin de fer du bas Congo restera une
enti'eprisc gigantesque, unique dans l'iiistolre éeouomi- (1110 do l'Afiiquo. Mais, depuis son aclièvenient, en dehors du chemin de ici' des grands lacs, les lignes osscntiellemont belge.s ont fort peu progressé. Il serait dôsirablo que l'on eût enfin une voie do transport conçue et oonstruito ])ai" dos oonipatriotos. traversant la ook^nie do ])art en pai't et reliant la capitale au cœur du Katanga. Sans préjuger l'avenir, le chemin de fer des grands lacs, dûment prolongé, pourrait réaliser ce vœu, que je forme de tout cœu]'...
« Ce qui manque au Congo, et ce qu'il nous faudrait, c'est un système bien arrêté de voies do communication et, si j'ose m'exprimer ainsi, une politique spéciale des chemins de fer. Cette pol. tique doit avoir un caractère national... »
Le goiiveriu'ineiil a reconnu l'importance el l'urgence de cette jiolilique, surtout en ce qui concerne les voies d'accès vers le Katanga. Le 'Transcongolais qui reliera le bas Congo à la région minière en suivant la vallée du fleuve, sera la grande artère qui tlonnera la vie à loul le Congo central, l'ne seconde ligne. i[ui mel- Irail en rai^port celte même région avec le terminus navigable du Kasai-Sankuru, à Panta- Miitombo. d'autres lignes secondaires sont l'objet d'une étude d'ensemble, tant au point de vue économique que politique.
Le rail venu du sud es! arrivé le 27 s('])lembre 1910^ à Elisabelhville. L:i (;()nip;i^.uic du chemin de fer du bas Congo au Kalanga diiccord avec la Compagnie du chemin de fer du Kalanga» fail étudier le prolongemeni de la ligne. jusqu'à Hidvamn, sur le Kamolondo naviguai)h\ via Cuba, par une mission dirigée par Tingénieur Chabry.
Au nord, le chemin de fer de la Compagnie des Grands Lacs arrive à son terminus, près de Kongolo. Le capitaine Mauritzen achève, de son côlé. la mise en étal du bief naviguable Kongolo-Bukama, en sorte que la partie septentrionale de la région minière ne tardera pas à se trouver en communication régulière avec Stanleyville et le bas Congo, par le ^< Transcongolais».
Le Roi Albert a tenu à montrer que l'ère des dépenses voluptuaires dans la mère patrie, aux frais de la colonie, est irrévocablement close, en renonçant à l'édification de 1' ; Ecole mondiale de Tervueren», dont la première pierre fut posée, en 1905. Par contre, au Congo, son gouvernement poursuit ou se dispose à entreprendre des travaux urgents et nécessaires. Il a repris la construction du chemin de fer du Mavumbe et
rc'liKlc (le la ligne de lltimbiri à lUele. Aux sources île cette dernière rivière, il développe sans cesse l'exploilalion de la régi-on aurifère (k Kilo, dont les résultats sont satisfaisants. Les dernières missions de i)rospectioii envoyées dans les vallées, également aurifères des rivières Moto et Kihali, font entrevoir une exploitation qui sera plus rémunératrice encore <pie celle des mines de Kilo.
En attendant que le rendement de ces richesses naturelles, enfouies dans les alluvions des terrains de rUele, aj^portent au budget de la colonie des ressources complémentaires dont il a grand liesoin. le Roi vient à son secours en mettant à sa disposition la deuxième annuité de 3.300.000 fr. attribuée à Léopold II en témoignage de reconnaissance nationale. 11 ristourne au trésor colonial un million pour le service d'hygiène, un demi million pour la construction d'hôpitaux, un demi-million pour le balisage du haut Congo, tous services fort négligés jusqu'ici ; un million pour l'allocation de pensions aux anciens africains, de secours aux veuves d'agents, d'indemnités de voyages aux femmes tle i'onctionaaires et aux religieuses, etc.
D'autre part, les réformes proposées par M.
Ri'iikiii oui éti' (Ircrélées. (^'csl un ciiscniblc déjà iiiijjosniil (le mesures iililes, coneiies dans un es|iril libéral; (les décrets sur réiiii^ralioii, la veule el la localion des lei'res, le l()uai>c' de service el le recrulenieiil des Iravailleurs, le droil de résidence, rorganisalion de la jiislict', 1 iniroduclioii de la iiiouuaie, elc. Cependant renseignement public continue à être néj^ligé. L'ancien régime l'avait complèlcment oublié. Le nouveau n'y s>)nge guère davantage. Mais (pi'atlcndre d'une métropole qni est elle-mèmi- la di'rnière des nations européennes à reconnaître les nécessités de l'enseignement obligatoire 1
L'Etat du Congo, qui avait usé de tant de capitaux, n'en avait pas trouvé pour pensionner ses anciens agents d'Afrique. A l'initiative de trois membres de la Chambre des représentants.. MM. Monville, Buyl et Mechclynck, un décret a réglé cette question d'humanité et de reconnaissance par l'octroi de pensions civiques.
L'initiative privée, pendant longtem|)s systématiquement découragée, t'ait une brillante rentrée. Sous le patronage de la Compagnie tlu Congo pour le Commerce et l'Industrie , une «Banque du Congo a été fondée et s'installe à Matadi et à Léopoldville. La Compagnie flnche-
iniii (le l\'r |)r()i(.llc d iiii|)(Jiiaiitcs niodificalions nmélioralioiis à sa voie. Une mission sous le conimaiulenu'nl du liruleiiaiil Rolx'ii Thys. explore la région en vuv de rulilisalion des forces hydrauli(iues. ])()iir la Iraelioii électrique. Entre Matadi et Léopoldville une conduite métallique (le |)élrole pipe l'He". va être construite, sur les l)Ians de M. riiiifénieur 'rr(niet. Le concessionnaire, M. Holle. se propose d'amener le pétrole au Slanley-pool et de (lislril)iier ce roml)ustil)le ilans le haut Congo.
Le Katanga. soustrait aux convoitises de Cecil Hliodes. grâce à liniliative et à l'intervention active de la (k)mpagnie du Katanga . au généreux dévouement de ses explorateurs recpiière de plus en plus l'attention. Laissé longtemps à l'écart du mouvement d'occupation par l'ancien régime, et en dehors de toide communication, il a vu ses richesses mises en lumière par M. Jules Cornet, reconnues et confirmées par les prospecteurs de la Tanganiyka Concessions . Le voyage du prince Albert a achevé d'appeler sur lui l'attention de la mère-patrie. Depuis l'annexion, des efforts s'y poursuivent en vue d'une reconnaissance plus complète, d'une occup'ation
plus ink'iise, d'une mise en vnleur plus nu''thodi- (|ui. d'une [)()lili(iue écouoniupu' plus nationale.
L'aclivilé élrangère (pii sy élail manifestée dans ces derniers temps avait taii jetei' certains cris d'alarme. Sans exai^érer le l'ait, «1 était néannu)ins prudent de prendre (pielipies inesures i;;)ur parer à des événements possibles. Désoi"mais. le Kalanga a son adminisiralion et corres- |-.ond directement avec Bruxelles, sans <lcvoir l)asser par Borna.
l'n arrêté royal du 7 mars l!)tl) a réorganisé Tadminislration dece'tv immense province, gérée depuis dix ans par le C-omilé S|)écial ilu Kalanga. 11 a créé un district du Kalanga, cheflieu Kamtiove, localité minièri' a|)pelée à devenir un grand centre iiulnslriel. La délégation de |>ouvoirs consentie au (lomilé. a pris fin depuis le ol août 1910; le r(Me de celni ci est réduit à l'exéculion de la convenlion de 181)0, c'est-à-dii'e à la gestion des biens communs de la colonie et de la Compagnie du Kalanga . Le colonel Wan,germée a été nommé vicegouverneur-général. La force pidilicpie. sous l;s ordres du capitaine Olsen, a été renforcée. Des terrains sont mis en vente, d'après un tarif publié au Bulletin Officiel' du 6 mai 1910. L'immlgra-
tion est encouragée ; des indemnités de voyage ainsi que des facilités de transj)ort sont accordées aux Belges (jui veulent s'y établir.
Grâce à riillilude des j/lateaux kalangiens et :'i leui' clinial j'clalivenienl lenipéré. la population bUniclie est, sans doute, appelée à y jouer un rôle plus actif que dans les autres districts de la colonie et Ton y obtiendra, sans trop de peine, la niain-dd'uvre suffisante, ({ui. jus((u'ici y fait encore défaul. Mallieureusenienl. pour le moment, il y a une ombre au tableau ; c'est la présence des mouches tsé-tsé. de celles qui déciment les troupeaux de bétail, comme de celles qui li'ansmettenl la maladie du sommeil. Une conférence anglo-congolaise, à laquelle le Congo belge était représenté par le commandant Gheur et le D'" Polidori. chef du service sanitaire du Katanga, s'est réunie au mois d'août dernier, à Fort Rosebery (Luapula) . Des mesures énergiques y ont été concertées et arrêtées pour combattre le fléau. Le gouvernement a commencé à les mettre en vigueur, sous la direction du 1)'" (îoessens, que le D' Rodhain, de l'Institut de Léopoldville, rejoindra incessamment, à la tète d'une mission scientifique.
L'« Intertropical Anglo-Belgian Trading C*^ »
aiiiJîi que quelques autres entreprises privées assurent les ravitaillements, et une société congolaise dénommée «Bourse du travail au Katanga;,, a i)our objet principal l'établissement et la gestion d'une bourse du travail, ainsi que la création de toutes œuvres propres à faciliter le recrutemenl et la main-d'œuvre de couleur. L''< Union Minière du haut Katanga» poursuit ses installalions dans sa riche concession cuprifère ; sous la direction de son ingénieur en chef, M. Halewyck, elle achève l'établissement d'une usine près d'Elisabethville, pour le traitement des minerais. Cette localité va être déplacée, à dix kilomètres de son emplacement actuel, dans un site plus favorable. L'ingénieur Itten trace le plan général de la future cité, au bord de la rivière Lubumbashi.
La « Compagnie foncière, agricole et pastorale du Congo», fondée, à Bruxelles, le 23 novembre 1909, crée ses premières fermes dans les environs. Une abbaye avec ferme-modèle sera fondée dans le district, par les Bénédictins.
La reconnaissance et la prospection de ce riche territoire minier se poursuit avec une grande activité. La «Tanganiyka Concessions» a dénoncé la découverte de « pipes» diamantifères, dans la zone
que l'Etat s'est réservée, le long de la frontière, entre les lacs Moero et Tanganika. Des essais d'exploitation vont y être tentes.
Des sociétés belges se substituent à l'action de la société anglaise. Dans le bas Katanga, au nord du IQc parallèle, c'est la Société de recherches minières», fondée le 29 Juin 1910 (concession Thys-Jadot) ; ses prospecteurs soûl sur l.es lieux et ont déjà dénoncé plusieurs mines. Ils vont être rejoints par ceux de la Compagnie géologique et minière des industriels et ingénieurs belges», constituée le 13 juin (concession (ireiner), et par ceux de la Société Commerciale et Minière du Congo (concession Nagelmackers et fils). Au sud du l()e parallèle, des droits /de recherches et éventuellement d'exploitation, ont été accordés par le Comité Spécial à la << Société industrielle et financière du Katanga», fondée le 15 novembre (concession Jules Mahillon) et à la Belgo-Katanga . fondée le même jour (concession Grisar") . Une loi minière (|ui achève de s'élaborer par les soins du Comité spécial et qui sera incessamment soumise à la législature coloniale, ouvrira défiintivement, le territoire à toutes les investigations et à toutes les initiatives.
Enfin, un décret du 22 mars 1910, entré en vigueur depuis le l'^^ juillet, substitue à la régie (les terres domaniales, le régime de la liberté commerciale, dans le tiers du territoire.
La réforme entraîne avec elle la reconnaissance des droits des indigènes, violés au Congo depuis dix huit ans. Le principe académique de la domanialité des terres vacantes a été maintenu ; mais ses conséquences néfastes telles que les avait imaginées et appliquées, aux applaudissements de ses courtisans, le ci-devant Etat Indépendant, disparaissent. Désormais le Congolais exploitera librement son sol héréditaire et vendra, au plus offrant, les produits qu'il aura récoltés. Il se créera de nouvelles ressources et améliorera son sort. Le commerce auquel, il y a vingt-cinq ans, les puissances réunies, à Berlin, avaient fait appel comme au plus puissant véhicule de la civilisation chez les peuples neufs, le commerce a reconquis la liberté. Il assurera le développement de l'exploitation des produits naturels et multipliera les œuvres dues à l' initiative privée.
Nous /lésespérions de voir arriver ce jour de justice et de liberté. Il luit, enfin, grâce à l'an-
nexion tant réclamée et à l'avèiieiiu'iil du Roi Albert.
Qu'il est consolant et réconfortant d'assister au triomphe du droit et de pouvoir saluer l'aurore d'une ère heureuse !