I. — VÈglise et la Restauration européenne
Rétnhlîssomont do la constitution dorÉsTliso. — Pie VII
s'ai)pliqua, dans les États que le congrès de Vienne lui avait rendus, à rétablir toutes choses comme avant la crise révolutionnaire. Les dix-huit provinces se retrouvèrent sous l'administration de fonctionnaires ecclésiastiques ; l'ordre judiciaire ancien fut restauré, ainsi que la Sainte-Inquisition, après l'abolition des codes français [décrel organique du IG juillet 18i(i). Le gouvernement central appartint de nouveau, sous l'autorité éminente du pape, aux Confjrégalions cardinalices et aux cardinaux ministres (1) dont le principal, le secrétaire d'Etal, interprétait directement la politique pontificale dans ses rapports avec les puissances séculières ('2). Consalvi, titulaire de la charge en 1815, d'esprit très ouvert, professait que « la plus grande faute est de trop répondre » : et il remit en pratique la méthode d" u écrire peu et bien » léguée aux ministres apostoliques par les « silentiaires » byzantins.
La parole et l'action extérieure appartenaient aux ordres religieux, notamment aux Jésiiiles, reconstitués pour la Russie dès ISOi, puis à Naples ( 1804), et rétablis officiellement en 1814. D'autres, comme les Frères du Sacré-Cœur de Picpus, fondés en 1810 par le P. Gondrin, les Petits Frères de Marie de l'abbé Champagnat (1816), les Oblats de Marie-Immaculée établis par Mgr de Mazenod,
180i) de viser les statuts et règlements des associations qui le demanderaient, sauf pour les Pères de la Foi, nominativement dissous, et il donnait 4.000 francs par an aux Frères des Ecoles chrétiennes en qualité « d'auxiliaires de l'Université ».
(1) La Secrétairerie d'Etat comprend trois sections : des Ajfaires ordimiires; des Affaires extraordindires (surtout politiques); des Brel's. Dix Congrégations gouvernent la législation et la discipline, parmi lesiinelles le pape préside la Congrégation du Sainl-Oflîce et la Congrégation consistoriale, ettpii comprennent celles des Sacrements, du Concile (de Trente), des Evéques et Réguliers, des Rites et Indulgences, de l'Index, de la Propagande (pour les pays de missions), de la fabrique de Saint- Pierre et de Lorette. Les Tribunaux supérieurs sont : la Dalerie, la Pénilencerie, la Rote (contentieux de première instance il d'appel), la Signature (cour de cassation).
('2) Pour cette raison, depuis Pie IV ((|ui nomma à cette fonction son neveu le cardinal Borromée, 15t)6) jusquà Innocent XII (1(191), les secrétaires d'Etal ont été. par tradition, les « cardinau.x-neveux » des papes régnants.
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évêque de Marseille (1820), les 3/ar/.s/es (182"2), allaient recommenceil'œuvre de propagande dans les classes populaires d'Europe et l'évangélisation des pays lointains, aidés par les Sœurs de Sainl- Joseph de Chinij, instituées en 1807 par Mme Javouhey, et soutenus par les ressources de plus en plus abondantes récoltées grâce à l'œuvre (lyonnaise) de la Propagation de la Foi (1822).
C'était peu que le pape eût, aussitôt après sa restauration, signé avec les États italiens des Concordats qui supprimaient la liberté des cultes, rendaient généralement au clergé les registres de l'état civil et reconstituaient, avec les anciennes juridictions et tribunaux de l'Église, sa fortune territoriale. Le pape s'associa, comme souverain temporel, aux pratiques de conservation inspirées par la Sainte- Alliance contre les carbonari et les adeptes des sociétés secrètes, affiliées, dans une mesure difficile à déterminer, à la Franc-Maçonnerie (1817-1818). En récompense, Metternich lui ferma la bouche quand il prétendit élever la voix en faveur des chrétiens de Grèce massacrés par les Turcs (1820-1821). Du moins, les Etats ibériques, échappés à l'influence française, revenaient au catholicisme traditionnel en rendant ses honneurs au clergé séculier et aux réguliers leurs monastères.
La lutte contre le g-allîcaiiîsiiie. — Mais, pas plus en France qu'en Autriche (oîi le joséphinisme d'État demeurait très puissant), la restauration ecclésiastique ne s'accomplit suivant les visées des intransigeants. En France, les évêques (dont le nombre fut porté à quatre-vingts) nommés par Napoléon, et le clergé paroissial demeuré tout près du peuple, habitués à enseigner le catéchisme impérial, s'accommodaient encoi'e des principes gallicans. Ils ne s'étonnèrent point quand échoua le projet de concordat préparé par Louis XVIII, que les Chambres rejetèrent (1817). Du moins, ils profitaient du caractère officiel que la Charte du même Louis XVIII et de Talleyrand reconnaissait à la religion. Les Jésuites, réinstallés en France sous le nom de Paccanaristes ou de Pères de la Foi, rouvraient des noviciats sous des apparences de petits séminaires (à Saint-Acheul, à Montrouge, etc.), se faisaient remettre l'enseignement des grands séminaires en concurrence avec les Sulpiciens, les Oratoriens et les Lazaristes, et poussaient aux mesures d'autorité qui tendaient à restituer aux mains de l'Église les registres de l'état civil et le monopole de l'enseignement. Ils dirigèrent par l'un d'eux, le P. Bonsin, l'association dite de la Conyrégalion, fondée en 1801 par le P. Delpuits avec des visées purement religieuses. Désormais elle passera, aux yeux de ses adversaires, pour
*;oi;
ClIAPITUE XXII
essayer d'oMt'iiii- du pouvoir leii attendant qu'elle y pousse ses afliliés) qu'il (( décrasse le clergé n encore imbu des maximes gallicanes, qu'il bride l'Université libéralisante avec ses i*ecteurs, proviseurs, principaux souvent ecclésiasli(jucs, et, après la mort du sceptique Louis WllI, qu'il (•(tmbatte, avec le comte d'Arlois ciiliii couronné, riiidirréreiitisme icligieux. Bientôt, l'opinion pidiliipie, quoique remuée par la dénonciation que le comte de Montlosier dirigeait contre les Jésuites, et facile à exciter contre le a parti
prêtre », dont on s'atliicbaità lui démontrer qu'il gouvernait l'Ktat, se laissait amener par de grands écrivains catholiques (Bonald, théoi-icien de la société d'organisation divine; Joseph de Maistre, d;uis ses livres Du Pape, ^819, et contre l'Église gallicane, 1821 ; Lamennais surtout, dans son Essai sur rindifférence en malière de religion, (18U-l821)ài'idée d'une restauration nécessaire de l'unité catholique, supérieure aux églises nationales, symbolisée dans Je gouvernement spirituel romain et dans la j)ersonne même du souverain pontife (Pie Ml jusqu'à 18-23, puis Léon XII, 1823-1829, Pie "VIII, 1829-1830), Le Mémorial catholique, organe depuis 1824 de l'école de Lamennais et dirigé par l'abbé Gerbet, soutenait aussi ces doctrines (( ultramoutaines » ou plutôt romaines, pour dégager l'Eglise des <( altérations gallicanes » et, spécialement avec l'abbé Guéranger, pour remettre en honneur la liturgie de « cette Église sur les fondements de laquelle, suivant l'expression de rcrtullien. Pierre et Paul avaient répandu leur doctrine avec leur sang ». Si, en compagnie de Polignac, le « parti prêtre » fut vaincu, du moins le gallicanisme, dernière forme fran(:aise de l'alliance du trône et de l'autel, succomba lui aussi dans la tournu-nte de juillet. Le rap-
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pel, à de longs intervalles, par les gouvernements successifs ou par leurs noiagistrats, des Quatre urlicles de168^, toujours invoqués comme loi de lÉlat mais peu à peu éliminés de l'enseignement des séminaires, en imposait de moins en moins comme l'expression de théories désuètes, et les quelques évèques réputés gallicans nommés entre 1830 et 1870 firent de plus en plus figure d'isolés.
Le mouvemoQt catholique libéral (1830-1848). — La
révolution parisienne de juillet 1830 s'était accompagnée d'un vif mouvement anticlérical dont furent victimes, avec l'archevêque de Paris, les prêtres que la foule insultait jusque dans l'exercice de leurs fonctions. Par contre, l'Église venait de remporter dans deux États voisins des avantages d'importance : en Angleterre, elle obtenait; avec l'abrogation de l'Act du Tesl, la disparition des dernières entraves imposées à la liberté de ses fidèles ; en Belgique, elle figurait au premier rang parmi les forces qui réussissaient à émanciper la nation. C'est pourquoi quelques jeunes catholiques, qui avaient prévu la crise, pensaient en trouver le correctif dans une large pratique de la liberté. A Lamennais, ancien théoricien du pouvoir absolu exercé par une monarchie chrétienne, allié des « vieilles souverainetés » contre les dissidents de la pensée et du sens propre, et qui, désabusé, écrit (i) en 1828 : d Rien ne saurait demeurer tel qu'il est, tout chancelle, tout penche », Lacordaire, l'un de ceux qui, avec l'abbé Gerbet, Montalembert, Maurice de Guérin, se groupaient à la Chênaie autour du maître, répondait: (( Otez l'Église de létat d'engrènement où elle est chez nous, pour la mettre dans l'état d'indépendance absolue où elle est en Amérique; voilà ce qui est à faire avant tout. » Lamennais n'y contredisait plus; il souhaitait que l'Église, indépendante de la forme des gouvernements qui, selon lui, l'avaient compromise sans la servir, se concentrât pour un grand effort d'action et gagnât l'amitié des l>uissances nouvellesqui jusque-là s'étaient défiées d'elle. On s'était appuyé sur les rois; désormais on s'appuierait sur les peuples : « Vous tremblez devant le libéralisme; catholicisez-le et la liberté renaîtra. »
Ces idées présidèrent à la fondation de V Avenir {\(S octobre 1830), journal que dirigeait l'abbé Gerbet, auquel collaboraient Lamennais, de Coux, labljé de Salinis, Rohrbacher et (après les premiers numéros^ Montalembert. Le programme, résumé dans l'épigraphe : Dieu et Liberté! conqn-enait en première ligne la séparation totale
(I) Dans ses Proyi-ès de la lUvolulion et de la ijiterre contre l'Eijllse (1838).
cos
CHAPITHE XXII
de l'Église et de IKlat; l'Église, dont « le royaume n'est pas 'de ce monde », ne voulait d'autre loi que le droit commun, d'autre privilège «pic la lil)crtc. Celait là rid(''al. 11 se confondait avec le droit. Lilierté civile, liberté des cultes, liberté de la presse (corollaire du libre arbitre personnel), liberté de l'enseignement, l'Église utiliserait toutes ces armes, mais elles seules, poui- ramener les hérétiques qui la méconnaissent et pour l'aire triompher, par une réconcilialiou delà Révolution et de l'Évangile, les principes d'éga- Idé et de fraternité. En nu>me temps, Lamennais présida une Agence générale pour la dé /'en fie de la liberté religieuse.
L'Agence tli deux fois parler d'elle. D'abord, pour avoir critiqué
la nomination des évèf{ues par le gouvernement et le i)rincipe du budget des cultes, Lamennais et Lacordaire furent traduits en cour d'assises et acquittés. Puis, pour avoir, le 9 mai 1831, en invoquant l'article 69 de la «Iharte, ouvert sans autorisation une école au quatrième étage d'une maison de la rue des Beaux-Arts, et inauguré dans cette mansarde (( le règne de la liberté d'enseignement )), la Gourdes Pairs condamna les fondateurs, de Coux, Lacordaire et Montalembert, à 100 francs d'amende.
11 n'en fallait pas davantage pour leur conférer, au regard des anciens partis et des évèques mêmes, peu favorables par tradition à la démocratie, une réputation de factieux. Dans les articles de r Avenir, ils signalaient un parti-pris de révolution et de violence; ils finirent par en interdire la lecture. Le nonce Lambruschini, ancien archevêque de Gênes et, à la première heure, chaud partisan de Lamennais, modifia son attitude et le désavoua. Les abonnés s'éloignèrent. Comme les évèques en appelaient au pape en vue d'une condamnation, Lamennais suspendit le journal (15 novembre 1831), et partit i>laider sa cause à Wonw avec Lacordaire et Mtmtalembert, « en pèlerins de Dieu et de la liberté ». Cette cause, qu'il exposa pendaid plus de six mois aux consulteurs pontilicaux. il la croyait inaltacpiable, défendue qu'elle semblait par cette re-
Lacoudaike (1802-1861)
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naissance religieuse qui se marquait alors dans la littérature et qui produisait les Harmonies poétiques et religieuses de Lamartine, les Feuilles d'Automne de Victor Hugo, les poèmes de Soumet et de Guiraud, les récits historiques de Barante, le nouveau spiritualisme appuyé sur l'Évangile de Cousin et de Bautain.
Le pape ne l'ignorait pas. C'était le successeur de Pie VIII, Grégoire XVI (depuis le 2 février 1831) qui, de moine camaldule devenu le cardinal Mauro Capellari, s'était rompu à la pratique des affaires comme préfet de la Propagande. Bien loin de n'être qu'un religieux étranger à son siècle, réduit devant toute difficulté à prier et à pleurer, il s'occupait à se défendre contre les émeutes, à se constituer un système d'alliances politiques en équilibre entre la France et l'Autriche, à s'accommoder dans Aucune avec les soldats français. Près de lui, Lamennais fut abondamment desservi par les ambassadeurs de Russie et de France, qui escomptaient une condamnation, par les rapports de Lambruschini (1), par l'archevêque de Toulouse, qui s'avisa de censurer 06 propositions extraites de ses écrits et que le pape dut rappeler à la modération, par les dénonciations de journaux comme l'Ami de la Religion, et davantage encore par lui-même. Doué de plus de génie ciue de souplesse, de même qu'il s'était imaginé (à tort) dans son voyage de 1824 que le pape Léon XII, très accueillant, n'attendait qu'un prétexte pour le nommer cardinal, de même il ne comprit pas que Grégoire XVI voulait avant tout éviter de se prononcer. Il s'irrita de ce silence : « Puisqu'on ne veut pas méjuger, dit-il au nonce à Florence, je me considère comme acquitté » ; et il parlait de relever F Avenir.
L'encyclique Mirari vos (15 août 1832) atteignit tout le mouvement catholique libéral. Sans nommer aucun ouvrage de Lamennais, attentive môme à faire écho aux critiques de l'apologiste de l'Essai, tout en réprouvant l'indifférentisme qui soutient « que le salut éternel se peut obtenir en quelque profession de foi que ce soit », elle condamnait l'opinion absurde et fausse, (( celte folie qu'il faut assurer et réclamer pour qui que ce soit la liberté de conscience », refusait de reconnaître la liberté des opinions et la liberté de la presse et d'accepter comme désirable la séparation de l'Eglise et de l'État par l'abrogation de ce (( Concordat qui unit le Sacerdoce à l'Empire ». Ainsi désavoués sur les points essentiels de leur doctrine, Lacordaire et Montalembert annoncèrent leur soumission aux enseignements du Saint-Siège, déclarèrent l'Avenir sup-
(1) Lambruschini, coasullé sur la conduite à tenir, déclarait qu'il n'y avait qu'à » leur faire un bon sermon et à les recommandera Dieu ».
FEYEL. II. 20
Cid C.IIAPnRFÎ X^II
prinu' ainsi (iiie VAr/encr (jénéntli'. Lniiieiinais y mit inoilis de sini- })licil»5 ; coiivaiiu'u quo rencyclique n'rlail qirun « acte de diplomatie sollicité par les souverains |)Our arr<^ter l'action catholique qui les inquiétait », il déclara de sa solitude de la (ùliénaie qu'il se soumettait u au s[)iriluel ». L'évèque de Rcrtnes le frappa d'intertlit ; il r()nq)it alors, en appelant de sa condamnation romaine à l'opinion, par lapidilicalion des l'aroles d'un croyant (i2(j avril 4834). Le livre, qui produisit grand elTet dans toute l'Europe, accusait l'Eglise de se faire l'alliée des vieilles souverainetés contre le droit populaire, des rois oppresseurs contre les nationalités, exprimait une sorte de rêve d'universelle fraternité conçu dans une t\mc furieuse. Une nouvelle encyclique le comiamna [Singiilari vos, 7 juillet 4834) qui suscita de la part de Lamennais la réplique des Affaires de Home (483G).
L'oirort catholiquo après Lamennais «mi Fi anco. — En
refusant d'aftirmer avec Lamennais l'identité du christianisme et de la démocratie, la Papauté avait tout simplement enq^èché la constitution de la religion en parti [)olitique. Elle ne paralysa pas, loin de là, l'effort des catholiques déployé en dehors des gouvernements. Lac(»rdaire, de journaliste se lit prédicateur (1833) et, malgré des cabales c{ui par jalousie, esprit de parti, hostilité du vieux clergé contre une éloquence presque « laïque », prétendaient lui fermer les chaires de Paris, prêcha le Carême à Notre-Dame (4835- 483G, puis 4841 et 4848). Il restaurait aussi l'ordre des Dominicains (4841). Montalembei't produisit à la Chaml)re des Pairs, avec une noblesse et une abou<^lance d'arguments irrésistibles, la protestalion des catholiques contre l'oppression qui menait l'Irlande à la ruine, l'Italie à l'anarchie, la Pologne prussienne et russe à la servitude brutale, Cracovie aux crises sociales sanglantes. En 4840, avec Bailly, Saint-Chéron et du Lac, il ïonih\ l' C'nirers (dans lequel Veuillot n'eut d'abord pres(|ue aucune iniluence) pour la défense d'un programme d'action catholique et sociale ; mais il ne l'inspira pas longtemps.
Plus efficace s'affirma la Société de Saint-Vincenl-de-Paul, créée par Frédéric Ozanara (1833) avec des laïques soumis ù l'Eglise, pour (( porter des coiisolatious aux malades et aux prisonniers, de l'instruclion aux enfaiils pauvres, aliaiidoimés ou détenus, les secours religieux à ceux <pii eu manquent au moment de la mort ». Française d'origine, iuliMuationali^ par destination, elle s'elTorçait d'établir paj'lout des (( Conférences » pourvues il'un builgel liaus lequel ])uisaieut les u coidrères » pour ouvrir crèches et salles
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d'asile, orphelinats, pati'oiiages et ateliers, distribuer des secours parmi le peuple, pratiquer toutes les formes charitables de l'apostolat. L'Associalion catholique, installée vers 4840 et ramifiée eti (I Comités catholiques » nationaux ou régionaux, se proposait de rattacher toutes les forces du monde catholique au souverain pontife.
En Europe. — Comme en France, le mouvement qui reliait plus étroitement ou qui ramenait au centre les Églises nationales se passa en dehors des gouvernements. Gioberti, qui, en exaltant la (' primauté morale et civile » des Italiens restaurée sous l'égide pontificale, avait exprimé le rêve de la multitude, n'essaya même pas de le traduire en des actes quand la fortune en eut fait un premier ministre du roi de Piémont (1848). — En Espagne, la confusion de termes qui qualifiait (( d'apostolique » le parti carliste, déchaîna par représailles une persécution anti-catholique pour laquelle les ministi'es libéraux Mendizabal et Espartero acceptèrent la collaboration des passions populaires. Espartero renvoya le nonce et rompit avec Grégoire XVI 1840). Mais des philosophes comme Jacques Balmès, des critiques et orateurs comme Donoso Cortès préparaient la renaissance catholique qui aboutit au Concordat de IS0I. Signé par Narvaez il s'attestait, par la reconnaissance officielle du catholicisme comme religion d'État, par la restitution au clergé de privilèges et dimmunités len matière d'associations), parla négation même de la tolérance religieuse, conforme au caractère espagnol de ce temps. — En Allemagne du sud, la Fiavière avait signé un concordat en 1817 et redevenait le centre d'une propagande dirigée parles Jésuites (1), à la fois contre les prétentions tenaces du josépliinisme encore puissant en Autriche (malgré les prédications du P. Hoffbauer et de Zachaiie Werner) et contre les ordonnances par lesquelles Frédéric-Guillaume III de Prusse rangeait d'autorité dans la religion du père les enfants issus de mariages mixtes. L'archevêque de Cologne, de Droste-Vischering, coupable d'avoir, sur instructions de llome, condamné l'ordonnance (18.33) ainsi que les théories d'Hermès, sorte de confusionnisme des doctrines catholiques et protestantes, se vit assiéger dans son palais par des troupes avec du canon et maintenir en prison jusqu'à 1840. Même traitement infligé à l'archevêque de Posen, Martin de Dunin, dans la citadelle de Kolberg (IHIST). Telle s'aftirma pourtant la force de résistance (les catholiques que, malgré les pendaisons et les fusillades qui
(1; Ils s'établissaient niissi à [^iicerne (1840) el dans fjueiiiiies cantons catholiques, i:<; qui détermina la crise du Somlerbund.
décimaient leurs frères de Pologne, ils finirent par imposer à la Prusse les articles de la Constitution de IS.-IO qui reconnaissaient aux l'Iglises le droit de s'organiser, de communiciuer librement avec leurs clicfs, de nommer elles-mt^mes leurs dignitaires.
En Angleterre, le gouvernement, malgi'é rémancii)ation de 18-29, demeurait à ce point imprégné d'esprit protestant qu'il aurait considéré comme une trahison d'entretenir avec Rome ne fût-ce que de simples rapports diplomatiques. Mais dans l'Église établie, un petit groupe de jeunes hommes, disciples du clergyman John Keble, en quête de certitudes religieuses et d'un aliment de piété qu'ils ne trouvaient |)lus dans l'anglicanisme officiel, rencontrèrent un chef en John-Henry Newman, né en 1800, Oxfordien, entré à 2'* ans dans les ordres, admirable écrivain et prédicateur séduisant malgré sa timidité et son absence d'action oratoire, et, au mépris des souffrances d'une sensibilité tendre et inquiète, ardent avant tout à chercher la vérité. Il avait failli mourir dans un voyage en Italie (1833). De retour en Angleterre, il entreprend une contre-réforme à tendance catholique et, pour l'imposer aux esprits indifférents, il prodigue les Tracls for Ihe limes qui, en quelques pages, sans exposer de système, posent des quiîslions, suggèrent au lieu d'une routine cultuelle le besoin d'une religion vivante dans les cœurs. Aux « Tractariens », que les clergymen à tendances prolestantes affectent d'appeler « une petite bande d'obscurs fanatiques, d'idolâtres pires que les catholiques romains », quoiqu'ils ne pensent point à quitter leur Église, se joignent bientôt Pusey(l835), Fronde, Ward, Wilberforce, cpii cherchent eux aussi une « voie moyenne » entre les A'A'AYA' o/'/zc/es' d'Elisabeth et le romanisme. C'est l'objet notamment du Tracl 90 (27 février 1841). Dès 1839, à l'apogée de son influence, Newman, instruit par l'histoire de l'Église et par ses propres recherches théologiques, avait commencé à douter que cette voie moyenne fût praticable ; à partir de 1841, il fut « sur son lit de mort, en tant que membre de l'Église d'Angleterre ». Autour de lui, Faber et Ward inclinaient toujours davantage vers le catholicisme romain, qu'embrassaient Lockhart et plusieurs autres (pendant que Puseyse faisait censurer pour avoir affirmé dans un sermon sa toi en la présence réelle, 18i3). Hésiguaut enfin son bénéfice paroissial de Sainte-Marie d'Oxford, enfermé ilans la retraite au hameau de Littlemore, où il essaye de se retracer à lui-même le Dcveloppemenl de la doclrine chrélienne, il se dégage « des liens des années passées » et s'arrête sur cette formule : « Ne déciile pas que la vérité est ce que tu désii-es qu'elle soit et ne fais pas une idole des préjugés que tu chéris. Le temps est court, l'éternité
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longue. )) Le 8 octobre 1845, il abjurait avec deux disciples, imprimant aux consciences une telle secousse que trois cents abjurations immédiates, suivies de beaucoup d'autres, prolongeaient de façon qui semblait durable le « mouvement d'Oxford n. Gladstone ne s'y trompait pas. « L'année 1845, écrivait-il, a marqué la plus grande victoire que l'Église de Rome ait remportée en Angleterre depuis la Réforme. 0
Dans le monde. — D'autres victoires, moins éclatantes mais aussi profitables, ont signalé à travers le monde le pontificat de Grégoire XVI, de l'ancien préfet de la Propagande. Des associations catholiques lui fournirent les ressources indispensables: quelques-unes localisées comme la Société Sainl- François- Xavier d'Aix-la-Chapelle (4832), le Ludivigsverein en Bavière (1843), le Leopoldsverein d'Autriche (1839), le Société de Sainl-Boniface de Paderborn (1843) ; d'autres internationales, mais parties de France, à l'imitation de la Propagation de la Foi, comme la Sainte- Enfance, fondée par Mgr de Forbin-Janson, évêque de Nancy, pour soutenir les missions de Chine et du Japon (1843). — Dans le Levant méditerranéen et l'Asie antérieure, dévolus depuis longtemps à l'activité des Jésuites, des Lazaristes, des Capucins (titulaires de la Cus~ iodie de Terre-Sainte), des Filles de la Charité de Saint-Vincent de Paul (installées à Constantinople en 1839), un disciple de Lamennais, Eugène Bore, né en 1810, suppléant à ^"i ans du cours de sanscrit au Collège de France, également versé dans l'arabe, le turc, le persan, l'arménien, Ihébreuet le syriaque, et chargé de missions scientifiques en Asie Mineure et en Perse, fondait en même temps les premières écoles catholiques à Ispahan et à Djoulfa (1839), parcourait la Mésopotamie, manquait d'être nommé consul de France à Jérusalem, où il avait signalé les emjjiétements de la Russie, sous couleur de propagande orthodoxe, puis [)rofessait à Constanti-
GitiiiiuiitE XVI, (17G5-184G)
nople où SCS traités religieux ôcrils en turc et en arménien provo- (juaient les conversions. Lazariste en 1850, il retoui-nait en Orient et, sous l'inspii-alion de M. Mtienne, son supérieur général, il dirigeait de Constanlinople la plus grande j)artie du niouvenienl catlioli(|uc (et français) levantin.
En Afrique, où la France fit ériger en 1838 l'évèclié d'Alger (de là rayonnrrent aussitôt les missionnaires jésuites et ti'appisles et les Sdnirs de Saint-Joseph), l'Kgypte était évangélisée par les Lazaristes et les Pailles de la (Charité (1844), les Frères des Écoles chrétiennes (1847), l'Fthiopie parles Lazaristes (1839) et les Capucins (1846), héritiers des Jésuites portugais du XVI" siècle et des
Dominicains, l'Afrique occidentale j)ar les œuvres de Missions africaines (184'i). Au Cap, devenu vicariat apostolique en 1837, l'action des Oblats et des Trappistes était encore entravée par les résistances protestantes et l'intolérance des Boërs. Du moins, la propagande suivait immédiatement, parfois accompagnait la découverte. C'est en 184(5 que Grégoire XVI instituait le vicariat apostolique du Soudan; en 1848, les Jésuites obtinrent celui de Madagascar.
L'Extrême-Orient avait connu au XVL' siècle, de l'Inde au Japon, (ies chrétientés tlorissantes, dans lesquelles Jésuites et Dominicains s'attachaient à former un clergé indigène. Puis les persécutions avaient tout détruit, massacré les chrétiens par milliers len Chine notamment et en Corée\ fermé des régions entières aux T^uropéens : un voyage tel que celui des Lazaristes Hue et Gabet au Tibet et en Mongolie (1843-1847) est une exception. Grégoire XVI reconstitua dans l'Inde quatre vicariats apostoliques (Madras, Ceylan, Calcutta, Madouré, 1834-1837), fit défendre ses missionnaires capucins en Annam par les chefs des stations navales françaises, obtint que le traité de Nankin (184'2) reconnût l'existence des chrétientés chinoises. Mais le Japon s'obstinait à demeurer fermé. Par contre, le pape groupa les îles du Pacifique en trois vicariats apostoliques (1835), institua la même
Eif.K.M-: BoRÉ