CHAPITRE XXII L ÉGLISE CATHOLIQUE JUSQU A
I. L Église et la Restauration européenne. — II. Pie IX, pape-roi (1846-1870).
LKirlise cntholiqiio on I8I0. —A k fin du XVIIP siècle,
l'Église catholique, battue en brèche par la Révolution en tant que puissance politique, par les gouvernements monarchiques (( éclairés » et par les K philosophes » en tant que puissance spirituelle, faisait figure de vaincue. Son chef, le pape Pie VI, dépouillé de ses États (Avignon en 1791, Rome on 1798), était mort prisonnier à A'alence (1799); cv, n'est que le 14 mars 4800 que le Conclave, réuni à Venise, avait élu à sa place le cardinal-évécpio d'Imola, Chiaranionti, qui s'appela Pie VII. Avec lui, Ronaparte, premier consul, se résolut à traiter pourvu qu'il lui imposa! ses volontés porsoniielles. Kn annon(;ant à Oecaen qu'il jiégociait avec iiouie, au lendenuiin même de Marengo: (( Nous avons encoi-e deux choses, lui disait-il, qui iu)us end)arras-
PiE Vil (1712-1823) (D 'cil) lès Da\id)
l'église catholique jusqu'à 1870 (;03
sent, les prêtres et les émigrés. Quant aux émigrés, s'ils ne se conduisent pas bien, nous les mettrons à la porte. Les prêtres, quoique je n'y tienne pas beaucoup, nous tâcherons de les faire vivre, parce qu'un grand nombre a servi la cause de la Révolution. » Le Concordai, imposé d'assez haut aux diplomates pontificaux, Spina, Consaivi, puis Caprara, sortit de cette conception io juillet 1801). Il rendait la paix à l'Église de France, à condition quelle se mît aux ordres du Consul, puis de l'Empereur, comme une « gendarmerie sacrée 1), et il restaurait le pape dans la dignité d'un souverain temporel, « comme s'il avait eu 100.000 hommes de troupes», mais sans lui restituer la partie de ses États incorporée au futur royaume d'Italie. Bien plus, l'Eglise, qui avait dû renoncer à revendiquer en France la propriété de ses terres aliénées depuis 1789 et à lever la dîme, allait subir les sécularisations allemandes de 1803 (Recez de la Diète germanique), l'abolition des dernières principautés ecclésiastiques et, à mesure que s'étendrait la conquête napoléonienne (et jusqu'en Pologiîe), la perte des biens accumulés sous l'ancien régime au profit de ses dignitaires. A la fin, l'entente se rompit entre l'Empereur, victorieux de l'Europe continentale et spoliateur d'Ancône (I8O0), de l'Ombrie (1807), de la Ville même (1809;, et le pape qui l'avait sacré. Pie VII, arrêté le 6 juillet 1809, revit Fontainebleau en prisonnier pendant que ses cardinaux, déchus de leur titre, internés en des villes éloignées, étaient surveillés par la police, que trois évêques étaient jetés en prison, des clercs « rebelles »> incorporés de force dans l'armée d'Allemagne. La défaite impériale seule permit à Pie VII de rentrer à Rome (mai 1814j.
Cette longue crise aboutit à deux résultats. En premier lieu, le Saint-Siège, quoique représenté au congrès de \'ienne, n'obtint pas la restaïu-ation complète de l'ancien pouvoir pontifical. Les diplomates blasés qui menaient l'Europe continuèrent, en dépit de leur adhésion à la vague religiosité de la Sainte-Alliance, à traiter la papauté temporelle comme une puissance de second ordre que surveillait spécialement l'ambassadeur autrichien. D'autre part, et sans doute sans le vouloir, la Révolution et l'Empire concordatiste avaient fait gagner à l'épiscopat sur le clergé inférieur (et même sur les réguliers) (1) une autorité auparavant inconnue; ils avaient ruiné plus qu'à demi le gallicanisme en reconnaissant au pape le
(1) Note de Champagny au cardinal Caprara : ■ De moines. l'Emjiereur n'en veut point. Il n'y en avait pas du temps des apôlres; il n'y en a point en France, l'Italie n'en a pas besoin. >< A Elisa, grande-duchesse de Toscane, Napoléon mandait : « Emparez-voiis des biens des moines; c'est là le principal. » Toutefois il offrit ('2-> juin
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(iroil tli' retirer aux év("'<[iies les pouvoii-s de juruliclion sur h^urs diocèses. Partout où s'appliqua le Concordat de 1801, le clergé, rattaché par des liens plus étroits au Siège de Home, devint peu à peu (( ullramontain ».