Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3
SOMMAIRE : État de Lyon en 1789. — Caractère des négociants. — Privilèges de la bourgeoisie. — Organisation municipale. — Milice bourgeoise. — Budget de la ville. — Situation de la classe ouvrière. — Supplice de Sauvage. — Quelques avis aux citoyens de Lyon. — Convocation des États généraux. — Influence des francs -maçons. — Assemblée des électeurs de la noblesse. — Clergé Lyonnais. — Assemblée du tiers état. — Déclaration du 14 février. — Députés de Lyon. — Polémique A l'occasion de la candidature d'un protestant. — Scène scandaleuse du 24 février. — Journées des 2 et 3 juillet. — Création d'un corps de volontaires. — Adresse à l'Assemblée nationale. — Expédition du 30 juillet contre les brigands du Dauphiné. — Arrêté du 10 août. — Émeute de la milice. — Proclamation de la loi Martiale. — Secours aux ouvriers Ivonnais. — Subsistances. — Seconde adresse à l'Assemblée nationale.
Avant de commencer le récit des événements qui amenèrent une lutte désastreuse entre la République et la seconde ville de France , il importe d'indiquer la situation de Lyon en 1789, et de chercher les causes de l'esprit qui s'y manifesta. Nous avons à examiner les éléments constitutifs de la population lyonnaise, la noblesse, le clergé , le tiers état, les relations respectives de ces différents corps, et les conditions particulières dans lesquelles ils étaient placés.
2 HISTOIRE DK LYON. — 1789.
Lyon comptait cent cinquante mille habitants; elle était le chef-lieu d'un gouvernement qui embrassait le Lyonnais propre, le Forez et le Beaujolais. Sa généralité comprenait les importantes élections de Lyon, de Saint-Étienne, de Montbrison, de Roanne-en-Forez et de Yillefranche-en -Beaujolais. Elle avait un présidial , une cour des monnaies, une académie des sciences, belles-lettres et beaux arts; deux collèges florissants, des imprimeries .célèbres, et rivalisait avec Paris par la magnificence de ses monuments comme par l'antiquité de son origine. Sa position au confluent du Rhône et de la Saône, ses communications avec le midi et le centre de la France, lui ouvraient des débouchés faciles et nombreux. Elle était en relations commerciales avec l'Espagne, l'Italie, la Suisse, l'Allemagne, la Hollande et l'Angleterre. La fabrication des étoffes de soie, le filage des laines, l^afDnage et le filage de l'or et de l'argent, la chapellerie, la papeterie, la quincaillerie, occupaient en son sein une population considérable.
Intéressés comme tous les grands spéculateurs, au maintien de la tranquillité, les négociants lyonnais durent voir avec inquiétude les premiers symptômes de l'effervescence révolutionnaire. Le mécontentement général ne trouva point d'écho dans leurs cœurs. Us ne partageaient point les griefs delà majorité contre l'aristocratie, dont le luxe alimentait l'industrie locale. La plupart des nobles de Lyon étaient liés d'intérêt et môme de parenté avec la bourgeoisie. Toute la province ne comptait guère plus de six véritables gentilshommes; les autres l'étaient devenus par des acquisitions d'ofiices, ou par la promotion de quelque aïeul à la charge d'échevin , qui conférait la noblesse en vertu d*une concession de Charles VHl (1495), avec la faculté de continuer sans déroger le commerce en gros. L'administration municipale était confiée à un prévôt des marchands, assisté de quatre échevins et de douze consuls. Les bourgeois de Lyon jouissaient de privilèges, coutumes et franchises, octroyés et confirmés par des papes, des archevêques, des rois et des princes. Lyonnais de naissance ou d'adoption, il leur suffisait, pour être exempts de la taille, de se faire inscrire sur les registres, de donner déclaration de leurs biens, et de prouver dix années de résidence. Les procureurs et notaires étaient dispensés de cette dernière condition, et dès qu'ils étaient établis dans la ville, ils ne payaient d'impôts ni pour leurs terres affermées , ni pour les maisons de campagne avec enclos qu'ils faisaient valoir personnellement. Fière de ses droits, animée d'un esprit d'in-