‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 2 sur 217 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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dépendance fédéraliste, la bourgeoisie lyonnaise avait de fréquentes discussions avec les intendants et les gouverneurs militaires. Elle tolérait à peine dans la cité la présence des soldats du roi; depuis 1228, elle se gardait elle-même et sans auxiliaires. Chacun des trente-cinq quartiers ou pennonages, commandé par un officier pennon, fournissait quotidiennement cinquante hommes, répartis, de neuf heures du soir à deux heures du matin, dans les deux corpsde-garde de Lyon. Pendant le jour, la milice bourgeoise se faisait remplacer par une compagnie franche de soixante soldats du régiment de Lyonnais.

Ainsi, la classe aisée de Lyon ne pouvait désirer la répartition égale de l'impôt, la formation des gardes nationales, l'extension du pouvoir communal, l'accroissement de la centralisation administrative. Les événements de 1789 lui enlevaient, sans indemnité, la stabilité nécessaire aux opérations commerciales. La ville, grevée de trente-deux millions de dettes en capital, ayant un déficit annuel de trente-six mille quatre cent quatre-vingt-treize livres, était menacée de perdre ^ par suite des réformes, le revenu de sa douane et les deux millions deux cent mille livres qu'elle retirait de l'octroi sur les soies. Les travailleurs, indisciplinés à toutes les époques, allaient être exposés aux mauvais conseils de la faim. Depuis longtemps ils se plaignaient de l'insufQsance des salaires, dont la moyenne était de vingt-six sous pour les hommes et de quinze sous pour les femmes. De toutes les provinces de France, le Lyonnais était la plus, misérable, et déjà, en 1787, les ouvriers en soie et les chapeliers avaient protesté contre leur détresse par l'insurrection. Un de leurs chefs, nommé Sauvage, avait été arrêté et condamné au supplice de la corde; mais la répression violente des émeutes, avait irrité les esprits sans résoudre le problème économique. Comment contenir, après une inévitable interruption de travaux, cette foule laborieuse, étrangère aux théories politiques, mais animée d'une aveugle haine contre les riches, et d'autant plus audacieuse qu'elle avait tout à gagner au désordre?

Les dispositions de la ville en 1789 sont clairement énoncées dans un pamphlet du temps : « Toutes les provinces, dit l'auteur anonyme « de Quelques avis aux citoyens de Lyon, ont fait retentir dans l'as- » semblée des notables leurs vœux patriotiques; un grand nombre « de citoyens généreux des ordres du clergé et de la noblesse ont « pris la défense des droits du peuple contre leurs propres privilé-

» ges, et au milieu de ce concert unanime de réclamations, la voix » des citoyens de Lyon ne s'est point fait entendre. La seconde ville » du royaume est restée sans activité, comme si elle eût cessé « d'exister dans la chère patrie.

» Citoyens doux, sensibles et industrieux, votre confiance naturelle » est trop grande aujourd'lmi; sortez d'un long repos... ce n'est pas » la puissance légale du prince qui a pesé jusqu'ici sur vous , c'est le » pouvoir arbitraire que des grands, des ministres, des subalternes » de radministration se sont attribué-, c'est l'influence usurpée de « différents corps et des agents du fisc ; c'est l'autorité, la supériorité » personnelle que se sont arrogées sur vous; sans s'appuyer de la » loi ni d'aucun titre, des hommes puissants, des seigneurs, des ri- >' ches, des magistrats. Il est temps que les têtes de pavot soient » abattues par la force de la loi et d'une bonne constitution. »

La froideur des Lyonnais parut céder à ces reproches ; et quand les lettres patentes du 24 janvier 1789 eurent convoqué les états généraux, tous les partisans des idées nouvelles, les protestants, les jansénistes, les martinistes, se coalisèrent pour vaincre la résistance des privilégiés. Saint-Martin, auteur du livre AesErreurs et de la Vérité^ avait fondé à Lyon, en 1778, la Ipge-mère de la bienfaisance, à laquelle se ralliaient plusieurs loges secondaires. Ces sociétés devinrent autant de clubs où se préparèrent les élections. Les classes privilégiées, incapables de maîtriser le mouvement public, se résignèrent à la générosité. La noblesse en donna l'exemple, et dans ses premières réunions, le jurisconsulte Deschamps plaida chaleureusement en faveur de l'égalité.

Le clergé, nombreux et opulent, fut également entraîné dans la voie des sacrifices. Lyon renfermait cinq églises collégiales, treize paroisses, quatre abbayes, quatre prieurés , deux vastes hôpitaux, et plus de cinquante maisons régulières. L'archevêque primat des Caules, possesseur de quarante-cinq mille livres de rente, avait pour suffragants les évêques d'Autun, de Langres, de Mâcon, de Châlons , Dijon et Saint-Claude. Le chapitre de l'église métropolitaine de Saint-Jean était riche de quarante mille écus de revenu. Ses trente-deux chanoines, tenus de faire preuve de noblesse jusqu'au quatrième degré, portant le titre de comtes de Lyon, étaient si vains et si fiers, que, par un vieil abus, ils ne s'agenouillaient qu'à demi à l'élévation de l'hostie. Les chanoines, et l'archevêque M. de Marbeuf, représenté par ses

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