CHAPITRE XV
dés par les Girondins et soutenus par plusieurs sections , ont arrêté une prochaine prise d'armes ; il veut les prévenir en excitant le peuple contre eux, il répand de tous les côtés cette énergique proclamation :
« Citoyens, il est temps que le glaive de la justice frappe indistinc- » tement toutes les têtes coupables
« Formez avec célérité l'armée révolutionnaire : une fois organisée, » votre triomphe est assiu*é. Sans doute vos ennemis, certains de leur » chute prochaine par le succès de cette démarche magnanime, vous » exagéreront les fatigues des camps, les peines et les dangers atta- » chés à la victoire. Citoyens, ne les écoutez pas, ce langage ne peut » flatter que les riches amollis par le luxe , et pour qui l'esclavage a '» des charmes! Mais vous qui jusqu'à ce jour n'avez connu que la » rigueur des saisons, la misère et ses horreurs, renonceriez-vous » lâchement à la gloire qui vous appelle, laisseriez-vous échapper de » vos mains le sceptre et la puissance que vous pouvez conserver à » jamais par un courage infatigable?
» Il ne faut rien vous dissimuler, vous n'avez qu'un parti à prendre, ' celui des armes; si vous refusez de combattre aujourd'hui, demain, » la famine vous poursuit, vous, vos femmes et vos enfants ; certes, ne » vous attendez pas d'échapper à ce fléau destructeur, puisque déjà la
• valeur des denrées a cessé d'être en proportion avec les gains de
> votre industrie. D'ailleurs, vous avez demandé un décret qui Fixât le » prix des subsistances; ignorez-vous que c'est, les armes à la main, " que vous forcerez les rebelles à l'exécution de cette loi salutaire?
» Des hommes profondément pervers ont profité de ces temps de
• détresse pour appeler vos regrets sur l'ancienne servitude; mais •' vous ne V obtiendrez pas, quand même vous auriez la lâcheté de la •' demander : avez-vous oublié que vos ennemis ont juré dans leur » fureur d'égorger jusqu'aux enfants à la mamelle de la génération » française ? tellement les tyrans l'ont en horreur?
L'on a osé vous parler de servitude. Oh ! quelle servitude, grand '• Dieu! l'on a entendu ces paroles sortir de la bouche des aristocra- »» tes : Tant mieux, disaient-ils dans leur joie féroce, tant mieux si la « guerre enlève nos bopufs et nos chevaux ! nous enlèverons, nous attelle-
• rons à leur place les Français devenus nos esclaves. Ils l'ont dit : vous
> frémissez, citoyens! Eh! bien, aux armes, Français! aux armes! et » puisqu'il ne vous reste d'autre ressource que la victoire pour échap-
iS'2 HISTOIRE DE LYON. — 1793.
» per à l'opprobre et à la mort, il faut l'obtenir ou vous ensevelir sous » les ruines de votre empire. »
Ces paroles brûlantes, inspirées par un patriotisme exalté, volent aussitôt de bouche en bouche; on les analyse, on les commente; plus de doutes , on croit voir sur le point de se réaliser les odieuses menaces des aristocrates qui ont osé jurer l'asservissement de la nation. Quelques jours encore, et les citoyens peu fortunés serviront de bêtes de somme aux classes privilégiées sur lesquelles le niveau de la République n'a point encore passé; c'en est donc fait de l'égalité si le peuple ne se lève et prend les armes. Ainsi disent les Jacobins. Remuée par leurs harangues, la popujace attend le signal, la bourgeoisie inquiète gémit sur les conséquences fatales qui peuvent surgir d'une commotion devenue inévitable; les partis en présence sont prêts à profiter des chances que leur offriront les événements. La viUe est plongée dans une morne stupeur, c'est le calme qui précède la tempête.