CHAPITRE XVI
SOMMAIRE : Députation de Théophile Leclerc. — Son discours au chib des Jacobins. — Proposition de Chassey à la Convention. — Décret du 15 mai. — ^Nouveaux députés des patriotes lyonnais. — Discours de Tun d*eux. — Réponse du président des Jacobins. — Accusation contre Leclerc. — Décret du 21 mai, relatif au tribunal criminel de Rhône-ot- Loire. — Sortie de Challier contre Dubost. — Lettre des Jacobins Achard et Fillion. — Projets de Pelletot et de Challier. — Permanence des sections. — Symptômes de guerre civile.
Ainsi tout était prêt pour un grand massacre ; les victimes étaient marquées, les bourreaux choisis, le moment seul n'avait point encore été fixé ; on attendait la confirmation du tribunal révolutionnaire ; les Jacobins la considéraient comme chose décidée, les modères consternés n'osaient espérer un jugement favorable de la Convention, malgré les efibrts des Girondins qui, cependant, étaient parvenus à produire une espèce de réaction. La cause de Lyon se discutait avec acharnement à Paris. Le club des Jacobins était le champ de bataille où la Montagne, aux prises avec Iç^ Marais, applaudissait à outrance les harangues d'un Montbrisonnais nommé Théophile Leclerc , député du comité de salut public lyonnais aux Jacobins de la capitale.
Ce jeune fou s'indignait de ce que la Convention n'avait point encore mis hors la loi tout ce qui n'était pas sans-culotte pur sang.
«Quand les magistrats sont corrompus, disait-il le 12 mai, le peuple ne doit plus espérer que dans son courage.... Peuple, écoute un homme qui dit la vérité, un enfant de la nature. Peuple, tu souffres la misère au milieu des biens qui t'avoisinent.
» Citoyens, on vous dit libres, et vous êtes esclaves de la misère.
« Les mesures révolutionnaires doivent être secrètes. Je suis soldat révolutionnaire de l'armée de Lyon; sachez que vous ne ferez
pas de révolution sans répandre de sang; mais un soldat répand \o sang avec tout le calme possible.
« 11 faut établir le machiavélisme populaire, il faut faire disparaître de la surface de la France tout ce qu'il y a dimpur. Sans cela, vous ne serez que des enfants; les modérés calomnient les amis du peuple.
» On me traitera sans doute de brigand ; mais il est un moyen de se mettre au-dessus de la calomnie, c'est d'exterminer les calomniateurs.
» Peuple, prends garde d'oublier en tes heures de sonuneil les grandes vérités que tu viens d'entendre. Pour moi, dût- on m'appeler mille fois brigand, je jure, foi de brigand, que je ne vote désormais de pétition que le fer à la main, et que, tant qu'il restera une goutle de sang dans mes veines, le mot de liberté sera dans ma bouche, et son temple dans mon cœur.
»> — Citoyen, répondit le président du club, vous avez franchi un grand intervalle pour vous réunir à vos frères; vous retournez auprès de vos concitoyens ; partout où vous serez, votre patriotisme sera d'un grand secours.
« La société vous invite à donner, en son nom , le baiser fraternel à toutes les autorités constituées de Lyon. »
Leclerc se présenta plusieurs fois à la commune de Paris, pour faire part de la demande formée par son département d'un comité révolutionnaire. Quoique le consgil municipal lui eût adjoint des commissaires, il n'osa se présenter à la G)nvention. Le 16 mai, il se plaignit de la faiblesse de quelques montagnards et de la disposition des esprits. « On a, dit-il, le projet d'égorger les patriotes; il n'y a qu'un seul moyen de sauver la République : il faut que le peuple se fasse justice, parce que la justice habite toujours au milieu du peuple, et qu'il ne se trompe jamais. "
D un autre côté, le 15 mai, le député Chassey lisait une pétition signée par quatre cents citoyens de la ville de Lyon : « De vrais « sans-culottes de la ville de Lyon, convaincus du respect qu'on doit »> avoir pour les représentants du peuple, et de la nécessité de se sou- ^ mettre aux lois, viennent de voir avec peine une scission funeste '» éclater dans les sociétés populaires de cette ville. Parmi les hommes • de bien qui composent ces sociétés, il en est dont l'exagération peut >• porter de graves atteintes à la liberté. Ceux-ci, en très-petit nom-