CHAPITRE XVIII
SOMMAIRE: Défaite de la municipalité.— Nuit du 29 au 30 mai.— Actions d*éclat des combattants. — Attaque et prise de rHôtel-de- Ville. Proclamation de la nouvelle municipalité. — Funérailles des Lyonnais morts les armes «\ la main. — Proclamation des représentants du peuple. Serment prononcé au pied de l'arbre de la liberté. — Discours deTévêque Lamourettc. — Journée du 31 mai à Paris.
La municipalité se trouvait alors isolée, abandonnée par le plus grand nombre de ses partisans, en proie à des regrets, à des remords peut-être ; cependant elle tenait encore THôtel-de-Ville, elle avait des canons, elle disposait de quelques hommes dévoués, elle dictait des ordres, plaçait et relevait ses vedettes à cinquante pas des sentinelles des sections , qui, tout en se réjouissant de leur victoire, déploraient les malheurs qui Tensanglantaient.
Cette nuit, du 29 au 30 mai, fut vraiment solennelle; la place des Carmes oflrait un aspect imposant : parmi ces sections qui s'étaient battues comme de vieilles troupes faites au feu, se trouvaient des jeunes gens blessés, couverts de sang, qui n'avaient point voulu se retirer. Chacun avait à se venger de la mort d'un frère ou d'un ami tué à ses côtés; tous voulaient assister jusqu'à la fin à cette lutte, qu'eux-mêmes avaient entreprise avec tant de courage. Plusieurs femmes et quelques jeunes filles secouraient, pansaient les blessés, et distribuaient des vivres et du vin ; il y avait des vieillards, réveillés par l'odeur de la poudre, qui demandaient à des enfants un fusil, pour recommencer leur vie de soldat. Les heures de la nuit s'écoulaient, partagées entre les récits que l'on consacrait aux désastres et aux actions d'éclat qui avaient signalé les divers combats de la journée. A chaque instant on apprenait un nouveau fait glorieux