‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 156 sur 217 · CHAPITRE XXllï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXllï

lieu bientôt sous les murs d'Avignon et retentira profondément aux oœurs des Lyonnais. Revenons à ceux-ci.

Dans sa séance du 9 juillet, la commission populaire et républicaine de Lyon avait unanimement arrêté, sur la proposition de son comité de sûreté générale, qu'il serait à Tinstant affiché un ordre, pour que tous les ouvriers en état de remuer les terres et de créneler les maisons exposées aux premiers efforts des ennemis, eussent au moins, pendant quatre jours consécutifs, à discontinuer tous les travaux entrepris pour le compte des particuliers, afin de coopérer sur une vaste échelle à l'exécution des ouvrages jugés nécessaires à la défense de la ville, sous les ordres immédiats du citoyen Chenelette, chargé spécialement de la fortification entière de Lyon. La commission donnait en outre à cet officier le pouvoir de régler, conjointement avec son comité militaire, l'émolument augmentatif du salaire des ouvriers.

Agniei de Chenelette , chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis^ était l'un des meilleurs officiers de la vieille armée française. Entré fort jeune au service, son aptitude, son zèle, son application, ses rares qualités militaires le firent bientôt distinguer entre tous ses camarades. 11 était chef d'instruction aux écoles d'artillerie de Metz et de la Fère, à l'âge où l'on apprend encore. Bientôt appelé à jouer un rôle plus actif, il sut se concilier l'estime et l'amitié de tous ses chefs qui l'avaient surnommé le DuguescUn du canon^ faisant allusion à l'irrégularité de ses traits, lui donnant ainsi que sa bravoure et le charme de ses rapports intimes, plus d'un rapport avec le chevalier breton, l'homme d'armes le plus malotru, mais le plus aimable et le plus aimé des darnes^ comme le mieux faisant en champ de bataille.

Le courage de ce brave officier ne le cédait qu'à sa haute pror bité. Cette noble figure, appartenant essentiellement à notre histoire, comme illustration lyonnaise, on nous permettra de citer une action qui fait le plus grand honneur à cet officier.

Le régiment d'artillerie dans lequel M. de Chenelette servait comme capitaine, ayant été rappelé en France après plusieurs années de garnison dans l'île de Corse, on s'aperçut d'un déficit considérable dans la caisse du corps.

Grande rumeur parmi les officiers, violentes incriminations; les soupçons marchaient sans savoir où s'arrêter, lorsque le' colonel L 36

accusa de cette malversation le quartier-maître, qui protesta hautement de son innocence. Cette malheureuse affaire fut renvoyée devant un conseil de guerre, et le capitaine de Chenelette désigné pour remplir les fonctions de rapporteur. Il consacra plusieurs mois à rinstruction de cette cause scandaleuse, pendant lesquels de nombreuses conversations avec le colonel et le quartier-maître le conduisirent insensiblement à la découverte de la vérité.

L'affaire instruite ainsi avec beaucoup de prudence, de discrétion, et le jour du jugement arrivé, le quartier*maître accusé comparut devant le conseil de guerre composé selon Tesprit de la loi, et devant un très-grand nombre d'officiers.

Le rapporteur prit la parole au milieu du plus profond silence. Par un rapport fort long, mais bien détaillé, parfaitement circonstancié, il démontra de la manière la plus évidente Tinnocence du quartier-maître injustement accusé, et prouva non moins positivement la culpabilité d'un officier supérieur : cet officier dilapidateur était le colonel lui-même.

Le conseil de guerre prononça un jugement contraire aux espérances du colonel, et le quartier-maître se précipita dans les bras de celui qui venait de venger son honneur si injustement attaqué.

Ce procès extraordinaire fit grand bruit dans le monde militaire. La loyale indépendance, la belle intégrité du capitaine de Chenelette furent admirées par tous, et appréciées particulièrement par M. de Cribauval, alors inspecteur général de Tartillerie, qui le promut aussitôt à un grade supérieur.

Plus tard, le général Bonaparte ayant entendu parler de cette grave et importante affaire, et passant à Lyon, désira voir M. de Chenelette; mais cet officier, se trouvant dans une campagne éloignée de la ville, ne put se rendre à son appel. Retiré avec le grade de lieutenant-colonel, après trente-huit ans de service, M. de Chenelette vivait tranquillement dans sa famille, lorsque les vœux de ses compatriotes, menacés d'un siège, l'appelèrent pour fortifier leur ville; ils ne pouvaient faire un meilleur choix.

Le même jour et dans la même séance du 9, la commission populaire compléta son important arrêté sur les fortifications par la détermination suivante, qu'elle adopta sur la motion de tous ses comités réunis.

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