‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 170 sur 217 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

» la mort n'est rien pour celui dont les intentions sont droites et » dont la conscience fut toujours pure. Quand je ne serai plus , mon » âme ira se perdre dans le sein de l'Éternel , dans cette immensité

• qui nous environne. » Le moment fatal arrive : « Partons, me dit-il, » Vheure de mon triomphe a sonné.» L'exécuteur lui attache les mains. « Pourquoi m'attacher? lui dit-il ; crains-tu que je veuille m'échap* » per?» 11 me recommande d'attacher à sa boutonnière un petit bonnet *> de la liberté suspendu à la cocarde de son chapeau ; je lui rends ce » dernier service. On m'arrache ce petit bonnet des mains: « Ils m'ô- » tent, mon ami, tous les emblèmes de la liberté; mais Challier a >' la liberté dans le cœur, et rien ne pourra la lui ravir. » Arrivé

• dans la rue Lanterne, il m'adresse ces paroles remarquables : « Mon » ami, on dira que Challier est un lâche, que je devais me donner » la mort; mais sache qu'il y a plus de lâcheté et de faiblesse à se » donner la mort qu'à la recevoir. Cependant il faut que je te déclare w que, lorsque je fus traduit à l'Arsenal, j'avalai deux clous qui » étaient dans ma poche ainsi qu une poignée de mes cheveux que » j'avais arrachée.» Arrivé à la place des Terreaux , il regarde tour à » tour avec un visage gai et tranquille les cafés, les spectateurs et » l'échafaud , et y monte d'un pas ferme et assuré. Le roulement » des tambours m'empêcha de faire part au peuple de ses dernières » volontés. Les voici : « Dis au peuple que je meurs pour la liberté, » que je serais trop heureux si ma mort et mon sang pouvaient la » consolider. Je n'ai qu'une seule grâce à demander au peuple de D Lyon , c'est que je sois la seule victime et qu'il pardonne à toutes » les autres. »

• Lasàusse , vicaire de la Métropole, »

Il était cinq heures et demie quand Challier quitta. la prison de Roanne pour se rendre au lieu de son exécution. La commission populaire , d accord avec le comité militaiie, avait mis dix mille hommes de troupes sur pied : toutes les rues aboutissant à la place des Terreaux étaient parfaitement gardées; le sinistre cortège longea le quai de la Baleine, prit le pont de Pierre, traversa la place de l'Herberie et s'engagea dans la rue de i'Enfant-qui- Pisse, la rue Lanterne et la place delà Boucherie-des-Terreaux. Challier marchait tète nue, d'un pas assuré, auprès de son confesseur qu'il écoutait avec un grand calme d'esprit. Cependant son visage pâlit et se cou- 1. 39

tracta à la vue de rinstniment du supplice. Ce mouveinent de fai* blesse fut de peu de durée ; il embrassa son confesseur et s élança sur la plate-forme de l'échafaud. De là, promenant ses regards sur la populace qui encombrait la place des Terreaux, il s*écria : < Je donne mon âme à l'Éternel, mon cœur aux patriotes, et mon corps aux scélérats. » Puis , se tournant vers le bourreau , il ajouta : « C'est toi qui seras mon exécuteur testamentaire. •

Par une bizarrerie providentielle, pour réaliser peut-être ces paroles de l'Évangile: Celui gui tirera Vépee périra par Vepée, Challier devait ce jour-là essayer le premier l'instrument de mort qu'il avait fait venir lui-même de Paris.

L'exécution de sa sentence fut accompagnée de circonstances atroces , par suite du mauvais état de la fatale machine et de Finexpérience du bourreau.

Trois fois le couteau, glissant sur le cou du condamné, lui fit d'horribles blessures. Frappé d*un premier coup, inondé de sang, le malheureux criait au bourreau : « Attache donc une cocarde sur ma poitrine , je meurs pour la liberté. » L'exécuteur des hautes œuvres se vit obligé de recourir à son couteau pour achever la séparation de la tête avec le corps.

Ainsi mourut cet homme vraiment extraordinaire qui se faisait appeler le Harat du Midi, et dont la renommée vivra longtemps dans l'histoire, entourée de mystères que la connaissance la mieux approfondie du cœur humain ne saura jamais percer.

Challier avait toujours été aussi probe , aussi délicat, aussi doux dans sa vie privée, que furieux et exalté dans sa vie politique ; s'il prêcha le meurtre des contre-révolutionnaires , et donna l'impulsion à toutes les mesures de terreur , il abandonna les dépouilles des vaincus aux instruments de ses désirs et de ses volontés.

11 eût été peut-être plus prudent et bien certainement plus généreux aux Lyonnais , de lui laisser la vie et de le condamner à la détention ; son supplice tend à démontrer ce que nous avons avancé déjà à la fin du chapitre X : c'est que les deux partis voulaient du sang. Les juges de Challier^ comme ceux de Louis XVI, n'étaient pas dans les conditions nécessaires à Texercice impartial du pouvoir judiciaire. Pour la Convention, Louis XVI était un ennemi renversé qu'il était impossible d'absoudre sans faire implicitement le procès & la Révolution, dont il avait essayé d'entraver la marche. Aux yeux

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