CHAPITRE XXV
Le 29, Claude Chavonin, Louis Darmesin, François Chambot, Gilibert Chaqueran;
Le 30) Jean Fléchet, Laurent Chabanne, Alexandre Rousset, Pierre Guiquet;
Le 31, Pierre Lapoire, les père et enfants Craponnes, Etienne Perret, Vîot, contumace.
Telles étalent les victimes que les modérés comptaient immoler à leurs fureurs. En attendant, ils affectaient la plus grande confiance dans le succès, et Tun d'eux, avec l'impertinence caractéristique et la grossièreté des Girondins à Tégard des sans-culottes , annonçait aux représentants du peuple près Tarmée des Alpes le supplice récent de Challier. Parmi les lettres que reçurent les conventionnels à Grenoble, le matin du 19 juillet, il s'en trouvait une de forme singulière, scellée d'un énorme cachet de cire rouge, à l'adresse de Dubois-Crancé , et portant en tête de sa suscription ces deux mots : très-pressée. Celui-ci s'empressa de l'ouvrir; mais à peine eut-il parcouru les premières lignes, que son visage, changeant de couleur, pâlit et rougit tour à tour. Un citoyen lyonnais, signant B. Y. lui mandait en ces termes l'événement du 16 juillet.
« A Dubois-Crancé, la sac... canaille,
» Je t'annonce, coquin, que ton camarade Challier, le lieutenant- » général de Marat, dont tu es le vil instrument, a été guillotiné » sur la place des Terreaux, à la grande satisfaction des bons et » fidèles républicains de cette ville.
» Si tu ne veux éprouver le même sort , change de conduite , » abandonne ta faction scélérate et perverse; abandonne tes pro- M jets libertieides, et range-toi du bord des honnêtes gens, qui est » d'ailleurs celui de la raison et de la justice.
» Ne pense pas, au surplus, que notre ville redoute ni toi, ni ton >. armée; tu as pu l'égarer un instant, mais elle revient de ses er- »• reurs, et les guerriers que tu espères diriger contre nous se join- » dront aux nôtres , et nous formerons ensemble une phalange » contre laquelle se viendront briser tous les efforts des factieux » et des anarchistes. Le crime a trop longtemps dominé notre beau » pays; la vertu va paraître, et son règne nous dédommagera des » crimes, dont toi et tes pareils vous êtes couverts. Tremblez, co- » quins! à l'approche de cette belle aurore, toi et tes pareils allez I. • 'lO
» tous rentrer dans le néant, dont vous n'eussiez jamais dû sortir. • Ainsi donc, coquin, profite de cette leçon ou va-t-en au diable!
» Reçois l'assurance de mon profond mépris.
» Lyon, 17 juillet 1793, l'an 1I« de la République. »
Dans le môme moment, le citoyen représentant GauthiCT froissait entre ses mains une autre missive que la municipalité de Lyon lui avait envoyée et qui portait en tête cette inscription ;
« AU NOM DE LA LIBERTÉ, DE L'ÉGALITÉ ET DE LA RÉPUBLIQUE UNE » ET INDIVISIBLE.
» Résistance à l'oppression,
« Guerre aux tyrans!
» Haine aux anarchistes ! »
Le corps de la lettre répondait parfaitement à son début. « Voici « encore une autre lettre, écrivaient les officiers municipaux pro- » visoires chargés de la correspondance , voici encore une lettre » qui déposera contre votre conduite. Nous allons faire imprimer » toutes les pièces probantes que nous avons sur le parti que vous » avez adopté de laisser en souffrance les armées des Pyrénées- » Orientales et des Alpes , de dégarnir les frontières pour les livrer » aux despotes autrichiens , piémontais et espagnols , et de vous » entourer d'une force prétorienne dont vous vous servez pour al- » lumer la guerre civile.
^ Marat et Challier n'existent plus.
» Lyon, ce 18 juillet 1793. Signé BEWiNl^ président. »
En effet , le Marat du Midi et le Marat de la Convention n'existaient plus. A cinq jours de distance, Tun était mort sous la hache judiciaire, l'autre sous le couteau que le fanatisme avait remis aux mains d'une jeune et fière royaliste.
Parmi les pièces jointes à la lettre du 18 juillet, nous n'en citerons qu'une émanant des représentants du peuple près l'armée des Pyrénées-Orientales et adressée au citoyen Gassendi, sous-directeur d'artillerie à Lyon.
« Citoyen, » Nous écrivons à la commune de Lyon pourj l'inviter à ne plus