CHAPITRE XXV
» s'opposer au départ des objets qui sont si nécessaires à l'armée » des Pyrénées-Orientales ; nous croyons qu'elle n'y apportera plus » d'obstacles.
» Il est assez singulier que nos collègues à l'armée des Alpes arré- » tent les troupes qui nous sont envoyées.
• Salut et fraternité.
« (CoUationné.) Signé : PROJEAN, ESPER et FOREZ ;
> JossERAND, secrétaire. »
Néanmoins , découragée par la défection des départements voisins, la commission populaire de Rhône-et-Loire voyait naître dans son sein une opposition contre les mesures extrêmes proposées par Chasset et Biroteau. Elle n'osa frapper les accusés dont les procédures devaient être expédiées dans le courant de Juillet, et les re- Iflcba presque tous, faute de charges suffisantes. Le tribunal acquitta Juillard, et annula l'acte d'accusation dressé contre les membres de la municipalité déchue, attendu que cet acte ne contenait aucune inculpation positive, et ne précisait en rien les prétendus délits attribués aux Jacobins. Un seul d'entre eux, Riard- Beauvemois^ fut condamné à mort le 21 juillet ; mais ce ne fut que le lendemain qu'il subit sa peine, à six heures du soir, sur la place des Terreaux.
Il suivit à pied et tète nue le même chemin que GhaUier avait parcouru six jours avant; il était également accompagné d'un prêtre, et escorté par un grand nombre de soldats. En face de la mort qui l'attendait, il ne démentit pas un seul instant le courage et la fermeté qu'il avait montés pendant son jugement (1). Mais la force morale dont il fit preuve en cet instant suprême ne peut être comparée à celle de Challier placé dans les mêmes conditions.
Celui-ci marcha au supplice avec la fermeté calme qui résulte d'une conviction profonde , et qui vise au martyre. Riard-Beauvemois se rendit au lieu de son exécution avec la fanfaronnade d'un soldat ivre qui veut faire dire de lui : // est mort en brave. C'est ainsi que , réglant sa marche sur !e son du tambour, il s'écria plusieurs fois avec insolence , s'adressant au prêtre dont il écoutait à peine les exhortations: « Laisse-moi donc, tu m^empêches de marcher au pas
(1) Voir l6f pièces juslificative».
avec tes patenôtres de vieille femme. » Arrivé sur la place des Terreaux, il promena ses regards avec le plus grand saug-froid sur l'horrible machine, sur la place encombrée de spectateurs, sur les cafés qu'il fréquentait, et dit : « C'est embêtant pour un ci-devant gentilhomme, pour un sans-culottes et un chef de légion , de mourir
comme un plat b de la main du bourreau; j'aurais préféré une
bonne fusillade , mais je n'ai pas été maître du choix. »
Pendant le trajet de la prison de Roanne à l'échafaud, il avait repoussé constamment les pieuses paroles du prêtre qui l'escortait ; cependant en présence de la mort et en face de FEternité qui allait commencer pour lui, il se décida à baiser le crucifix. Un instant après, le fatal couteau partagea sur. ses lèvres le cri commencé de: Vive la République f En apprenant sa mort, le jacobin Hydins, voulant éviter le même sort , se pendit dans son cachot.
Les autres prévenus qui n'avaient point été élargis restèrent en prison jusqu'à la fin du siège, époque à laquelle nous les verrons reparaître pour se venger.
L'arrivée à Lyon du général Précy avait excité le plus vif enthousiasme. Cependant l'organisation militaire n'avançait pas encore assez au gré de ses désirs. Les troupes qu'il commandait , formaient une armée de gardes civiques plutôt qu'une armée régulière faite au joug de la discipline, cette première condition du succès. Les Lyonnais, accoutumés à l'indépendance de la vie de famille , supportaient avec peine les exigences du comité militaire. Tout en reconnaissant la nécessité du casernement, ils éprouvaient la plus grande répugnance à s'y soumettre, le soir, surtout, à l'heure de la retraite, qui pour eux, autrefois , était celle de leurs joies et de leurs plaisirs. Pour ranimer leur ardeur, et exciter leur courage, le général engagea la commission populaire à faire placarder, le 19 juillet, la proclamation suivante:
La commission populaire, républicaine et de salut public , séante à Lyon ;
A la section du peuple français dans le département de Rhâue et- Loire.
«Citoyens,
» Nous avons déclaré à la République entière que nous ne vou- • Ions voir dans tous les Français que des amis et des frères; que