CHAPITRE XXVIL
SOMMAIRE : Compagbie d'arquebusiers ^ — Tenue des troupes lyonnaises. — Garde nationale. — Zèle des communes voisines de Lyon. — Sourdes menées des malveillants delà ville. — Proclamation à ce sujet. — Position du peuple de Lyon vis-à-vis des puissances étrangères. — Les émigrés et les fédéralistes. — Combats devant Avignon. — Entrée du général Carteaux dans cette ville. — Sa lettre aux représentants du peuple près l'armée des Alpes. — Réponse de Dubois-Crancé. — ?ïapoléon Bonaparte. — Défaite des Marseillais. — Lyon accepte la constitution. — Lettres des représentants Rouyer et Brunel à la Convention et à leurs collègues de l'armée des Alpes. — Réponse de Dubois-Crancé. — Premières démonstrations contre Lyon. — Adresse des représentants du peuple aux départements voisins. — Renouvellement de la commission populaire et républicaine de Lyon. — Nouvelles mesures. — Proclamation des Lyonnais en réponse à la dernière adresse des représentants du peuple.
Plus tard, et dans les premiers jours du siège, Tarmée lyonnaise se compléta par une compagnie d'arquebusiers, corps d'élite, formé, en grande partie, par des jeunes gens déterminés, tous adroits tireurs, dont la balle sûre pouvait choisir à 450 mètres le but qu'elle voulait atteindre, et ce but, ordinairement, était les épaulettes des officiers assiégeants.
Cette compagnie, qui rendit aux assiégés des services énormes, dont on ne soupçonna pas l'importance, était commandée par le capitaine Merlat, le lieutenant Neyrac, le sous-lieutenant Gelpi et le sergent-major Bergeron. Les trente-deux hommes qui en faisaient partie, étaient supérieurement armés; outre leur arquebuse, ils avaient tous un fusil à deux coups et des pistolets. On les appelait compagnie d'arquebusiers parce qu'on les avait armés avec les arquebuses de l'ancienne compagnie de ce nom , vêtue de violet et commise, avant la révolulion, à la garde de rHôtel-de-Ville. Ainsi
rarmée lyonnaise comptait huit mille deux cents hommes, tant en cavalerie qu'en artillerie et infanterie. Ces deux dernières armes n'étaient point assujetties à l'exigence sévère de l'uniforme. La couleur des épaulettes, et celle des pompons rouges ou verts, faisait distinguer le grenadier du chasseur. Cependant la veste, dite carmagnole , en cotonnade rayée blanc et bleu ; le pantalon , de la même étoffe, fixé par une large ceinture, étaient ce que Ton portait le plus généralement. Seuls, les cavaliers, désignés par le nom de chasseurs, en portaient un simple et sévère; c'était un surtout bleu de roi à passe-poil rouge , boutonné jusqu'au cou ; une ceinture en filet rouge et blanc, un pantalon de Nankin , de grosses bottes et un chapeau à la Française, dont la calotte garnie d'une croix plaquée et formée de deux lames de fortes tôles, pouvait garantir d'un coup de sabre. Ce corps supérieurement monté, remarquable par la tenue, la force, la bravoure et la beauté des hommes qui le composaient, était armé jusqu'aux dents; chaque cavalier avait un sabre, une carabine sur l'épaule, un poignard, et une paire de pistolets à la ceinture. L'armée lyonnaise portait la cocarde tricolore, et marchait comme ses adversaires sous des drapeaux qui portaient ces mots : Liberté, Égalité et Fraternité. Toutes les factions politiques des insurgés lyonnais avaient provisoirement adopté une devise unique; la plus grande harmonie, la meilleure intelligence subsistaient dans leurs rangs, quoique composés d'éléments divers. Le Girondin, le Royaliste et le Républicain franchement patriote, n'avaient en apparence qu'un même but, qu'un seul désir, qu'une seule volonté. Le danger les avait réunis ; ils se groupaient pour combattre, sauf à faire valoir leurs prétentions respectives après la victoire. Frères par le ressentiment, tous opposés aux principes, aux idées, ou à la conduite de la Convention nationale, ils s'écriaient d'un commun accord : Résistance à Voppression.
Les officiers nommés au choix, et placés par le général à la tète des compagnies et des bataillons sur lesquels il comptait le plus, n'étaient pour là plupart que de bons et braves ouvriers qui venaient de faire un congé, tandis que des jeunes gens, des officiers mêmes, retirés du service et appartenant à une position sociale plus élevée, n'occupaient aucun grade.
Outre cette armée active, la force départementale de Rhône-etliOire avait encore une garde nationale formée par des pères de