‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 207 sur 217 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Épargnez ces tristes victimes A regret s'armant conti vous. {bis,) Mais ces forcenés sanguinaires, Mais les complices de Gauthier, Sont des tigres qui, sans pitié, Déchirent le sein de leurs mères.

Chasseurs et Fantassins, etc.

Foudroyons leur horde infernale.

Prudents et braves canonniers ; Détruisons cet affreux dédale, Cueillons le plus beau des lauriers, [bis.) Que nos canons soient le tonnerre :

A Pexemple de Jupiter, Frappons tous ces suppôts d'enfer.

Qui brûlent d'infester la terre.

Chasseurs et Fantassins, etc.

Cette chanson n'était pas le seul indice de rôpinion royaliste qui , voilée par les couleurs de la République, commençait à se manifester parmi les défenseurs de la ville. Plus d'une fois les cris de Vive le Roi! s'étaient môles aux cris de Vive la République! Les Lyonnais n'avaient point arboré la cocarde blanche , ainsi que l'assuraient les représentants du peuple; mais quelques-uns d'entre eux avaient évité de se parer de la cocarde tricolore ^ en ne portant ni l'une ni Tautre; d'une nature plus enthousiaste et moins réfléchie , par conséquent , les femmes , toujours prêtes à regretter ce qui n'est plus et ce qui leur rappelle d'heureux souvenirs, les femmes témoignaient hautement leurs espérances, et préparaient clandestinement le signe qui devait les résumer. Sous leurs mains, tous les rubans blancs qu'elles avaient pu trouver se transformaient en rosettes blanches , dont leur imagination facile sô plaisait à orner les têtes chères qu'elles avaient choisies; quelques-unes même, devançant des événements qu'elles ne devaient point voir, avaient secrètement décoré des poitrines aimées. De là ces signes notoires de contre-révolution que les représentants trouvèrent plus d'une fois sur les champs de bataille parmi les morts , et qu'ils dénoncèrent à la Convention nationale. De là ces rapports perfides qui signalaient des faits isolés et les représentaient comme la manifestation d'une pensée générale. Les chefs de l'administration et les

384 HJSTOIHE DE LYON. — 1793.

ofliciers royalistes, qui formaient en partie l'état - major du quartier général , voulurent un jour tenter l'opinion publique à Taide d'une monnaie obsidionale que les Lyonnais avaient créée pour payer les troupes actives et tout ce qui se rattachait d une manière directe aux besoins de la défense. C'était un papier qui avait pour hypothèque des bons signés par les premières maisons de commerce, et les plus riches particuliers de la ville. Ils glissèrent dans le filigrane une fleur de lis presque imperceptible; mais ce signe bientôt découvert excita dans Tarmée et parmi le peuple de violents murmures et de si vives discussions dans le conseil de guerre, qu'on fut obligé de le faire disparaître en coupant Tangle de cette espèce d'assignat.

Les Jacobins restés dans l'intérieur de la ville profitèrent de cet événement pour reprocher de nouveau à la force départementale ses allures aristocratiques, publiant partout que le général Précy violait ses serments en appelant à lui chaque jour des émigrés , et les complices de Pitt et de Cobourg. Ces bruits prirent de la consistance au point que le général fit placarder en toutes lettres, et sans initiales une singulière proclamation qui les démentait et finissait ainsi :

« Jean-f..... ceux qui me font parler. »

Signé PRÉCY.

Pour répondre aux accusations de royalisme, le conseil de guerre condamna à mort une jeune ouvrière en soie surprise dans la rue, portant dans son tablier une grande quantité de cocardes blanches. Le général Précy ne put la sauver; la seule grâce qu'elle obtint fut d'avoir vingt-quatre heures pour se préparer à paraître devant Dieu , et de mourir autrement que sur Féchafaud.

Ainsi qu'elle Tavait désiré, elle fut fusillée à six heures du soir, à l'angle de l'Hôtel-de-Ville faisant face à la rue Clermont. Elle tomba sans proférer un seul cri , frappée de dix balles ; son sang a dû crier vengeance.

Le siège que nous décrivons n'est point un siège ordinaire : abstraction faite de toute opinion politique^ et laissant de côté les projets et les espérances des meneurs, les assiégés, envahis par des forces supérieures , déployèrent un courage héroïque. Suivons donc cette grande lutte jour par jour, action par action; dressons-en, pour ainsi dire, le procès- verbal sur les lieux mêmes, nous nous rapprocherons davantage de l'exactitude et de la vérité. Dans la nuit du 12 au

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