CHAPITRE XXX
» dans la conduite qu'ils ont toujours tenue conformément à la loi.
» On vous épouvante en vous disant que les représentants veulent » rétablir l'ancienne municipalité qui a des vengeances cruelles à exer- » cer. On vous trompe ; car ils veulent rétablir Tordre, et non pas » maintenir des germes de division. La preuve en est consignée dans » leurs arrêtés où ils requéraient les citoyens de chaque section âgés » de plus de cinquante ans, de se réunir pour l'élection d'une munici- » pâli té provisoire.
» C'était à des têtes froides et mûries par des années qu'ils en appe- » laient pour calmer l'efFervescence des autres, fis veulent favoriser » des vengeances I Mais savez-vous, citoyens , que, le 10 août, ils pro- « mettaient encore de s'intéresser auprès de la Convention nationale, « pour qu'elle accueillît le retour des citoyens de Lyon et oubliât leur » égarement ?
» Examinez maintenant ce qui se passe dans votre cité : ceux qui se « sont emparés de l'autorité l'exercent de la manière la plus despoti- » que. Au mois de mai dernier, ils avaient rassemblé les sections pour » détruire la municipalité , et maintenant ils défendent la réunion des » sections et tous autres rassemblements de citoyens que ceux qu'ils >' ordonnent, dans la crainte que leur autorité n'écroule.
» Quel est leur prétexte pour abuser ainsi de votre facilité ? Ils disent » que tous les citoyens sont sous les armes pour leur défense et qu'ils » ne peuvent délibérer. Ainsi, vous êtes livrés à vos ennemis les plus » cruels. Ils veulent que vous versiez votre sang pour sauver leur tête » de la proscription ; ils veulent qu'une ville entière périsse plutôt que » d'échouer dans leurs complots liberticides. Ils ne vous laissent pas » seulement la faculté de délibérer; à la voix de leurs satellites il faut « obéir ou vous êtes frappés.
» Quoi, citoyens I vous vivriez plus longtemps dans cet état d'asservîs- « sèment à des volontés particulières ! Vous ne pouvez être contenus » dans cet état d'avilissement ; réunissez-vous à vos frères d'armes, à » la garde nationale, qui sont campés sous vos murs, et qui vous trai- »> teront en amis , dès que vous aurez secoué le joug de la tyrannie.
» Vous savez que la force armée vous cerne de toutes parts , vous » n'ignorez pas que Kellermann a fait toutes ses dispositions pour une w attaque prochaine. Eh bien I rassemblez-vous en dépit de ceux qui se » sont emparés de l'autorité, émettez un vœu de vrais républicains, et » vous n'aurez plus d'inquiétudes. Vos personnes, vos propriétés se-
M ront sauvées, votre sort dépend donc absolument de la conduite que « vous tiendrez. Observez que le temps coule rapidement et qu'il n'est » plus possible de vous accorder de longs délais.
» Signé DUBOIS-CRANCÉ. >
La lecture de cette lettre était à peine terminée , que le général Précy se leva de son siège, et s'écria : « J'ai ceint Tépée d'après le vœu »> général du peuple de Lyon qui m'est venu chercher dans la retraite » où je pleurais sur les malheurs de ma patrie. Je la dépose jusqu'à ce » que son vœu librement exprimé m'engage à la reprendre, à moins » que parmi vous il soit quelqu'un plus digne que moi du commande - » ment. •>
Disant ainsi , Précy détacha son épée du ceinturon et la déposa sur le bureau du président de la commission administrative. Le lendemain, les sections assemblées le forcèrent à la reprendre. Elles avaient répondu par l'envoi de la pièce suivante :
Béponse des sections de la ville de Lyon aux citoyens Dubois Crancé et Gauthier^ représentants du peuple , envoyés près l* armée des Alpes,
« CJtoyens ,
» Toutes les sections se sont assemblées ; votre lettre leur a été com- » muniquée. Les corps constitués et le comité général de surveillance » et de salut public ont suspendu leurs fonctions : ce ne sont plus les » délégués du peuple de Lyon , c'est le peuple de Lyon tout entier qui » vous répond.
» Nous ne savons si vous avez eu l'intention de jeter la division » parmi nous, en feignant d'être persuadés que les dépositaires de notre » confiance se sont emparés de l'autorité et la conservent pour nous » opprimer.
» Mais nous ne pouvons concevoir comment le citoyen Gauthier, » témoin de la journée du 29 mai, a pu douter que le peuple de Lyon » ne fût capable des plus généreuses résolutions et pilit se laisser » opprimer par ses administrateurs. Nous ne disons point : La loi » nom opprime, notis résisterons. Mais nous juger sur le rapport de » nos ennemis sans qu'on ait voulu nous entendre, sans qu'on ait » voulu nous répondre; nous juger contre l'évidence des faits! » Nous disons ce que nous aurions dit autrefois au gouvernement