‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 210 sur 217 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Ce fut sans doute à la suite de ce conseil de guerre mentionné par Dubois-Crancé , que les représentants du peuple envoyèrent par le citoyen Paris, commissaire des guerres, un nouveau message aux sections de Lyon. Le trompette qui raccompagnait se fit entendre à six heures du soir, au fond de la Croix-Rousse. Respectant en lui les droits sacrés du parlementaire, les premiers postes le laissèrent non-seulement pénétrer dans la ville, mais lui présentèrent les armes comme un hommage rendu à un délégué de la Convention. Il n'en fut pas de même du côté des Crancéens. Au mépris des lois de la guerre qui prescrivent toute cessation d'hostilité, à l'arrivée d'un trompette, ceux-ci engagèrent une vive fusillade à laquelle on ne riposta que faiblement et dans le seul but de se défendre.

Lorsque le citoyen Paris fut introduit dans la grande salle de l'hôtel commun, et qu'on lui reprocha ce procédé indigne de soldats français, il allégua pour justification l'indiscipline de l'armée. Ce fut après avoir accepté cette espèce de réparation verbale que l'on consentit à recevoir les dépêches des représentants Dubois-Crancé et Gauthier et du général Kellermann. Elles consistaient en une proclamation conçue dans Tespoir de détacher les Lyonnais de ceux qui dirigeaient la résistance.

« Citoyens de Lyon, disait-elle, quelle est donc rinduence de ceux » qui se sont emparés de tous les pouvoirs dans votre ville? Plu- » sieurs décrets de la Convention nationale leur ont interdit toute >» fonction et c'est sur leur réquisition que vous vous armez , ea » même temps que vous avez juré obéissance à la loi.

» Quel est donc l'égarement dans lequel vous persistez? On ne » cesse de vous faire dire que vous voulez résister à l'oppression. » A qui entendez-vous imputer un système oppressif? Serait-ce au » général de l'armée? mais il ne fait qu'exécuter les décrets de la » Convention. Serait-ce aux représentants du peuple? mais ils ont

* été chargés spécialement de vous faire rentrer dans Tordre, soit

• par l'instruction, soit par la force armée. Ils ont employé le pre- » mier moyen sans succès, leur devoir leur impose la nécessité de » recourir au second, et ils obéissent à la loi. Vos reproches porte- V raient donc sur la Convention nationale? mais toute fraction du » peuple qui ne veut pas se soumettre à ses décrets est dès lors en

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•> état de révolte. Pourquoi la constitution que vous dites avoir juré »• de maintenir, aurait-elle créé des pouvoirs, si chaque fraction de » la société pouvait dire : « La loi m'opprime, je résiste. » Il n'y a » pas de gouvernement sans obéissance à la loi. Vous en voulez un, « et vous ne voudriez pas admettre le principe sans lequel il ne peut » exister. Convenez que cette erreur est Teffet de l'empire qu'ont » sur vos esprits quelques hommes pervers. Ils affectent de répandre » que les représentants du peuple ont le projet de détruire votre « ville; qu'ils veulent le meurtre des citoyens et le pillage des pro- » priétés. Comment pouvez-vous croire à de pareilles absurdités, et » pourquoi voudraient-ils détruire votre cité? Les richesses de l'État » ne se composent-elles pas de celles des citoyens, et la prospérité » d'une ville peut-elle être indifférente à la République? Vos riches* » ses sont dans l'activité de votre commerce; obéissez à la loi et » vous ne trouverez aucun obstacle à votre industrie. Le massacre » des citoyens est encore plus horriblement supposé. Quels seraient ceux qui voudraient seconder un semblable projet.' Les soldats » de la République, les citoyens armés sur les réquisitions, com- » battent les rebelles ; mais ils n'assassinent pas des frères égarés » qui sont rentrés dans le devoir.

» Vous parlez sans cesse du pillage des propriétés, mais c'est un » délit que la constitution réprouve et que la loi punit. Les repré- » sentants du peuple ont aussi juré le maintien des propriétés et » jamais on ne les a vus manquer à leur serment.

» Oui , citoyens, vos personnes et vos propriétés sont en toute sûreté » si vous respectez les lois; mais s'il faut vous traiter en ennemis et en » rebelles , vous devez subir dans toute leur étendue les peines que la w loi prononce,

» Vous servez la cause de nos ennemis, vos chefs le savent bien : » ils ont déjà reçu le prix de leur trahison. Comment donc vous ex- « posez-vous pour eux à tous les fléaux que la guerre entraine ? Ils » cherchent à vous précipiter dans un abîme de maux , parce que les « despotes étrangers l'ordonnent, et vous êtes assez faibles pour vous » laisser entraîner !

» Citoyens , nous ne pouvons répondre à toutes les impostures que «» les royalistes de votre côté se permettent contre nous : nous nous » bornerons à vous dire qu'ils ne font qu'entasser mensonges sur « mensonges, et que la justification des représentants du peuple est

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