CHAPITRE V
» qui vous appelez les amis de i*ordre et de la paix , pensez -vous que » le moyen de vous assurer l'un et l'autre, soit de rester plongés dans « une léthargie mortelle; de négliger ou de mépriser les principes, » et de placer une aveugle confiance dans les intrigants ? Est-ce pour » témoigner votre respect pour les lois , votre amour pour la Consti- » tution, que vous dédaignez ces couleurs nationales, gages précieux » de notre fraternité ? que vous caressez ceux qui ont abjuré nos lois » et nos principes ? que vous essayez de couvrir de ridicules ces hom* » mes simples et vertueux qui s'assemblent ici pour s'instruire de » leurs droits et de leurs devoirs , ces artisans de votre fortune que » vous osez mépriser, taudis que vous devriez les chérir en pères , les » encourager de vos exemples et les guider par vos lumières? Est>ce » encore par des motifs puisés dans la Constitution , que vous excitez » vos comédiens, trop avilis pour sentir le prix du bienfait que cette » Constitution leur accorde , à jouer des pièces qui prêtent à des allu- » sions calomnieuses ou factieuses, et qu'hier même vous applaudîtes » avec transport, dans Richard Cceur-de-Lion, à ce passage injurieux » pour la nation française, et qui pourrait tout au plus être applicable » aux révoltés de Worms et de Coblentz? Non, la France a déjà vomi » une partie de son écume, il est temps qu'eUe s'épure de tout levain » funeste. Les torches de la guerre brandissent sur nos têtes, le mo- » ment approche où les vrais amis de la Constitution se feront enfin » connaître, et malheur aux traîtres I »
Après avoir répété cette imprécation , l'orateur engage ses frères et amis à réunir les sections dans un commun accord avec la Municipalité, pour achever au plus tôt l'organisation de la garde nationale, pour armer de fusils ou de piques tous les citoyens qui la composent, et procurer deux pièces de campagne à chaque bataillon. « Le dévoue- » ment à la chose publique ne suffit pas, dit-il encore ; le moyen contre » lequel tous les efforts des ennemis doivent échouer^ celui qui sau- » vera la patrie mise en danger après des défaites sanglantes et réité- ^ rées, c'est une bonne association des classes populaires, car làpoUa- -> diuM de la liberté se trouve là seulement. Les factieux le sentent si » bien, qu'ils profitent du nom de modérés pour diriger contre ces so- » ciétés tous les efibrts de la plus absurde calomnie. Le moi peuple, ce » mot honorable et sacré, qui signifie la collection de tous les citoyens, » le centre de la souveraineté nationale, ce magnifique mot n'offre à » l'imagination de ces hommes plus orgueilleux qu'éclairés, qu'une L 8
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» image révoltante; ils ne veulent pas être peuple, faire partie du peu- » pie, parce qu'ils n'attribuent de mérite qu'à la fortune, qu'ils dédai- » gnent la pauvreté vertueuse, et que, fiers de leur prétendue bonne » éducation, ils s'appellent honnêtes gens.
» Ahl j'ai tant vu les vices de ces honnêtes gens, continue Dubois- » Crancé, j'en ai tant vu, que leurs sottises excitent en moi plus de » pitié que d'indignation. Mais, d'après les principes de notre Gonsti- » tution , qu'ils n'osent publiquement désavouer, qu'ils ont juré de » maintenir, s'ils ne sont pas le peuple, que veulent-ils donc être? » Auraient-ils encore des droits personnels? des privilèges? Non : » mais ils ne veulent pas être confondus avec ceux qu'ils appellent de » la canaille.
» Or, qu'est-ce que la canaille? Est-ce l'individu pauvre, mal vêtu, » qui n'a pas ce qu'on appelle une bonne maison? Mais ils seront for- » ces, ces raisonneurs, de convenir que l'état de médiocrité n'empê- » che pas d*être bon père, bon ami , bon citoyen, d'avoir de la pro- » bité, hélas ! Cette classe respectable, que le luxe ne peut corrompre, » qui n'a de dédommagements que dans les plus doux sentiments de » la nature , n'est pas celle qui traîne dans les tribunaux la honte et » le désespoir des familles. Ce n'est pas elle qui dévore la subsistance !> des autres. Contente d'obtenir le prix de ses sueurs, elle ne fait » point de ces banqueroutes frauduleuses qu'un luxe effréné entraîne, u que la mauvaise foi prépare sous de fastueuses apparences, et dont » cette partie aussi précieuse qu'infortunée supporte avec patience le » contre<;oup. »
Dubois-Crancé demande si on entend par canaille l'homme immoral, il déclare alors que la société abonde en gens de cette espèce, qu'on en rencontre à chaque pas dans tous les états ; il ajoute qu'il a été flatté de voir l'humble habitation, les dehors modestes du maire de Lyon , cette seconde ville du premier royaume de l'univers. 11 respectait, il connaissait déjà son civisme ; mais il avoue que ce sentiment s'est accru en l'abordant, et qu il s'est trouvé chez Vitet à son aise comme dans le temple de la Vertu.
L'orateur termine ainsi : « Frères et amis, soyezrcn sûrs, connaître » et bien choisir ses magistrats , tout le secret de la Constitution est » là. Je n'ai pas eu le temps de vous développer les moyens très-simples » d'arriver au buit que vous désirez tous sans doute ; mais ces moyens » existent, j'ai eu le bonheur de les créer pour la ville de Paris, ils y