‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 31 sur 217 · CHAPITRE V. K · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. K

Taot pis pour qui s' désole I Bon roi, bon père, bon époux , Jurons bien de l'aimer tretoux , Ce serment-là console.

Quelques jours plus tard, on joua Richard-CcBur-d^Lim , et les jeunes gens royalistes, groupés dès le matin devant rafliche, se donnèrent rendez^ous au parterre. Longtemps ayant le lever du rideau, la sallQ 88 trduva remplie ; les femmes lyonnaises réputées à cette épo* que par leur élégance et leur beauté, encombraient les loges et les premières galeries ; de leur côté plusieurs habitués des clubs s'étaient dispersés dans les différentes parties de la salle, prêts à agir selon les circonstances. Enfin Theure venue, le rideau se lève sur une triple salve d'applaudissements; quelques sifflets se font entendre, les applaudissements redoublent; et les perturbateurs réduits au silence sont les uns jetés à la porte, les autres condamnés à subir le triomphe des moindres allusions conservatrices; alors Fenthousiasme devint unanime : on ne saurait rendre Teffet magique que produisit le fameux air de Blondel :

Richard y 6 mon roi !

L'univers t'abandonne. . .

Ce fût du délire, de la passion ; les hommes se levèrent en masse au cri dç vive le roi ! Les femmes agitèrent leurs mouchoirs, et jetèrent leurs bouquets sur la scène. L'acteur chargé du rôle de Blondel avait été superbe de sentiment; rappelé, forcé de reparaître à la fin de la pièce, il fut couvert d'une pluie de fleurs. Le lendemain il ne fut question dans toute la ville que de la représentation de la veille; les honnêtes gens, les hommes d'ordre s'en réjouirent ; mais les Jacobins profondément irrités jurèrent de prendre leur revanche ; elle fut terrible, le spectacle du 9 septembre suivant devait être la contrepartie de RichardrCimr'^'Lion.

Le succès de ces deux représentations consécutives , l'occasion qu'elles fournirent à la jeunesse lyonnaise de prouver son attachement aux idées monarchiques, les nombreuses marques d'adhésion qui accueillirent avec transport toutes les allusions favorables à la royauté, attérèrent les Jacobins. Un homme déjà influent avait assisté

à la représentation de Richard-CcBur-de-Lion : c'était Dubois de Crancé, ci-devant lieutenant des maréchaux de France, député du bailliage de Vitry aux états généraux. Rentré à Chàlons-sur-Mame, sa patrie, après la clôture des travaux de TAsiemblée constituante , il était venu se proposer aux Jacobins lyonnais comme memb]:e correspondant ; il parut au club central le lendemain de la représen|,atioj[i : « Citoyens, frères et amis, s'écria-t-il, les témoignages d'estime dont vous m'avez comblé m'autorisent à commencer dès aujourd'hui la correspondance que vous m'avez demandée; j'ai retardé mon voyage de deux jours exprès pour vous communiquer ma pensée : elle est piu'e comme vos cœurs , elle saura s'élever au-dessus de toutes les récriminations de l'intrigue et de la malveillance, car j'opposerai, comme je. n'ai jamais cessé de le faire, la vérité des principes, la foi du serment aux hypocrites détracteurs de notre Constitution. Depuis longtemps on nous menace de faire de la ville de Lyon le siège de la contre-révolution ; c'est une chimère sans doute; le peuple est là, et ce peuple, jadis étranger aux bienfaits du sol que lui seul fertilisait, ne peut plus oublier qu'il s'est créé une patrie, qu'il a retrouvé la vie dans la ruine de ses pr^ugés aussi dévorants qu'avilissants, et que fort de sa liberté et de l'égalité des droits, le plus beau titre aujourd'hui sur la surface du globe, est celui d'être Français. »

Alors jetant un coup d'œil rapide sur la situation de la ville de Lyon, l'orateur la trouve exceptionnelle, dangereuse; il s'indigne de ce que, dans la seconde cité de France, les corps administratifs et judiciaires soient en permanente opposition ; il voit avec douleur et avec crainte une foule de prêtres réfractaires, rebelles à la nouvelle constitution du clergé, empoisonnant la ville et les campagnes de leurs écrits séditieux; une garde nationale inerte, qui n'est point encore organisée conformément aux décrets; une fonderie aux portes de la ville, et des canons inutiles relégués dans les forts, quand les armes manquent au courage , au dévouement des volontaires prêts à mourir pour la défense de la patrie ! « Quoi 1 dit*il, les vautours nous mena- » cent de toutes parts, la guerre est prête à éclater, nos frontières du » nord , de l'est et du midi sont cernées de troupes étrangères, et le » peuple incertain sur les mouvements intérieurs, n'a ni fusils, ni mu- » nitions, ni piques! Est-il un seul Français qui devrait dormir au- » jourd'hui, sans avoir au chevet de son lit l'instrument de sa liberté , » et sans que sa femme veille pour le garantir d'une trahison? vous ,

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