CHAPITRE VI
reur-général syndic, ayant invité les municipaux à sévir contre le journaliste Carrier, sous peine d'être responsables des conséquences, la commune fit une réponse par laquelle elle refusait son concours : « Ce n'est pas sans surprise que nous avons vu le procureur-généralsyndic nous parler de responsabilité, lorsque la tranquillité publique n'est pas menacée. Nous serions, au contraire, responsables envers nos concitoyens, si, usurpant un pouvoir que la loi ne nous a pas confié, nous nous occupions de la répression de ces prétendus délits , dont la surveillance est d'ailleurs exclusivement attribuée aux tribu* naux par une loi formelle. » Néanmoins, l'accusateur public du tribunal du district lança contre Carrier un décret de prise de corps. Le journaliste était alors à Paris, et obtenait, de la société-mère des Jacobins, une avance de six cents livres pour continuer son journal. Il n'hésita pas à revenir à Lyon , et le directoire n'osa l'inquiéter.
Pendant que les municipaux de Lyon soutenaient Carrier , ils faisaient arrêter un membre du département, M. ImberfrColomès, pour la publication d'une brochure royaliste, et accusaient les secrétaires du département de connivence avec l'émigration. L'un d eux, nommé Focard, s'enfuit en emportant une somme de 246,700 livres ; un autre, Olivier , fut mis en état d'arrestation par les ordres de Louis Vitet.
Les mêmes dissidences essentielles se représentaient en toutes circonstances. Pour calmer les inquiétudes du peuple, qui se plaignait de la mauvaise qualité du pain, et de la difficulté d'avoir des farines, la municipalité décida que les boulangers ne feraient plus qu'une seule espèce de pain, et en taxa le prix en le proportionnant à celui du blé. Le directoire du département se hâta d'improuver cet arrêté.
Afin que rien ne fût détourné des propriétés appartenant à la ville, des officiers municipaux apposèrent les scellés sur la bibliothèque ,. le médailler , et le cabinet de physique expérimentale. Le directoire censura leur conduite^ et les représenta comme « perturbateurs de Tordre social et violateurs des droits de l'homme. » Le corps municipal avait envoyé devant la police correctionnelle un certain Megnis, inventeur de couteaux-poignards ; le directoire arrêta : « qu'il serait permis à M. Megnis de prendre à partie les officiers municipaux. »
C'était principalement en ce qui concernait les insermentés, que les deux autorités se trouvaient en lutte. Plus de trois mille prêtres étaient réunis à Lyon, et y travaillaient activement à la contre-révolution. La Commune envoya des commissaires pour dissiper les assemblées qu'ils
tenaient au couvent de la Propagation : démarche qu*un arrêté du directoire qualifia de vexatoire et d'inquisitoriale. Les administrateurs que le conseil général avait nommés pour régir la maison de la Providence, établissement d'éducation gratuite , furent cassés par le directoire, i^ afin qu'il fût laissé à chaque enfant religieuse liberté d'opinion et de pulte. »
Malgré cette opposition, les municipaux persévérèrent dans la conduite qu'ils avaient adoptée à l'égard des prêtres catholiques. Le 10 février, ils tirent saisir entre les mains d'un colporteur 480 exemplaires d'une brochure en vers et en prose, où l'on attaquait la Constitution de 1791 . On y lisait, entre autres passages virulents :
« Avec soin tu te garderas
» De te souiller par leur serment.
» Le serment est criminel parce qu'on jure de maintenir la Constitu- «> tion, et que la Constitution est hérétique et schismatique ; c'est l'amas, » et comme le suc et l'extrait de plusieurs hérésies, dit le pape dans » un de ses brefs. On renonce à la religion catholique en jurant de la »> maintenir. Le serment civique est un crime, non-seulement pour les » prêtres, mais encore pour tous les fidèles; car enfin il n'est permis à » personne de jurer qu'il maintiendra le schisme et l'hérésie dans le » royaume. Tous ceux qui ont fait ce serment civique doivent le rétrac- « ter et faire pénitence. »
La découverte de cet écrit ranima la persécution. On vit des gens du peuple, les uns de bonne foi dans leur haine, les autres gagés par le clergé constitutionnel, provoquer des troubles aux portes des églises , et en isoler les avenues par la crainte qu'ils inspiraient. L'autorité, instruite de ces scandales, fermait les yeux, et le maire lui-même se conduisit de manière à faire croire qu'il fomentait le désordre.
Sans protection contre d'indignes outrages, menacées « d'être fouettées publiquement au son des clocheset du tambour, » les femmes lyonnaises résolurent d'en imposer aux clubistes par une attitude ferme et décidée. Une dame Gagniëre donna le premier exemple de courage ; se trouvant un jour assaillie devant l'église de Saint-Charles par trois ou quatre furieux pris de vin , et chargés du travail de la fustigation civique : « Laissez-moi» scélérats, leur dit-elle en relevant Ja tête avec fierté , je suis femme, mais je saurai trouver en mon cœur