‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 37 sur 217 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

la ferce et le courage de me défendre. » Un de ces misérables, plus audacieux ou plus pervers que les autres , eut alors la témérité de porter la main sur elle. Mais madame Gagnière, le frappant fortement au visage, se «rejeta aussitôt en arrière, et sortant de sa poitrine un poignard elle s'écria avec force : « Le premier qui s'avance, je le tue... » Et, le poignard à la main, se frayant un passage à travers une foule de curieux qui l'applaudirent, elle put tranquillement regagner son domicile.

Une autre femme non moins courageuse , mais plus forte par son organisation physique, une marchande de volailles, fervente catholique et royaliste passionnée, fut laissée pour morte devantles Saintes- Glaires, après avoir terrassé de sa main deux de ses agresseurs. « Vous ne me fDuetterez pas, leur disait-elle en se débattant, vous ne me fouetterez pas, brigands, car je me suis mise sous la sauvegarde de la nation , vous serez bien forcés de respecter nos couleurs, si vous ne respectez pas nos vertus. » La mère Pichon , c'est ainsi qu'on l'appelait , avait protégé la partie menacée de son corps , en la couvrant avec une large cocarde tricolore. Gette précaution ne put la garantir contre un ignoble traitement.... « Les brigands, disait-elle quelque temps après, les scélérats.n'ont rien respecté 1 »

A la sortie de Saint-Nizier , une autre femme est frappée ignominieusement. La honte, bien plus encore que la souffrance, la jette dans un profond évanouissement , des groupes se forment autour d'elle , et la contemplent la tête penchée sur une borne de la rue , les cheveux épars, assistée de ses deux filles qui serrent en pleurant les mains de leur mère. Un homme perce la foule, et s'informe du motif du rassemblement; c'est Vitet. « Quelle est cette femme? s'écrie-t-il. — Une de vos victimes, » lui répond fièrement l'infortunée , rappelée à la vie parle son de la voix du prévaricateur.

Les émissaires du club central s'étaient partagé le travail, les uns investissaient Sainte-Claire et Saint-Charles y les autres les Colinettes, le Bon^Pasteur, la Déserte, le Bleu-Céleste et les Carmélites. Ils accablaient les fidèles qui se rendaient aux offices, les harcelaient de leurs menaces, de leurs injures, de leurs chants obscènes jusque dans les églises, plusieurs d'entre eux même armés de fouets de corde les brandissaient sur la tète des femmes. G'est ainsi que ces impiétés se renouvelaient chaque dimanche, chaque jour de fête, le matin à l'heure de L 9

la messe, le soir à celle des vêpres, et les autorités demeuraient toujours dans le silence de l'inaction.

Ces persécutions prirent un caractère plus alarmant encore à l'approche du carême, qui commença cette année le 22 février; mais les catholiques , exercés depuis longtemps à la résignation, restèrent fermes et inébranlables dans leur foi. Malgré la terreur croissante dont on cherchait à environner les églises demeurées fidèles au centre de l'unité religieuse, elles furent plus fréquentées qu'en aucun autre temps. Les cérémonies de la semaine sainte se célébrèrent avec une grande pompe , devant un concours prodigieux de catholiques ; jamais peut-être, si ce n'est dans les premiers siècles du christianisme, les cérémonies du jeudi, du vendredi et du samedi saint ne furent plus belles et plus imposantes. Ces masses d'hommes, prosternés les mains jointes avec ferveur devant Tautel , anéantis dans la pensée de Dieu ; les saints cantiques ; les chants lugubres du Miserere, du Parce et du Stahat^ répétés à voix basse , pour ne point réveiller les colères des Jacobins qui veillaient aux portes ; les croix enveloppées dans leurs voiles de crêpe comme dans un linceul ; la pâle lueur des flambeaux de cire jaune qui vacillait à l'autel dépouillé de ses ornements ; la voix du prêtre , prêchant dans les mauvais jours le pardon des offenses, l'oubli des injures et la charité; les femmes assiégeant les confessionnaux pour se réconcilier avec Dieu ; tout cela était grand et beau, tout cela était majestueux et magnifique : on aurait dit les premiers chrétiens entourés de leurs bourreaux et priant pour eux dans les Catacombes.

Une cérémonie funèbre vint faire un moment diversion aux animosités religieuses. Simoneau, maire d'Étampes, fut tué le 3 mars 1792, dans une émeute, en résistant à un attroupement qui voulait exiger l'abaissement de la taxe du blé. L'Assemblée législative ordonna qu'il lui serait érigé un monument, et la commune de Paris organisa en son honneur une fête funéraire, qui fut pompeusement célébrée le 3 juin. Dès le 21 mars, les Lyonnais avaient pris l'initiative; la société des Amis de la Constitution de la section de Porte-Froc, canton de la Métropole, provoqua une solennité imposante, qui rallia provisoirement les partis ; tous les corps administratifs se réunirent à la cathédrale pour assister au service consacré à la mémoire de Simoneau. Le portail de Saint-Jean était voilé de riches tentures ; au centre de

BorooE

Camille Jordan.

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