‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 50 sur 217 · CHAPITRE VllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VllI

de prêtre. Après ces horreurs que notre plume ne retracerait point, si notre mission d'historien ne nous ordonnait de signaler par des exemples les extrémités où peuvent se porter les fureurs des hommes quand ils ne sont retenus par aucun frein, ils lui abattirent la tête » coups de sabre ; ensuite ils promenèrent triomphalement leurs dépouilles sanglantes.

De leur côté, les assassins d,e Pierre-Scize continuaient à porter également en^triomphe au bout de leurs piques les tètes sanglantes des officiers de Royal-Pologne, les brandissant avec fureur au front des hommes qui passaient en détournant les yeux. Ils entraient dans les cafés de la place des Terreaux, que ces malheureux fréquentaient,, déposaient leurs têtes défigurées sur le marbre glacé des tables où ils avaient l'habitude de s'asseoir, et leur oflraient, par dérision, à boire de la bière. L'approche de la nuit ne put interrompre le cours de ces scènes de désolation : les assassins allumèrent des torches et parcoururent de nouveau la ville dans tous les sens, en poussant des cris affreux. Arrivés sur la place des Célestins, en face du théâtre , ils se rappellent la représentation de Richard- Cceur-de- Lion : « Les muscadins ont eu leur jour, dirent-ils, les sans-culottes doivent avoir le leur; allons au théâtre. » Un instant après ils défilaient processionnellement sur la scène aux lugubres lueurs des torches, présentant aux spectateurs deux têtes livides entourées d'une auréole de feu. Le peuple consterné prit la fuite, la salle devint déserte, et les victorieux se dirigèrent vers la place Bellecour pour joindre les horribles lambeaux des officiers massacrés aux membres sanglants des malheureux prêtres, et les suspendre en guirlandes avec des rubans tricolores aux arbres de la promenade.

Pour compenser en quelque sorte l'horreur de ces détails, hâtonsnous de signaler un fait qui s'est reproduit souvent dans les mauvais jours où le peuple, aveuglé par d* aveugles colères, semblait oublier toute obligation sociale. Le meurtre ne fut pas accompagné de vol ; les victimes ne furent point dépouillées par les impitoyables exécuteurs des hautes œuvres populaires; à Lyon comme à Paris, l'or, l'argent, les bijoux trouvés sur les prisonniers furent fidèlement remis eAtre les mains des magistrats.

La journée du 9 septembre faillit avoir un lendemain : » On a coupé onze têtes, écrivait le citoyen Pignière au citoyen Thonron, on se propose de recommencer au premier jour. » D'autres préoccu-

pations retardèrent ces projets sinistres. Sans force et sans pouvoir pour diriger le mouvement révolutionnaire , TÂssemblée législative avait convoqué une Convention nationale. Les Jacobins de Paris, par des lettres et tles messages réitérés, invitèrent leurs frères et amis de Lyon à travailler les élections. Ceux qui regrettaient l'ancien ré gime, ou qui ne sympathisaient pas avec le nouveau , s*effacèrent de la scène politique et laissèrent le champ libre aux meneurs du parti populaire. Ce fut à Saint-Etienne-en-Forez que l'assemblée électorale fut convoquée. Le choix de cette localité était significatif; les patriotes pouvaient compter au besoin sur le concours des nombreux ouvriers qu'employaient les manufactures d'armes et de rubans, classe depuis longtemps souffrante, avide de changement, enthousiaste des idées nouvelles, et remplie de haine pour les adversaires de la révolution. Un incident signala les opérations préliminaires de l'assemblée; on y répandit à profusion une lettre dont les signataires, Perrochiat et Desarno, attaquaient la candidature de Cusset, marchand de soierie à Lyon, proposée par le parti exalté (1). Elle produisit un effet tout contraire à celui qu'on en attendait, et le nom de Cusset sortit le premier de Turne électorale.

La majorité de la députation lyonnaise appartenait au parti modéré. Dubouchet, médecin à Montbrison; Noël Pointe, Cusset, Javogne et le chirurgien Pressavin siégèrent sur la Montagne. Lanthenas épousa la cause des Girondins, et eût partagé leur sort, si Marat ne l'eût fait rayer de la liste des proscrits « comme pauvre d*esprit, et ne méritant pas qu'on songeât à lui. » Le maire Louis Vitet mociifia ses opinions premières au point d'être forcé de chercher plus tard son salut dans l'émigration. Pour préciser d*un seul trait la ligne politique que suivirent les députés lyonnais , qu'il nous soit permis d'anticiper sur les événements. Nous éviterons de longues considérations sur le caractère de ces hommes, en faisant connaître leurs votes dans le procès de Louis XVi ; circonstance solennelle, où chaque juge résumait dans sa sentence ses pensées et ses convictions. Tous furent unanimement d'avis que le monarque détrôné était coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat contre la sûreté générale de l'État. Louis Vitet, Marcelin Béraud, Patrin et Michet demandèrent, avec la faction girondine, que le jugement fût soumis à la ratification du

(l) Voiries pièces Juslificalivcs.

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