‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 49 sur 217 · CHAPITRE Vm. SU · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm. SU

\je sang enivre le peuple ; encouragés i»ar ces premiers et faciles exploits, assurés du silence passif de Tautorité et de l'inaction involontaire de la garde nationale, les assassins se portent alors sur la prison de Roanne où Ton avait enfermé, depuis plusieurs jours , quelques prêtres ; ils frémissent de rage en apprenant que leurs victimes viennent de leur échapper. En effet , le geôlier, brave et excellent homme , les avait fait évader, à lexceptîon d'un seul, Tabbé Claude Regny(l) , qui voulut attendre les gloires du martyre. Professeur de dogme au séminaire St-Charles de Lyon, sous Tarchevêque De Marbeuf , ce savant ecclésiastique d'un grand courage, mais dune faible santé, s était toujours fait remarquer par ses talents , sa piété , son zèle , et plus encore par sa grande charité , son attachement inaltérable à la discipline religieuse. 11 s était déclaré fortement, dans le principe, contre la Constitution civile du clergé. Averti de l'approche des septembriseurs , il refuse une seconde fois les voies de salut qu'on lui propose, et se met dévotement à genoux pour achever l'office des morts qu'il a commencé ; c'est dans cette humble position que les assassins le trouvèrent : aussitôt ils l'entourent et se mettent en mesure de l'immoler. Nullement effrayé à la vue de ces terribles apprêts, le vénérable prêtre demande quelques minutes pour recommander son àme à Dieu, elles lui sont impitoyablement refusées. « Au moins, laissez-moi prier pour vous, mes amis, leur dit-il avec tendresse.— Nous ne sommes pas tes amis, répliquent-ils, et nous n'avons pas besoin de tes prières. » Alors ils le saisissent et l'entraînent sur la place, à deux pas de la prison. Comme le Christ au mont du Calvaire,- l'abbé Regny leur demande à boîre; mais les Juifs de la révolution n'ont point de fiel à donner à sa soif; ils le terrassent et trempent ses lèvres dans la boue noire du ruisseau ;. puis le faisant mettre à genoux, ils lui coupent les doigts, les bras, lui arrachent le cœur et les entrailles , et font tomber sa tête d'un coup de sabre pour la porter en triomphe. Après ce meurtre, ils rentrent dans la prison pour

(I) Claude Regny était le proche parent de Regny le trésorier de la ville, qai, dcins une occasion que nous avons déjà citée, avait prête, de ses deniers, une somme de trois millions pour des achats de grains nécessaires à la ville. Ce digne citoyen n'a recouvré qu'une bien faible partie de cette somme énorme; mais il a laissé à sa famille un noble héritage : l'estime et la considération de tous.

interroger la femme du concierge. « II se trouve encore des prêtres ici , lui disent-ils d'un air menaçant , malheur à toi si tu les as cachés ! regarde bien cette tête, la tienne va lui tenir compagnie, si dans cinq minutes tu ne nous les as pas livrés.— Je ne crains pas la mort, répond la courageuse femme; cherchez, citoyens...» Sa fermeté détourna les bourreaux, qui volèrent à de nouveaux massacres.

Il se trouvait non loin de là , dans une petite maison de la rue St-Jean , derrière les bâtiments de la prison de Roanne , un autre respectable ecclésiastique , ex-vicaire de la paroisse de St-Nizier , appelé le père des pauvres, la providence de tous les malheureux. Cet infortuné, Joseph Lanoix, chevalier de l'église primatiale, s'était mis également en prières à la première nouvelle des massacres de Pierre- Scize : tout à coup on frappe violemment à sa porte; il ne répond pas, et continue à prier. « Ne craignez rien, lui dit alors une voix bien connue, ne craignez rien, monsieur Tabbé, je viens pour vous sauver; ouvrez-moi : » c'était un homme qui lui devait les plus grands services. « Fuyez vite, lui dit-il, fuyez bien vite, car le temps presse et les assassins sont proches. » Le malheureux abbé revêt précipitamment les habits de sa vieille gouvernante et s'élance dans la rue. Les assassins étaient proches en effet; avertis, sans doute, ils se jettent sur lui , insultent à son travestissement, le massacrent, et joignent une nouvelle tête à leur affreux trophée. De là , de plus en plus enivrés par la vue du sang , ils se transportent à la prison St-Joseph pour y chercher un prêtre nommé François Guillermet, que le municipal Pressavin avait fait arrêter quelque temps auparavant. Le zèle de ce digne homme ne s'était pas démenti un seul instant pendant sa captivité. Gomme S. Paul, il pouvait dire : La parole de Dieu n'est pas enchaînée; car il la prodiguait avec amour et charité, tant aux prisonniers qu*aux fidèles qui venaient chaque jour, en grand nombre, chercher auprès de lui des consolations spirituelles^ sous le prétexte apparent de lui porter des secours temporels. 11 était admirable de courage , de résignation et de vertu ! C'était une belle proie pour les révolutionnaires homicides, ce fut un glorieTix martyr pour le ciel. Les bourreaux commencèrent par lui briser les dents et lui arracher la langue, « pour Tempêcher, dirent-ils , de prier à haute voix; » puis ils lui crevèrent les yeux pour lui dérober la vue de son ciel; ensuite, ils lui coupèrent les mains, et joignirent à cet acte de barbarie l'ironie la plus amère sur l'état piteux dans lequel ils l'avaient réduit, insultant à son caractère

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