‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 57 sur 217 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ce nouveau maire, que nous verrons bientôt sur la brèche, repoussant les efforts des Montagnards, n avait encore marqué d'une manière bien ostensible sur la scène politique, que par un discours virulent prononcé à la commune lors de la fuite de Louis XVI et de son arrestation à Varennes. Il avait dû, ce jour-là, imposer silence à ses opinions, ce qui fit dire à ses amis que, dans cette contre-partie de la fable de La Fontaine, c'était FAgneau qui avait revêtu la peau du Loup.

Royaliste par sympathie, républicain par conviction et girondin par nécessité, Nivière-Chol se trouva constamment en flagrante opposition avec ces trois sentiments divers. Royaliste, il fit arracher le portrait du roi qui décorait la salle des séances municipales, et retrancher le mot roi du sceau pubhc de la commune,* pour y laisser uniquement celui de la loi. Républicain, il sévit avec vigueur, quand l'occasion se présenta, contre les partisans exagérés du système démocratique. Girondin , il renia plus tard le parti des modérés qu'il avait embrassé dès le commencement de l'année 1792. Malgré la faiblesse naturelle de son caractère , malgré les inconséquences de sa pensée politique et de ses actions, Ni\ière-Chol savait, au besoin, faire de la force quand il s'y trouvait poussé par le sentiment des choses justes et les sympathies de ses concitoyens. En temps ordinaire, il eût été le meilleur des magistrats municipaux; mais, à l'époque violente que nous décrivons, il se trouva débordé par les circonstances. Du reste, c'était un excellent homme, aimant et pratiquant le bien autant qu'il lui était possible ; considéré par les honnêtes gens, abstraction faite de tout esprit de parti.

Le lendemain de son installation, le 6 décembre, le nouveau maire voulut présider lui-même le conseil municipaf. Il proposait différentes mesures pour prévenir le retour des événements fâcheux qui avaient désolé la ville, lors(^u'aussitôt des clameurs sinistres entourèrent le lieu ordinahFe des séances : une populace inquiète, une foule d'hommes et de femmes à physionomie farouche, encombrait le vestibule de l'Hôtel-de-Ville et la place des Terreaux. Une nouvelle émeute grondait dans la rue poussée par des bruits de disette et d'accaparements, que des malveillants avaient eu soin de répandre la veille. Nivière Chol, s'avançant sur le balcon del'Hôtel-de-Ville, s'écria; « Que voulez-vous, mes amis?— La mort ou du pain, répondirent plusieurs voix. — Vous aurez du pain, et vous vivrez, répliqua le maire ; mais je vous adjure, au nom de la liberté qui doit nous unir dans une seule pensée, respec- I. 14

tez Tordre public, n'écoutez plus la voix des méchants qui vous trompent et veulent vous entraîner dans un abîme de maux. Ayez confiance en nous qui sommes vos magistrats et vos frères ; enfants d'une même patrie, ne la désolons plus par te spectacle de nos haines et de nos discordes ; ne formons plus qu'une unique famille pour concourir au bien-être général : je vous en supplie au nom de tous I » Des applaudissements prolongés, des cris : Vive Nivière-Chol ! accueillirent la fin de ce discours prononcé avec émotion. Et le peuple satisfait se retira paisiblement avec ces paroles de paix, de conciliation, ce qu'il n'eût pas fait peut-être devant des baïonnettes. Le soir, le conseil municipal fit afticher la proclamation suivante :

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