‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 56 sur 217 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

envers des hommes, puisque la nature les a rendus aussi égaux en droit les uns que les autres. Faites, chers Marseillais, que par vos discours la ville de Lyon soit une ville martiale. Qu'un de vous monte donc à cette tribune, et que vos paroles soient plus efficaces que toutes celles qui ont été dites jusqu'à ce jour, »

Ce discours fut accueilli avec enthousiasme par les patriotes lyonnais, avec une silencieuse froideur par les Marseillais eux-mêmes. D'autres orateurs non moins fougueux succédèrent à Riard-Beauvernois , mais sans plus de résultats. Une réaction sensible s'était opérée dans les idées de ceux qui avaient versé leur sang à l'attaque des Tuileries, et dirigé les massacres des prisons ; ils étaient las de leur rôle funèbre; et quand ils s'éloignèrent de Lyon, les clubistes, qui les avaient salués d'acclamations, les poursuivirent hors du faubourg de la Guillotière en les accusant de lâcheté et de trahison.

Châlier présidait à tous les complots révolutionnaires ; il avait demandé et reçu de Paris une guillotine; et cet instrument de supplice, jusqu'alors inconnu à Lyon, fut publiquement exposé par les Jacobins, d'abord sur la place Bellecour, ensuite sur celle des Terreaux, afin d'avertir, d'une part les aristocrates de la noblesse, et d'autre part les aristocrates de la finance. Le tribunal criminel , qui pouvait seul disposer de la guillotine au temps déterminé par la loi , justement effrayé des conséquences que la vue de cet instrument sinistre pouvait produire, ordonna de le faire disparaître. Les Jaœbins, profitant de cette occasion, lancèrent à l'instant même une populace irritée sur les places publiques, et ensuite la poussèrent contre les prisons; deux nouvelles victimes, arrachées violemment au cours naturel de la justice, furent immédiatement massacrées au pied du fatal instrument remis en permanence.

Quelques jours après, le 28 octobre, un des secrétaires de la Convention fit part à l'assemblée d'une lettre que le ministre de l'intérieur avait reçue des officiers municipaux de Lyon. Ces magistrats offraient leur démission , demandant leur prompt changement ; ils annonçaient que de graves désordres continuaient à troubler leur ville ; des citoyens coupables , égarés par des hommes criminels, avaient forcé les lieux qui renfermaient la guillotine, et avaient exposé cet instrument de supplice sur la place publique pour immolera ses pieds, malgré tous leurs efforts, deux malheureux jeunes gens emprisoiHîés dans les caves de l'Hôtel-de-Ville , accusés

d'avoir dit, dans un café de la place des Terreaux, que «la Convention ne pouvait représenter la France, attendu qu'elle était une assemblée de gueiuc. » . « Puisque la ville de Lyon ne cesse d'être la proie des agitateurs, ajoutait Roland, que la Convention nomme des commissaires pris dans son sein , et les envoie dans cette ville, avec plein pouvoir et la recommandation expresse d'y rester jusqu'au renouvellement de la municipalité. » Sur la proposition de Vitet , la Convention décréta qu'il serait nommé immédiatement trois commissaires, et qu'ils partiraient aussitôt pour Lyon afin d'y rétablir l'ordre et le respect aux lois. Boissy-d'Anglas, Legendre et Vitet reçurent de leurs collègues cette importante mission. Afin d'aplanir les difficultés que ces envoyés devaient nécessairement rencontrer, une section de Lyon publia une affiche qui invitait le peuple à la paix et à la modération. Ce placard , qui calma momentanément l 'effervescence du parti ultra -démocratique, avait pour titre : Une portion du peuple au peuple ; il résumait les idées conciliantes des Girondins. « La discorde, endormie sur des cadavres, » s'est réveillée au son d'une cloche, et le sang a rougi la terre. « O peuple I jusques à quand ta volonté devancera-t-elle la loi ? jus- »» ques à quand le barbare espoir d'allumer la guerre civile reste- » ra-t-il à tes ennemis?... Laisse s'égorger les sauvages; ne leur en- » vie pas les entrailles sanglantes des victimes qu'ils dévorent.

« La force est la loi de ces peuples féroces ; la loi est la force d'un « peuple libre : nul ne peut dépouiller la loi de sa force pour s'en >» revêtir et frapper.... La tyrannie fut écrasée par la loi; la tyrannie » renaîtrait de la violation delà loi... peuple! respecte la loi, la » loi sur laquelle est assise la liberté!

* Et ne dis pas que la lenteur de la loi provoque ta vengeance ; ^ cette lenteur fait sa justice. Avec des lois promptes à condamner , " l'innocence succomberait souvent sous les efforts du crime.

» Et ne dis pas que tu souffres; nous partageons tes maux; » comme toi , nous sommes sans-culottes ; mais on n'achète le bon- « heur que par de longs sacrifices. Le voyageur qui marche sous » un soleil brillant , n arrive pas sans sueur.

» Lorsque , purgée des brigands qui l'infestaient , la République » respire; lorsque la patrie est déclarée n'être pins en danger, ne » jette pas le trouble dans son sein , et n'appelle pas sur sa tête » la mort qu'elle réserve aux tyrans.

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« Des agitateurs, soi-disant patriotes, égarèrent ton bras ; ferme » loreille à leur voix perfide , repousse leurs noirceurs ; sois tran- » quille, tes magistrats veillent, Roland a les yeux sur toi; l'Assem- » blée conventionnelle t'a pris sous sa garde... Sois tranquille, le » règne de la liberté, le règne de la loi, feront éclore celui de >• Tabondance. »

Les commissaires de la Convention étaient à peine arrivés, qu ils faillirent tomber victimes d'une insurrection. Dans le courant doc- (obre, une déplorable hostilité avait éclaté entre la garde nationale et un bataillon de volontaires du Var caserne à Lyon. On avait trouvé dans la Saône les corps de plusieurs volontaires noyés et percés de coups ; de leur côté, les volontaires du Var avaient assassiné, le vendredi 23 octobre, à onze heures du soir, un sousofficier de compagnie-franche, et deux autres le samedi matin. Trois coupables étaient arrêtés et constitués prisonniers à l'Hôlelde-Ville. Le 25 novembre, cent cinquante de leurs camarades, armés de sabres et de pistolets, viennent redemander les assassins. On bat aussitôt la générale; la garde nationale se met sous les armes ; les commissaires de la Convention accourent, essaient d'apaiser les révoltés. Un volontaire appuie son pistolet sur la poitrine de Vitet; un autre lève le sabre sur Boissy-d'Anglas; le désordre même les sauve; la foule les entraîne, les renverse, et ils ne se relèvent que pour entendre les cris de victoire des assaillants qui, après avoir forcé les portes de la prison, portaient leurs camarades en triomphe.

À cette nouvelle, tous les bataillons de la garde nationale se rassemblent et se mettent en marche avec leur artillerie: la municipalité et les commissaires donnent des ordres; on cerne les volontaires à la Croix-Rousse, à Vaise, à Serin, du côté du magasin à poudre. Leur état-major s'empresse d'envoyer une députation qui, en arrivant sur la place des Terreaux , est accueillie par de menaçantes vociférations. Elle parvient à se faire entendre ; elle représente que les perturbateurs ont agi contrairement à la volonté de leurs chefs, que le commandant du bataillon du Var s est vu enlever ses épaulettes , et a été contraint de marcher à la tête des révoltés. Elle reçoit Tordre de livrer les trois assassins et de quitter la ville dans deux heures. Cependant les volontaires étaient rangés en armes à la porte de leurs casernes , la mèche allumée et les canons braques sur

toi

la garde citoyenne; mais, au retour de ladéputation, se voyant entourés de tous côtés par des forces supérieures, ils rentrèrent dans leurs quartiers, rendirent les trois prisonniers, et peu d'instants après ils prenaient la route de Besançon.

Ce fut heureusement la seule émeute qu'eurent à calmer les commissaires de la Convention. Leur attention se porta sur les magasins de fournitures militaires destinées à l'armée des Alpes , et ils reconnurent que r incurie des administrateurs et de la municipalité avait toléré les plus affreuses dilapidations. Les chemises que le gouvernement payait 7 livres 10 sous, étaient faites de grosse toile d'emballage ; sur 4,000 paires de souliers, livrées par le fournisseur Lajard, 1,900 furent mises au rebut; un grand nombre de pièces de drap avaient été expédiées sans aunage, et Ton avait eu soin de ne pas spécifier dans le marché la largeur du drap. Pour mettre un terme aux friponneries, les commissaires provoquèrent l'arrestation de Lajard et Delaunay, fournisseurs; de Vincent, Benjamin et Vase, commissaires des guerres, et de quelques agents subalternes. Puis ils demandèrent pour la commune de Lyon Tautorisation d'emprunter trois millions nécessaires à l'approvisionnement de la ville, et un secours de quinze cent mille livres pour les pauvres, dont le nombre croissait de jour en jour. Pendant leurs opérations, les commissaires se plaignirent à plusieurs reprises « de Tinconcevable » inertie des administrateurs de Lyon, qui avait laissé tomber dans » un affaissement absolu tous les ressorts de l'ordre public. » Tels étaient les termes d une de leurs lettres à la Convention , lue dans la séance du 23 novembre. Ils hâtèrent le renouvellement de la municipalité, et terminèrent leur mission le 5 décembre, jour de l'installation du nouveau maire à l'Hôtel-de-Ville.

Sur neuf mille douze votants, 'Ni vière-Chol avait réuni la majorité des suffrages au nombre de cinq mille cent vingt-neuf. Les officiers municipaux nommés quelques jours après furent :

MM. Gleize.

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