‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 59 sur 217 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

tique, l'avait dévastée, et Taocablant lui-même de coups, l'avait jeté ensuite dans les prisons de Roanne d'où il fut bientôt enlevé et nus à mort. A la suite de cet événement, sa veuve se trouvait sans aucune ressource : le produit de son travail manuel, qui commençait au jour et finissait à la nuit, ne pouvait subvenir aux besoins de ses malheureux enfants ; ils étaient en proie à la plus profonde misère, lorsque, sur la proposition de Nivière-Ghol, la municipalité s'empressa de les recommander au corps administratif, afin de la faire admettre sur la liste des indemnités demandées au ministre de l'intérieur pour les victimes des troubles publics.

La nomination de Nivière-Chol à la mairie avait ranimé toutes les espérances du parti royaliste : ce parti, le plus riche et le plus considéré, crut le moment opportun pour renouer les fils rompus si souvent de la contre-révolution. Ses principaux chefs formèrent à cette époque différents projets et ne s'arrêtèrent à aucun. Parfaitement d'accord sur le fond des choses, ils ne pouvaient s'entendre sur des questions fort peu importantes en elles-mêmes. Quelques-uns d'entre eux, et c'étaient les plus entêtés, auraient volontiers sacrifié le principe plutôt que de se rendre à l'opiuion générale si elle n'était pas la leur : ils faisaient ainsi de leur pensée politique une véritable question d'amour-propre devant laquelle tout devait céder. Les Jacobins, au contraire, qui marchaient dans une unité parfaite, ne tardèrent pas à découvrir les menées des royalistes. Habiles à profiter de toutes les circonstances qui pouvaient leur être favorables, ils ne manquèrent pas de dénoncer à l'autorité la mine contre-révolutionnaire qui devait faire sauter la république. Et Nivière le Royaliste se vit dès lors contraint à faire placarder sur tous les murs de la ville une proclamation hostile à ses amis. Voici la substance de ce document :

H La municipalité de Lyon a ses concitoyens.

»• Citoyens!

» Ayant été instruits que plusieurs personnes, égarées sans doute » par les ennemis de la république, cherchaient à propager des prin- » cipes attentatoires à la souveraineté du peuple, qui doit être à jamais ^ une et. indivisible, nous nous empressons, comme défenseurs de ses » droits, dé faire afficher de nouveau ce décret pour garantir la por-

i08 HISTOIRE DE LYON. — 1792.

» tion trop crédule de nos concitoyens de la perfidie des vils agents du » despotisme. Nous ne doutons pas que cette précaution sage, qui » nous est dictée par notre dévouement et par notre attachement à la » République, ne produise tout reffet que nous devons en espérer. » Mais si, contre notre attente, il se trouvait encore des hommes qui, « préférant l'esclavage à la liberté, tentassent de ressusciter la royauté » abolie, nous les prévenons que, Qdèles à nos serments, nous appelle- >- rons sur leurs têtes impies toute la sévérité du décret contre qui- » conque proposerait ou tenterait d'établir en France la royauté.

» En conséquence, nous avons arrêté que le décret de la Ck)nven- » tion nationale du 4 de ce mois de décembre 1792, sera réimprimé et » aflSché pendant trois jours consécutifs, afin que personne n'en pré- » tende cause d'ignorance.

« Signé NIVIÈRE-CHOL, Maire.

» Glbize, Saillier, Noël, BERTtiAi<i>, Gravier, Sautemouche, Chazot, » Richard, Rogh, Bebor, Dubois, Millon, Turiis, ISOyet, Francalet, »» ViLLARD, Vanrizamblrg, Biolet, Bicon ct Destephanis, officiers » municipaux. »

La prudence du maire, la fermeté de quelques officiers municipaux, déterminés à s'opposer sourdement aux empiétements des idées républicaines, surmontèrent Thostilité d'une majorité formée dans le conseil même de la commune. Us parvinrent à rapprocher les partis, et la ville de Lyon parut jouir de quelques jours heureux. Ce calme devait être de courte durée. Contenus à Lyon, les meneurs du mouvement jacobin avaient un instant abandonné la ville pour exploiter la banlieue, et pour réchauffer le zèle des habitants de la campagne, refroidi depuis l'attaque du château de Poleymieux et le massacre de Guillin-Dumontet. On vit alors d'inflexibles prédicants exalter l'efficacité des sacrifices de sang, préconiser le meurtre en matière de révolution, agiter partout les torches de la guerre civile. On les vit, s'attaquant à tous les dogmes respectés jusqu'à ce jour, outrager la religion et blasphémer Dieu même dans son temple ; assis dans la chaire de la vérité, affublés de la carmagnole, le front couvert du bonnet rouge des sans-culottes, ils imitèrent grotesquement le geste et l'inflexion de voix des ministres de l'Évangile, qui, disaient-ils, répandaient le mensonge et Terreur. Selon leurs doctrines, la reli-

Page 1