‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 60 sur 217 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

gion du Christ était une folie chronique, une espèce de maladie contagieuse transmise de génération en génération par le fanatispie et rintérêt personnel des prêtres; la seule véritable et seule rationnelle religion était celle du patriotisme. Pour se faire autant de disciples qu'ils avaient d'auditeurs, ils faisaient consister cette religion dans l'exaltation des classes pauvres sur l'abaissement des classes riches. Ils s'en allaient ainsi de village en village, de hameau en hameau, glanant des prosélytes à travers une population ignorante, préparée de longue Imain au scepticisme, semant à profusion les doctrines philosophiques du xviir siècle. Ils s'en allaient ainsi, nouveaux apô très, prêchant les dogmes de la révolution, lorsqu'un cri les arrêta subitement dans leur tournée patriotique et les rappela de suite à Lyon. Ce cri, parti du club des Jacobins de Paris et répété par les échos des quarante mille sociétés affiliées à ce centre directeur, demandait la mise en jugement de Louis XYI.

C'était le signal que le Marat du midi, Châlier, président du tribunal du district, attendait depuis si longtemps et avec tant d'impatience : ne pouvant contenir les élans de sa joie, il bondit sur son siège, il rit, il pleure tout à la fois, il bat des mains, 'se hâte de faire enregistrer les décrets qui proclament l'unité et Tindivisibilité de la république française et ordonnent le procès du roi ; puis il prononce avec un son de voix précipité les paroles suivantes :

« Citoyens! vous vene zd'entendre la lecture du décret conservateur de notre liberté au berceau; il écrasera les serpents qui s'efforcent de s'y glisser pour l'étouffer. Ces monstres dévorants, qui se sont montrés jusqu'à ce jour, ces furibonds rentreront dans leurs repaires : la massue d'Hercule vient d'être levée pour écraser leurs têtes s'ils osent se montrer au grand jour.

« Pour moi, je suis seulement étonné d*une chose, c'est qu'après avoir décrété depuis quatre ans la déclaration des droits de l'homme que vous lisez au-dessus de nous, on s'avise de mettre autant d'appareil et d'importance pour décoller un scélérat : je ne sais si je dois le plus admirer^ ou la bonté ou la patience du peuple, ou la faiblesse de

la Convention

» Quoi I depuis tix)is mois qu'elle aurait dû avoir déjà débarrassé la terre d'un pareil fardeau, elle débute par essayer à décréter la république, et elle laisse vivre celui qui peut encore, par ses vils partisans, l'exposer à de nouveaux malheurs ! Mais que dis-je ? si elle a décrété

iiO HISTOIRE DE LYON.— 179â.

un nouveau gouvernement, elle a donc jugé le tyran ? Oui, elle l'a jugé, et par le décret de l'unité et de l'indivisibilité de la république, et par celui dont nous venons d'ordonner l'enregistrement.

» Rois de la terre, quels êtres étes-vous donc, si même après avoir replongé dans l'obscurité, après avoir arraché ces titres brillants gui vous décorent, cette pompe qui vous environne, nous balançons encore à porter le coup qui doit vous punir de tous vos forfaits?

» Citoyens ! Louis, étant encore en vie, est toujours à la tête des armées ennemies, Louis porte toujours le feu et la flammé chez vous, et l'on assemble encore un tribunal et des juges ! Le tribunal qui doit doit le juger (et cela ne devrait pas être à faire), c'est la foudre du peuple : oui, ne nous y trompons pas, l'arbre de la liberté ne fleurira que mr les cadavres des despotes. »

Chftlier se tut un instant pour observer reObt produit par ces mots, ses yeux roulèrent dans leurs orbites, sa main décrivit la ligne perpendiculaire que doit suivre le couteau de la guillotine pour trancher une tête, et il reprit avec une inflexion de voix sauvage : « Brutus ne s'arrêta point à faire le procès de César, il le frappa de vingt coups de poignard, et Rome eût été libre, si elle avait pu l'être encore.

» Avec le perfide et dernier Louis s'évanouiront toutes les conspirations contre la souveraineté nationale, le peuple aura du pain, n'en doutons pas ; mais le premier article de la loi, que nos législateurs doivent faire sur les subsistances, c'est la mort du tyran.

» Républicains qui êtes ici présents, écoutez le cri plaintif de la patrie notre mère commune qui semble nous dire : mes enfants, si vous voulez conserver votre liberté , punissez tous les traîtres qui conspirent pour vous la ravir, dénoncez tous ceux qui oseraient proférer ces mots de servitude, roi, dictateurs ou protecteurs, et le glaive de la loi, n'en doutez pas, les punira de mort. Vous n'aurez qu'à ce prix, soyez-en sûrs, la paix, l'égalité, la liberté et l'humanité. »

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