‹ Histoire politique et militaire du peuple de Lyon pendant la ..., Volume 3Chapitre 6 sur 217 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

faire pleuvoir sur les muscadins vainqueurs. Six cents hommes de la milice et deux cents dragons s'avancèrent dans le faubourg pour protéger la rentrée des volontaires. Aux premières pierres lancées , on répondit par deux coups de fusil, et deux insurgés tombèrent du haut de leur toit dans la rue. La troupe fit une décharge générale en Tair; les consuls et syndics de la ville déclarèrent que si, dans cinq minutes, les toits ne se dégarnissaient point, le faubourg serait mis à feu et à sang; et les rebelles, frappés de stupeur, n'osèrent pas s'exposer aux effets d'une aussi temble menace... « Ce faubourg, dit » le narrateur le plus complet de cette journée du 3 juillet, dans une » brochure intitulée : Les Lyonnais sauveurs des Dauphinois, ce fau- » bourg nous avait déjà plusieurs fois donné de l'inquiétude. Les » habitants sont nombreux ; ils auraient pu porter le désordre dans «la ville, s'ils n'avaient été contenus. Nous avons beaucoup de » peine à contenir le peuple de Lyon , la ville serait peut-être en » cendres sans les précautions que nous prenons, la bonne garde que » nous faisons, et le secours des dragons et des Suisses, qui rendent « de grands services. »

La commission intermédiaire du Dauphiné arrêta que les noms de M. Coinde et de ses compagnons seraient inscrits sur les registres de la province, et qu'on y ferait mention de l'événement. Elle envoya un extrait de sa délibération au corps municipal de Lyon. Louis XVI n'applaudit pas moins à la conduite des volontaires lyonnais , et chargea son ministre de leur témoigner sa vive satisfaction.

Les partisans de l'ancien régime, de même que les modérés, attribuaient universellement les troubles à des brigands soudoyés, étrangers aux régions où ils exerçaient leurs ravages. Telle fut la préoccupation qui dicta l'arrêté du comité des Électeurs en date du iO août 1789. 11 obligeait tous les étrangers à comparaître, dans le délai de trois jours, par-devant les syndics des paroisses, ou les juges de police, à l'effet de produire les certificats dont ils seraient munis, ou de déduire les motifs de leur séjour. « Une fois délivrés de » tous étrangers suspects et malintentionnés, les villages, bourgs " et villes de la Sénéchaussée où il arriverait des désordres, ne pour- »» ront , sans manquer à l'honneur, ne pas dénoncer quiconque , en les « commettant , associerait le lieu de sa naissance ou de sa demeure » à la honte et à la flétrissure qui sont attachées au nom de séditieux et » de rebelles.

» Tout citoyen dont les actions ou les discours tendraient à donner » une fausse idée de la liberté, qui ne fut jamais autre chose que le » pouvoir de faire tout ce que les lois ne défendent pas , sera livré » à la vengeance des lois qu'il aurait outragées, et au ressentiment de » la patrie qu'il aurait troublée.

» Ceux qui, à Taide de la séduction et du mensonge, faisant par- « tager à d'autres personnes et leurs excès et leur licence, croiraient » trouver l'impunité dans le nombre de leurs complices , doivent » exciter contre eux, et contre leurs compagnons coupables, les ef- » forts combinés du patriotisme et de la force militaire.... »

L'arrêté terminait en mettant le droit de propriété sous la sauvegarde des villes, en invitant les citoyens à une tranquillité calme, en les exhortant à dénoncer les écrits ou imprimés distribués furtivement , et à fuir les assemblées trop nombreuses. Plusieiu*s de ses dispositions furent considérées comme impolitiques, et plus propres à exaspérer qu'à détruire les tendances insurrectionnelles. Prescrire la dénonciation conune un devoir, stimuler le zèle homicide de la force militaire , c'était semer des germes de discorde en cherchant à terrifier les perturbateurs par de rigoureuses mesures. Néanmoins on crut avoir étouffé l'esprit de révolte, et l'impression produite par les premiers mouvements fut rapidement effacée , comme le démontre l'assertion d'un journal bien informé. « Lyon , dit le Mercure de France, dans un u numéro du 20 février 1790, s'était maintenu jusqu'ici dans une inalté- » rable tranquillité. Point de sang répandu, point de lanternes , point de » proscriptions, pas même de tumulte, La sûreté et la paix de cette ville » intéressante y avait retenu les capitalistes, les grands consommateurs, » et y eût attiré nombre de fugitifs. Le corps municipal y avait consacré » la révolution, non par la terreur , l'inquisition et les violences , mais » par une police sûre et active, confiée aux volontaires nationaux. »

Les instigateurs des premières émeutes appartenaient exclusivement aux classes souffrantes des faubourgs; la bourgeoisie eut son tour, et l'ordre fut troublé par ceux mêmes qui avaient mission de le défendre. La milice bourgeoise, toutes les fois qu'elle descendait ta garde, était tenue de déposer ses armes à rHôtel-de-Ville.Une compagnie s'y refuse, et se prépare à les emporter , aux applaudissements de la multitude attirée par cet incident sur la place des Terreaux. Les dragons, les Suisses, la maréchaussée surviennent; on leur crie de descendre de cheval, on leur lance des pierres; quelques coups de fusil sont tirés

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