CHAPITRE XL
» la signature du maire, quel que soit son nom présent et à venir; que » RouUot reste autorisé à délivrer lesdits certificats, à recevoir toutes » les sommes qui en proviendront , et à les déposer au greffe de la » municipalité. Cet arrêté sera envoyé au comité de surveillance de » la Convention, «insi qu'à tous les départements, les invitant de gar- » der le plus grand secret, et de faire arrêter toutes les personnes » porteuses des susdits certificats. »
Les clubistes, impatients, avaient déjà devancé Tbeure désignée par la municipalité , en emprisonnant plusieurs mariniers de la Saône et les portefaix du port Saint-Vincent qui s'étaient le plus signalés par le renversement des tables dressées au mois de janvier pour recevoir les pétitions proposées par les Jacobins. Les trois cents commissaires, préposés par le club central aux visites domiciliaires, attendaient à THôtel-de-Ville le moment d*agir, lorsqu'à quatre heurçs du matin la ville se réveilla au bruit inattendu de la générale et du tocsin ; aussitôt la force armée se rassemble, les barrières de la ville se ferment, l'entrée des principales rues est interceptée et gardée par des piquets d'hommes armés; la navigation des deux rivières est interrompue et surveillée par des barques encombrées de soldats chargés d'en défendre le passage; les commissaires se mettent en mesure de remplir leurs fonctions. Les portes des citoyens qui ne s'ouvrent pas à Tinstant même, au cri prononcé : Au nom de la loi ! tombent brisées sous la crosse des fusils; rien n'est épargné, rien n'est respecté, ni le droit de citoyens, ni les secrets de la vie de famille, mis sous là garde de la loi ; tout est violé, tout est profané : on arrête nombre d'hommes surpris à l'improviste , la plupart dans leur lit; on les enchaîne, on les insulte, on les frappe, on les entraîne à lllôtel-de-Ville, en les forçant de s'incliner respectueusement devant l'arbre de la liberté. Arrivés dans la principale salle de la maison commune, ils comparaissent devant la commission chargée de les interroger, et la plupart sont plongés dans les cachots. Les arrestations se prolongèrent jusqu'à six heures du soir. A ce moment, les barrières se rouvrirent, et quelques proscrits qui s'étaient tenus cachés s'aventurèrent à reparaître, mais ils furent immédiatement arrêtés.
Dans la nuit du 5 au 6 février, sous prétexte de repousser des hommes du peuple qui avaient hautement réclamé en faveur des prisonniers du Port-du-Temple, la municipalité, à l'insu de Nivière Chol,
fit amener huit pièces de canon dans la cour de lllôtel-de-ViUe. Elle envoya des commissaires à la prison de Roanne, demander au guichetier si la guillotine était en bon état, et lui ordonner de la remettre à la première réquisition. Au lever du soleil , une circulaire, signée Montfalcon, appelle toutes les sections au club central. « Citoyens, on conspire contre vous et contre vos magistrats; levez- » vous ; courez au centre! aux armes I hnmolons nos ennemis 1 » En même temps, Châlier reçoit cette lettre d'avis : « Le comité central » est convoqué pour une heure et demie au plus tard ; le salut de la » cité repose sur les chauds amis de la liberté; les scélérats méditent » de les égorger. Déconcertons-les; volez donc au comité central; » préparez-y les sans-culottes ; organisez-les par vos grands principes; - rendez-les dignes du moment où nous nous trouvons. » Cette missive était signée : Vos frères les sans-culottes, Magot, secrétaire de la municipalité; Fillion, officier -municipal. Elle portait pour suscription : Au citoyen Châlier, à Lyon, pour ses amis et coopérateurs.
Nivière-Chol avait été averti par le lieutenant de gendarmerie Villard de la visite faite au guichetier. Justement alarmé, sans consulter ses collègues, il requiert les commandants de la garde nationale et de la troupe de ligne. Plusieurs détachements d'infanterie, de cavalerie, d^artillerie, occupent la place de THôtel-de-Ville, devant laquelle se rangent les trois premiers bataillons de la garde civique. De fortes patrouilles sillonnent les rues ; un imposant appareil militaire esc déployé.
Le club central s'assemble et se déclare en permanence ; les membres présents, au nombre d environ six cents, s'engagent à ne rien déclarer de ce qu'ils vont voir et entendre. « Nous jurons tous , disent-ils, nous jurons d'immoler par le glaive sacré des sans-culottes quiconque osera parler de ce qui se dira ou se fera dans cette séance, ceux-là même qui auraient la faiblesse d'en parler à leurs femmes. » Alors Châlier, ouvrant la séance, déclare que la patrie n*a jamais été plus en danger. «La ville est inondée, dit-il, d'aristocrates, d'émigrés, de prêtres réfractaires, de modérés, de royalistes; depuis que la section du Port-du-TempIe est en insurrection, les plus grands maux menacent la sûreté de la ville et la vie des braves sans-culottes. Ainsi il existe une mesure générale à proposer , sans laquelle la liberté et Tégalité sont de vains noms, et la patrie un simulacre. Citoyens , si de nombreux ennemis nous menacent , j*ai