‹ Histoire populaire de l'affaire DreyfusChapitre 11 sur 67 · IV. — IL Y A DOCUMENTS ET DOCUMENTS · texte numérisé non relu

IV. — IL Y A DOCUMENTS ET DOCUMENTS

Assurément, le champ reste ici ouvert à toutes les inventions.

Mais je suis impuissant à les arrêter, et, du reste, c'est à l'instruction judiciaire qu'incombe le soin d'établir la vérité.

Toutefois, et pour rassurer l'opinion publique, je n'hésite pas à vous affirmer qu'il n'y a pas eu une seule pièce détournée et que les renseignements livrés n'ont pas l'importance qu'on leur attribue.

Le capitaine Dreyfus, au cours de son stage préalable à l'admission définitive dans le service d'étatmajor, n'a eu entre les mains ou sous les yeux que des documents d'ordre secondaire, car son emploi était celui d'un expéditionnaire, de rang plus élevé que d'ordinaire, mais d'un simple expéditionnaire comme ses camarades de stage, puisque les uns et les autres font leur apprentissage.

Quant aux dossiers précieux, d'une haute valeur, les colonels qui remplissent les fonctions de chef à l'un des quatre bureaux de l'état-major de l'armée les tiennent enfermés dans des coffres- forts où ils les placent soigneusement dès qu'ils les ont consultés, et nul autre n'y touche, ayez-en l'assurance.

Cette déclaration contenait une inexactitude, à son premier alinéa.

En effet, les « notes», dont y parlait le général, ne révélaient pas nécessairement que leur auteur fût un officier des bureaux de l'état-major.

Pour y trouver cette révélation, il fallait avoir lu le bordereau sans en avoir pesé tous les termes.

En effet, un officier de troupes avait aussi bien pu en être l'auteur.

C'est, d'ailleurs, ce qui apparut, deux ans plus tard, au lieutenant-colonel Picquart, quand l'écriture d'Esterhazy lui étant tombée sous la main, il présenta cette écriture à l'un des experts du procès Dreyfus qui y reconnut l'écriture des « notes ».

Le lieutenant-colonel Picquart, ayant alors étudié en détail la contexture des termes de ce document, s'aperçut qu'Esterhazy, officier de troupe, avait bien plus d'apparences de l'avoir écrit que l'on n'avait pu en prêter à Dreyfus, en 1894.

C'est d'ailleurs ce que tout homme de sens, qui a pesé et lu les arguments « pour » et « contre », est amené à penser: le document peut être très bien d'un officier de troupe.

Une autre inexactitude figure dans les deux derniers alinéas delà première partie.

Le général Mercier était sincère en l'émettant. Mais il était médiocrement clairvoyant.

C'est du Paty de Clam qui avait livré à la Libre Parole le nom et la fonction de l'officier incarcéré au Cherche-Midi.

Quant à la preuve de Mercier, savoir que du Paty n'avait pas l'ait confidence de son indiscrétion à ses camarades de bureau, elle est faible.'

En dehors de ces inexactitudes, qui venaient l'une et l'autre d'un défaut de réflexion du généra] Mercier, la déclaration ministérielle était véridique.

Elle apprenait (alinéa 2 de la partie I) que Dreyfus avait été arrêté, sanfl surveillance préalable, sans filage.

C'était la réfutation formelle de l'assertion du Petit Journal relative à la mission Cochefert en Italie, en vue d'obtenir la certitude de la culpabilité de Dreyfus.

De môme la déclaration mentionnait que l'enquête sur le genre de vie de l'accusé était à faire (alinéa 4 de la partie II).

Elle n'avait donc pas précédé l'arrestation.

La déclaration spécifiait que l'inculpé opposait des dénégations persistantes et maintenait son innocence.

C'était la réfutation du troisième chef d'accusation du plaisant réquisitoire de Rochefort contre le général Mercier, en date du 5 novembre, chef qui visait incidemment « les aveux complets du coupable » :

Les deux derniers alinéas de la troisième partie contenaient la redite, sous forme d'interrogation, de l'inexactitude contenue dans les deux derniers alinéas de la première.

S'il en fallait une preuve nouvelle, c'est la visite faite à Rochefort le 4 novembre par l'attaché anonyme au ministère de la guerre, qui avait tant de traits de famille avec le commandant Pauffin de Saint-Morel.

Ce n'est pas pour des prunes que Rochefort avait fait son article du 7 novembre.

Mercier paraissait avoir ignoré ce que spécifiait cet article du « roman passionnel», des officiers en mission à l'étranger, de l'horaire, des trois ans nécessaires à réparer cet horaire.

Cette ignorance de l'article de Rochefort semble d'autantplus invraisemblable que la quatrième partie de la déclaration s'adapte à «l'horaire », comme une contre-partie catégorique.

Le sosie du commandant Pauffin de Saint-Morel

avait confié à Rochefort que Dreyfus « était au courant de tout » :

Mercier disait que Dreyfus n'avait eu sous les yeux que des « documents secondaires ».

Mercier affirmait que quatre officiers seulement consultaient au ministère les dossiers précieux, tandis que le sosie du commandant Pauffin avait dit « trente » à Rochefort.

La réfutation de la fin de l'article de Rochefort du 7 novembre paraît donc avoir été le but de la quatrième partie de la déclaration du ministre de la guerre.

La fin de la troisième partie de la même déclaration ne serait-elle pas la réfutation du commencement du même article ?

C'est possible. Cependant, entre la réfutation platonique du ministre et le dire positif de Rochefort, le lecteur restait incertain.

Signe des temps I II penchait pour la version de Rochefort.

Et, faut-il le dire? l'entrevue de Pauffin de 1897 est pour confirmer cette préférence.

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