‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 16 sur 90 · ALBRECHT DURER.— LE GB.VND CHEVAL · texte numérisé non relu

ALBRECHT DURER.— LE GB.VND CHEVAL

des architectures les plus déconcertantes, les scènes bien ordonnées malgré le nombre, les attitudes et les expressions des personnages. Il lui est loisible" de graver le cuivre avec une finesse plus grande encore que celle du prestigieux

m HISTOIRE POPULAIRE DE L\ PEINTURE.

Martin Schongauer, ou aussi de graver plus largement, et plus naïvement le bois (car Diircr était apte à graver lui-même sur bois les dessins que le plus souvent selon l'usage taillèrent des artisans spéciaux) ; puis, de là, exécuter de beaux et parfaits dessins <à l'encre noire ou à l'encre de couleur, ou à la pointe d'or sur papier coucbé de rouge ou de vert avec des rehauts de lilanc, ou gouacher miniaturalement un parchemin avec une délicieuse finesse, ou ciseler une poignée d'épée, comme Durer le ht pour Maximilien, ce dont on aurait grand tort de plaindre l'artiste et de blâmer le souverain ; ou à sculpter une ligure ou un bas-relief en bois ou en pierre tendre; ou enlin parfaire une belle peinture, comprenant des figures bien établies, bien étudiées, bien pensées, et pour cette opération employer savamment et généreusement, coûte que coûte et rapporte que rapporte les panneaux du plus beau bois, les plus excellents pinceaux, et les couleurs les plus durables, les plus chères, comme cet outremer qui de son temps est encore fort onéreux pour les peintres et sur l'emploi du([uel il ne ti'iche pas.

C'est par les dessins et les gravures de Durer que l'on a le plus de facilité de l'étudier, car les gravures se trouvent au moins en partie dans les bibliothèques des grandes villes, et des dessins il a été fait d'excellentes reproductions facsimilaires, tandis que les peintures sont rares, et il faut voyager, surtout en Allemagne et en Autriche pour les voir et les bien comprendre, les photographies n'en donnant qu'une très incomplète et inexacte idée. Les dessins de Durer avec ceux d'Holbein et de deux ou (rois maîircs italiens, sont parmi les plus précieuses feuilles de papier faisant partie des trésors communs à l'humanité entière. Ils dégagent en effet un maximum d'art sans le secours d'aucune ruse ; et ils causent les plus grandes surprises, sans qu'aucun moyen de surprise ait été employé; ils doivent tout au mécanisme admirable d'un esprit dirigeant et d'une main agissante, le sujet même finit souvent par n'être pour presque rien dans l'intérêt puissant qu'ils inspirent; car un arbre, un simple caillou, un museau de veau, avec ses narines noires et humectées de mucus, dessinés par Durer soit simplement au trait, soit rehaussés d'un peu d'a([uarelle deviennent des exercices stupéfiants. A plus forte raison lorsque l'intérêt de la conception s'ajoute à cette exécution magistrale autant qu'elle est simple, lorsque par exemple, il étudie un fragment pour une grande composition, ou qu'il fait un portrait à la pointe, au fusain, ou au crayon noir, ou invente une ornementation, ou enfin fait surgir un paysage.

Les paysages dessinés d'Alhreclit sont prodigieux à la fois par l'exactitude de leurs détails et par leur vaste atmosphère ; nous en avons deux au Louvre, qui donnent, quoique simples et infimes notes de calepin, l'idée de ce qu'il peut faire en ce genre. Mais lorsque l'on voit les feuilles plus importantes qu'il a dessinées, par exemple cette admirable Tréfîleiie du musée de Berlin, ou certaines

ALDRECUT DURER. — LA VIEBGE AU SINGE.

vallées vues de haut, avec leurs forêts, leurs maisonnettes, leurs burgs, on demeure ému et confondu de tant de largeur obtenue par tant de fidélité; il y a (Micore au musée de Brème nue vue de Trente, des études d'arbres admirables; au British xMuseum, dans la collection Malcolm, un lac bleu entouré de sombres pins, qui par la franchise audacieuse, la vivacité des couleurs, fait penser aune incomparable estampe japonaise.

Au même musée encore, il y a des documents dessinés qui ne sont pas moins étonnants : ce sont des études de Feld's formation, ou de couches géologiques : quand il a rencontré dans ses voyages quelque profond gouffre, quelque longue déchirure de carrière, montrant superposées des couches de rocs, de terre, de sable, de terre encore recouverte de verdure comme d'une peau, et tout cela Iraucliè eonimr une cluiir vive laissant voir à nu les épaisseurs de muscles, l'artiste a vite dessiné et gouache cela avec un intérêt passionné, notant la moindre aufractuosité, maintenant les divisions principales, reproduisant textuellement les colorations rouges ou jaunes ou ardoisées des stratitications, et cela devient palpitant comme un organe, parlant comme un visage. Que cela donne la mesure de raAidité (jue Diirer apportait à savoir, et fasse comprendre comment il pouvait èlic parvenu par l'attention, à donner à un portrait une vie capable de traverser les siècles.

De ces p(Miraits on ne saurait faire ici le catahigue ; il y a des fusains d'un jet et d'une ampleur extraordinaires; les plus humbles ou les plus oubliés des modèles y sont attirants comme les plus illustres. Maximilien, empereur, n'y relient pas plus longtemps la pensée que maître Ilyeronimus, archil(}cte d'Augsboure, nu que la mèi'c de Durer à l'âge de soixante trois ans, admirable portrait de vieille, ridée, repliée sur elle-même, méditative, ou enlin que la bien en chair .\gnès Frev, qui fit souffrir l'artiste. Dans des essais de composition, le Christ sur papier vert du Louvre, par exemple, le Durer lettré et philosophe s'affirme ; dans des recherches de proportions et d'anatomie, l'homme acharné à se rendre compte s'exerce pour lui seul ; dans des compositions jetées sur le papier se trouve la préoccupation du rythme, qui ne lui a pas été plus étrangère que celle de la forme et de l'expression; il faudrait par exemple, citer encore, comme procédant de tout cela un des dessins de Durer qui est peut-être de tous le plus moderne d'aspect et d'exécution, une représentation à la plume d'un Baiji de femmes, au musée de Brème, où se pressent à côté de corps élégants et jeunes, les écroulements de chairs et de rides des matrones sexagénaires, études de déformations charnelles, non moins curieuses que les éludes de déformations géologiques.

Pour les gravures, non seulement nous ne tenterons pas de les cataloguer, mais encore nous ne décrirons même pas les plus célèbres, car d'abord elles sont devenues familières à ceux qui ont la plus superficielle éducation, puis, parce

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