‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 18 sur 90 · LA MISE AU TOMBEAU · texte numérisé non relu

LA MISE AU TOMBEAU

meubles de bois bien taillés, une tête de mort, des livres, un pupitre, le lion couché familièrement à côté du chien domestique, une belle coloquinte pendue an plancher, une chambre enfin où Diïrer n'aurait pas été mal à l'aise pour faire de la gravure; le Saint Jérôme agenouillé dans un paysage abrupt; les grands bois de V Apocalypse, ceux de la suite des Triomphes de 31aximilien, tout cela est connu ou doit être connu bien vite. Parle sentiment romantique, je veux dire de tristesse, de philosophie, d'imagination, de naturel et de légendaire mêlés,

-ri HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

les gravures de Durer ont exercé une des plus profondes influences sur la pensée française au milieu de ce siècle. L'on pourrait comparer cette influence à celle de Shakespeare ou de Gœlhe, et le Cavalier et la Morl ou la Mélancolie, ont mis en mouvement des imaginations, des nerfs, déterminé des conduites de vie à l'égal d'Hamlel ou de Faust. Peut-être maintenant ce côlé de l'œuvre nous est-il plus indifférent, et la voyons-nous plus sensément, pour ce qu'elle est, c'est-àdire pour une merveille d'e\éculion, et de goût original : c'en est faire un suffisant éloge que de dire la curiosité des types et des ajustements, lu merveilleuse iinesse des paysages, le prodigieuxmétierde graveur, qui jamais ne se trompe, et réalise les plus inouïs tours de force avec la plus alerte légèrelé; en un mot le métier finit par nous passionner presque plus que le sentiment. D'autres temps pourront rétablir l'équilibre au profit de l'imagination ; mais ce n'est pas le nôtre qui ace droit, car malheureusement un tel métier s'est perdu. D'ailleurs ceux qui jugeront qu'il vaut la peine d'entreprendre le voyage pour bien connaître Durer peintre, et nous sommes de ceux qui pensent ainsi, pourront devant les tableaux de Munich, de Dresde, de Berlin, de Vienne ou de Nuremberg, goûter pleinement le magnifique équilibre du sentiment et du métier.

Ici tout est richesse ; mais il faut faire la part des altérations, des dispersions, et aussi des circonstances dans lesquelles Durer peignit, ou ne peignit pas comme il l'aurait voulu. 11 voulait en elTet. peindre avec un extrême soin ou ne pas peindre. Aussi ses œuvres peintes sont-elles relativement peu nombreuses, forcé qu'il fut souvent de renoncer momentanément à ces travaux pour les estampes qui le faisaient vivre, et vu le temps que lui demandait un tableau. Encore faut-il se garder d'accepter sans contrôle diverses attributions hasardeuses et ambitieuses qui régnent au bas de ])lusd'un portraitou de plus d'une N'ierge, dans les musées et dans les collections. Pour Diirer, comme pour Rembrandt, et comme pour bien d'autres, il y a tant de garanties devenues officielles et qui sont des diffamations.

Le musée de Munich est un des jjIus riches et celui même qui contient les plus fières œuvres de Diirer. Nous avons parlé de son portrait révélateur, et de celui du vieux Wolgemul. Ils sont en vérité la clef de Durer en tant que peintre. Ils disent l'observateur et le penseur et l'ouvrier également admirables. D'autres portraits ne sont pas moins soignés, mais moins émouvants : ceux d'un certain Oswolt Krell, d'un jeune homme, et du célèbre et riche citoyen d'Augsbourg Jacob Fugger. Deux autres portraits ont une allure toute spéciale, et conduisent tout naturellement à l'appréciation du peintre arrangeur de pittoresques costumeries, préface aux grandes pages d'histoire et de pensée. Ce sont les effigies des Patriciens Stéphan et Lucas Baumgartner, tons deux magnifiquement vêtus, et harnachés, deux portraits en pied lU" riche et légendaire allure, où l'on voit Icsdeux gentilshommes en costume rougeetarnuire, lu lance ou l'épieu au poing,

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