‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 19 sur 90 · ALBRECHT DURER. — LA MELANCOLIE · texte numérisé non relu

ALBRECHT DURER. — LA MELANCOLIE

et se tenant pirs de leur cheval. Ces doux fîères imaiies, qui suggèrent des idées de force et de noblesse antique, sont les volets d"un tableau de sainteté et l'ensemble de ce triptyque était nommé l'autel Baunigartner, placé jadis en l'église Sainte-Catherine à Nuremberg.

Le panneau central, une Nativité, est un des plus tendres et un des plus typiques tableaux du maître. La Vierge et saint Joseph sont agenouillés dans une sorte de grange en ruines qui n'est point du tout lugubre; ils se tiennent de cha(iue côté de l'Enfant tout petit qu'entourent de tout petits anges. Au fond l'on voit monter deux paysans, leur lionnet à lu main, et dans le lointain paysage, est retracée l'anintnciation aux bergers. La page est riante et candide, d'une jolie couleur, et le type de la Vierge est celui d'une femme qu'il peignit avec prédilection, blonde, le visage d'un ovale très arrondi, le nez lin, les yeux vifs, la bouche légèrement relevée aux coins, très délicate, spirituelle, et pas absolument religieuse, mais des plus agréables à contempler.

Mais voici un tableau plus important encore, et à la vérité un des mieux composés de l»urer; c'est une Piefà, ou pour emprunter l'excellent terme des Allemands que nous ne pouvons rendre que par une périphrase, une Bewelmmg CJirisli, un <( Pleurement du Christ. » Huit personnages : Marie, Jean, Nicodème, Joseph d'Arimathie et les saintes femmes entourent le corps du supplicié descendu de la croix et étendu sur un linceul ; et ce corps triste, raidi, plombé, est saisissant à voir. lUu-<'r a ceiiainement étudié fort les diverses expressions des personnages et les a variées à souhait. Toutefois on ne peut se sentir aussi profondément ému que devant les plus naïves Beweiminijcn des primitifs, ou les <rucificments du violent et secouant Mathias Griinewald surtout. Dans toutes ces ligures règne le parfait ouvi-ier, le savant dessinateur et peintre, qui a su faire \\\\Q des meilleures compositions en rond que l'on puisse citer ; mais l'elfroi et la douleur profonde ne s'affirment pas, malgré la piété sincère que le peintre a pu y mettre. On in? peut qu'en vanter la facture harmonieuse, un peu ronde, point du tout anguleuse, comme on croit vulgairement chez nous qu'est toute <euvre de Diu-er. C'est, il faut dire le mot, italien, inspiré par l'Italie, mais comme il est impossible à un peintre allemand de r/ianter la douleur à la façon des [teintres italiens, d'en faire une parfaite mélodie, et de tirer les larmes par la grâce, il ne reste guère ({ue le beau et livide corps du Christ, corps de meurtrissure, mais tète (pii n'a ni l'auréole des mystiques tendres, ni le réalisme d'horreur des mystiques forcenés. Le paysage montucux, qui règne au fond de ce précieux mais non poignant tableau, est aussi parfait d'exécution que le reste, et il renforce l'impression surtout pittoresque de l'œuvre.

Kn revanche, le grand caractère austère, sérieux, virilement pur d'Albrecht liurer,s'aflirme avec plus de majesté que nulle part ailleurs dans les deux grands panneaux r(q)i-ésenlant chacun deux des évangélistes, l'un saint Jean et saint

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