‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 35 sur 90 · LUIS 11 E V A R G A S . — LA .N A T 1 V 1 1 E · texte numérisé non relu

LUIS 11 E V A R G A S . — LA .N A T 1 V 1 1 E

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ce que seront les grands portraitistes d'Espagne. Ainsi dans cette œuvre et dans celles qui pourraient encore être analysées, le tempérament brise, quoiqu"imparfaitement, les entraves de l'éducation, mais c'est un signe précieux, que nous ne saurions trop faire ressortir et qui rend Joanes un grand artiste et déjà un révélateur de conscience.

Ce que l'on connaît de son caractère attache encore plus à lui : il considérait une peinture comme un acte de foi, et au moment de l'entreprendre se mettait en prières, s'imposait des jeûnes; aussi un vrai sentiment religieux, un mysticisme sincère, percent sous les formes d'emprunt. Dans la suite des scènes de la

SANCUEZ COELLll.

fORTRAIT.

Pri'dkalion el du Mai lyre de sahti Etienne, le personnage du saint est véritablement illuminé et pur. Le musée du Prado possède encore d'autres importants tableaux de Joanes : une Cèiie^ une Visita/ion. un Cournnneinent de la Vierge, un très beau Marti/re de -sainte Inès, etc., plus un Portrait de Don Luis de Castelvi, car il est aussi portraitiste, et d'une sévère tenue. Parmi les autres œuvres les plus importantes une Inn/)acu/ée Conception à l'église des Jésuites de Valence, et dans la même ville, un Baptême de Jésus, une Conversion de saint Paul à la cathédrale, une Cène à l'église Saint-Nicolas, etc.

On \oil qu'il est possible de connaître à fond ce grand artiste, incomplet par la faute d'une trop complète éducation. Il avait les grandes vertus de l'école espagnole future, mais c'est la faute de son temps si elles n'apparaissent que par

r.COI.E KSl'AGNOLE.

iiilonniltciK'cs. .loaiics cul puiir élèvos smi lil- et ses driix lillcs, et Nicolas Horras, (lui piil le rnic, mais aucun de ces élèves n'a la force du maître.

11 n'est [KUiil le seul (|ui ail r\v ainsi cnti'avé et d(''>()yé pai-réducalion italienne :

iANClIEZ COELLO. — LE PRINCE CUARLES, FILS DE PHILIPPE II.

c'est un caraclère commua à presque tous les maîtres espagnols du xvi° siècle; leur vrai tempérament a grand'peine à se dégager, quelle que soit leur valeur, de l'éducation qu'ils ont été volontairement recevoir, et ils sont viclimes des

rivaux ou des maîtres que le goût de leur lenips et le fulgurant prestige de l'art italien leur imposaient dans leur propre pays. A ^'alence, avant Joanes, l'école de Milan s'était établie par droit de conquête avec Paolo d'Arezzo et son collaborateur Francisco Napolitano, élève de Léonard de Vinci. A Cordoue, en même temps que Pedro de CordoJKi, Alejo Fernandez était visiblement l'élève d'un maître italien; Pedro Fernandez de Guadalupe a laissé à Séville un retable daté de 1520, où les mêmes influences s'affirment malgré certaines tendances indigènes. D'ailleurs Séville venait à peine de voir laclièvement de sa cathédrale, et la décoration de l'immense édifice avait attiré parcenlainesles artistes de toutes sortes etde toutes nationalités, principalementitalienset flamands, dont plusieurs devenaient espagnols par adoption, tel Pierre de Kempeneer, devenu Pedro Campana et qui avait apporté à Séville les traditions de l'école de Michel-Ange. C'est donc un choc, une mêlée d'écoles étrangères, et de subdivisions de ces écoles, et ce qui se produit à Séville se retrouve dans le reste de l'Fspagne.

A côté des disciples de Florence, voici par exemple, à Séville, un des plus grands peintres de cette époque de transition, ou de formation, Luis de Vargas (1502-1367) qui importe les conceptions et les formes de l'école romaine, raphaèlesque, et en particulier de son maître Perino del Yaga. 11 y a de la puissance, delà fougue, une grandeur d'imagination dans ses umvres célèbres de la cathédrale de Séville, VAdnralion des Bergers, et la Géniration temporelle du Christ. Mais malgré la richesse de la couleur, l'importance de l'oirort, la sincère conscience, l'esprit religieux, ce n'est point là l'Espagne; c'est Home mal acclimatée et paralysante à la fois. Chose étrange, dans cette école qui se cherche, qui à vrai dire n'est pas com])lètement née, ce sont les formes d'un art de décadence qui servent à poursui\ re le but entrevu.

Dans les autres régions, dans le Centre et dans le Nord, même spectacle. Alonso Berruguele (1480-1361), fils du maître que nous avons nommé, apprend la peinture, la sculpture et l'architecture dans l'atelier même de Michel-Ange, C'est surtout un admirable sculpteur qui avec Daniel Forment à Huesca, avec Philippe Vigarni, l'imagier bourguignon, à Tolède, taille à profusion pour les cathédrales des retables, des stalles de chœur, des groupes en bois, en albâtre, des tombeaux de marbre, mille décorations surprenantes de savoir, et puissantes d'efîet. Parmi les autres artistes plus spécialement peintres qui travaillent à ses côtés ou de son temps, sont à citer .luau de N'illoklo (1 480-1 oooi, Gaspar Becerra (1 320-1 o70) et D. Correa qui travaillent vers le milieu du xvi° siècle.

Les deux derniers sont les plus remai'quables. Becerra, qui présente des analogies avec Berruguele, car il a comme lui, à l'école de Michel-Ange, pratiqué la peinture, la sculpture et l'architecture, avait accompli une œuvre imposante dont le temps n'a respecté que de Ires rares fragments : l'Espagne ne possède de lui, eu fait de peintures, que la Madeleine Péiiileiile du musée de

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Madrid provciiaiil du ('(uixciil de S;iiil;i (Ini/, à Sri;(i\ ic ; (■"csl iiiic li(dl(' pciiiliiic.

SANCIIEZ COELLO. — MAHIAGE DE SAINTE CATHERINE.

mais très ilorentine. Becerra fui peintre ofticicl de l'hilippe il et forma de nombreux élèves.

i:,l HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

DeCorrea, si l'on connaît moins les détails de sa vie et de son éducation, l'on a en revanche conservé un assez bon nombre d'œuvres et le musée du Prado en a une douzaine de sa main ou de son style. Sa manière n'est pas exempte d'àpreté et de sécheresse dans le dessin, mais elle a de l'éclat dans le coloris. 11 rappelle dans une certaine mesure le maître allemand qui' nous avons étudié dans la partie précédente, le peintre de la il/or/ de Mctfie ; il est italianisant à peu près de la même façon. L'analogie est d'autant plus frappante que le même sujet traité par lui est parmi les tableaux de Madrid, à peu près dans le même esprit. L'on pense cependant, bien que l'école de Cologne ait, comme toutes les autres, exercé sa part d'influence dans ce pays ouvert à toutes, que Coi-rea étudia en Italie et fut surtout fiappé par les primitifs vénitiens. Dans un Juucinent dernier de lui ou de son école, se remarque dans la figure du Christ un caractère de gravité et de majesté sombre qui n'est pas élément d'importation. Malgré la disette de détails sur Correa, l'on sait qu'il travailla en Castille, et surtout à Tolède.

A Tolède est à noter encore dans la seconde partie du wT siècle un des meilleurs peintres formés ou hantés par l'Italie : c'est Blas del Prado, né en cette \ille vers loiO. 11 y a de grandes obscurités sur sa vie; on sait qu'il a été au Maroc, mais on ignore s'il a été en Italie; le sultan de Fez avait demandé à Philippe 11 de lui envoyer un habile peintre. En io80 il est de nouveau à Tolède, et des œuvres significatives de lui y sont conservées dans l'église des Minimes et dans la chapelle de San Blas. Au musée du Prado est une de ses plus importantes, la Vierfje avec rEnfaiit Jésus el des sa/nlw C'est une œuvre dune belle tenue et ([ui ne laisse d'ailleurs que peu de doutes sur la complète éducation italienne de l'artiste. La Vierge, derrière et à droite de laquelle se tient saint Joseph, est assise sur une sorte d'estrade ; à ses pieds sont le théologien Alfonso de Yillegas, saint Jean l'Évangéliste et saint Ildefonse. L'ensemble de la composition est certainement italien, de même que les préoccupations de couleur, mais la Vierge n'est point italienne de visage ; elle a cette sorte de dignité triste des femmes d'Espagne, et pour le portrait d'Alfonso de Yillegas, c'est un de ces morceaux d'une sévérité fervente ]»ar où les plus italianisants des espagnols du xvi° siècle se trahissent heureusement, peignent toute leur race dans un visage, et annoncent les farouches beautés des temps à venir.

Mais voici deux grandes personnalités, deux maîtres en pleine possession d'eux-mêmes, et (jui rehaussent d'un vif éclat toute la période mélangée que nous venons de résumer. Dans cette école où tout se présente sous forme de contrastes inattendus, d'actions opposées, de phénomènes presque impossibles à grouper d'une façon logique (car il n'est pas snfhsant comme lien général de dire que l'influence italienne s'exerce presque partout), le portraitiste Sanchez Coëllo et le peintre religieux Luis .Morales affirment chacun de son côté une

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voliin'.é conscionlc, présonU'iil uni' naliiic en deliors de leur |»i(i|iic lcni|is. 11 est à iioli'i- ([iK" pcHir Siiiichcz (loollo, tcml au iimin^. l'Ilalic nV>l [MMir lim

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