‹ Histoire populaire de la peinture (volume 2)Chapitre 34 sur 90 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Viceiile Joanes. — Luis de Vargas. — Alonso Berruguele. — Correa. — Sanchez Coëllo et Antonio Moro. — Pautoja de la C.ruz. — Le divin Morales et son génie.

Vicente Joanes, autrement appelé Vicente Juan xMacip, ou encore communément Juan de Juanes, est le premier peintre espagnol dont on puisse nettement déterminer la personnalité, c'est-à-dire que l'on puisse juger sur une œuvre d'ensemble.

11 naît dans les premières années du xvi" siècle, vers 1303 et meurt en 1579. Il a été à Rome dans sa jeunesse, et à son retour en Espagne, il conquiert par ses œuvres une grande réputation dans le royaume de Valence; on l'a surnommé « le Raphaël espagnol », ce qui est tout à l'ait excessif, car il n'y a à i)eu près rien de commun entre les deux œuvres et les deux tempéraments. Le dessin de Vicente Joanes est certainement expressif et sur ; il dit ce qu'il veut dire exactement, mais il le dit avec un mélange d'emphase et de raideur tout à fait caractéristique; quant à sa couleur, elle a une vivacité et une crudité qui ne sauraient faire songer à l'impression grise et puissante que procurent les œuvres de Raphaël. Les mots d'emphase et de raideur (jue nous venons d'employer pour qualifier le dessin de Joanes ne sauraient être pris dans une acception d'absolue critique ; c'est par ces traits que l'artiste montre le premier à travers son permanent désir d'imiter littéralement ses maîtres, Jules Romain ou Perinodel Vaga, les façons de ressentir, les aspirations et les moyens d'expression de sa race. 11 a l'exaltation d'un catholique ardent et pour lui déjà, il n'y aurait pas de gestes trop impétueux, de visages trop convulsés; seule son éducation romaine le retient et c'est justement ce (jui donne la gaucherie à sa mimique, le côté conventionnel à certaines i)hysionomies qu'il était sur le point de sentir juste et profond. Si, dans ses tableaux de la V/c de sa'ml Elienne au musée du Prado, il montre le saint expliquant sa doctrine devant le Concile, et accusé de blasphème par les préIres et les docteurs, ceux-ci se renverseront violemment en

rxOLR F.SI'ACNOLE.

arrière, ou hioii ('tomlronl les Itras avec des gestes d'Iiorreiir, ou >e saisironi la lèleà deu\ uiaiiis eu ouvrant la bouche pour pousser des eris, et il y aura dans

toutes ces attitudes qu'un Italien n'aurait certainement pas évitées, mais aurait cherché à rythmer entre elles, une sorte d'élan farouche, de fureur sincère que vient paralyser, très mal à propos d'ailleurs, le souvenir d'une éducation

déjà fortement académique. Encore un exemple dans la même suite : la Mise de ■mi/tt Elieiine an Ininhcau oiïre déjà, en certaines parties, le germe de spéciales beautés qui nous transporteront ou nous causeront des émolions poignantes dans les œuA res de la grande époque ; c'est ainsi qu'il n'y a peut-être pas une très profonde dillerence entre cette belle figure du martyr, bien sainte et bien morte, supportée par des compagnons pieux et apitoyés, et le chef-d'œuvre du Greco reproduit et décrit plus loin. \ Enterre me ni. du eonilc d'Orj/a:. C'est un même sentiment de ferveur et de niorl, de magnilicence et de néant, de richesse

LUIS D B V A n G A S .

LE CURIST UE NISSAN T.

dans les vêtements et de suggestion d'elVioi dans la l(ii[uc périssable, corporelle, exténuée, ecchymosée, blcmie. Mais à côlé de celle chose juste, de celle impulsion de vérité et de douleur chez un homme d'une race aux ardeurs sombres, les quatre porteurs du corps mettent une flagrante, une fâcheuse réminiscence des expressions et des alliludes d'école, des douleurs d'alelicr, des allenlions de modèles. Et à côté encore les deux figures éplorées, qui surmontent le groupe à droite, par l'exagération du geste des mains ci'oisées de celle-ci, par l'indicalion très soulignée des larmes de l'aulre, rappellent le besoin de gesticulation, tandis qu'un dernier caractère, de sobriété et d'auslérilé, achève de donner à l'œuvre sa jdiysionomie complexe : ces deux assistants, à gauche, avec leurs visages peints sur le vif, figures graves, portraits sévères, qui disent déjà tout

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