VICENTE CARDUCUO. — DESCENTE DE CROIX
de sa main sont le tableau du musée du Prado : le Débarquement des Anglais à Cadix, toile d'histoire toutefois bien inférieure aux Lances de Velazquez ; puis
l'Adoration des Mages et le Saint lldcfonse recevant la chasuble des mains de la
17e HISTOIRE POPULAIRE DE LA PELNTURE.
Vierge ; enfin, le très beau tableau de l'Académie de San Fernando, la Mort de salnl François.
Quant à Vicentc Carducho, il est supérieur à Caxès par l'abondance et la verve, par raisance dans la composition. La Prédication de saint Je/in-Boptiste à l'Académie de San Fernando, les grands tableaux de batailles du musée du Prado, la Bataille de Flearas, le Sièz/e de Constance, et la Prise de Pliein/e/d, le montrent comme un peintre habile, savant et puissant. Il eut d'excellents élèves, |{izi, dont nous reparlerons, et le paysagiste Francisco Collantes (1599-1656).
A l'atelier du peintre Luis Fernandez, Pacheco avait eu comme condisciples des artistes qui suivirent des routes bien différentes entre elles, et bien difTérentes de la sienne : les frères Aguslin et Juan de Caslillo, et Francisco de Herrera, dit Herrera le Vieux; c'est de ces trois derniers qu'il nous reste à parler dans ce chapitre ou plutôt à mentionner les deux premiers et à parler du dernier.
Les Castillo n'ont pas en effet une personnalité très tranchée. Agustin a été un peintre sans grande originalité : Juan mérite au contraire une mention plus spéciale, à cause de son talent plus ample d'abord, puis à cause de son enseignement qui forma Pedro de Médina, son propre neveu Antonio del Castillo, peintre tourné vers le réalisme, et enfin surtout Alonso Cauo, Pedro de Moya et Murillo. Juan del Castillo naquit en Io8't et mourui en 16i0. Son neveu Antonio (1603-t667) fut célèbre presque autant par son naïf orgueil ([ue par son talent. La légende rapporte que les (euvres de son ancien camarade d'atelier Murillo lui causèrent assez <de jalousie pour bâter sa fin. Le musée du Prado possède de lui une Adoration des- Bergers.
A côté de tous ces artistes, et même de tous ceux qui sont nommés dans ce chapitre, Herrera le Vieux se présente comme un homme d'une bien autre envergure. Par son tempérament, par son apport à l'art (espagnol, il peut être compté parmi les plus grands. C'est un des jilus illustres agités de toute l'histoire de la peinture, non pas seulement de son pays; mais cette tumultueuse agitation, ce violent tourment d'esprit qui se trahit par de terribles oppositions de couleur, par des tempêtes de ligues, des fureurs d'expression, est vraiment chez Herrera une forme du génie. Ces violences (jui seraient insupportables chez un médiocre, vont ici avec un métier superbe et de rares dons de composition et de dessin. Les existences douces et paisibles, les carrières tout unies ne sont pas le fait de ces tempéraments ardents qui contribuent à révéler h une race ses vrais élans, à la camper brusquement face à face avec elle-même. Aussi Herrera, grand par son œuvre, est grand également par son influence et par son rôle.
Si le riche, noble et grave Las Uoëlas passait aux yeux de l'inquisiteur Pacheco pour un hérétique du fait de quelques natures mortes et de ([uelques
ÉCOLE ESPAGNOLE
lypes vivunis iiilroduils dans des hildcaux de siiiiilch', Mcnciii dul rlic considéra comme le diable en personne, |kiiic la lage avec la<|iicll(' il se jcla dans la peinUire des modèles les pins ludenienl populaires, les pins ru^ncnx, les
plus effrayants, et enfin éloignés de toute conception rapliaëlesque d'une humanité embellie. Il fut même de bonne heure bien loin de Venise, ins|>iratrice principale de ses devanciers, et leur plus heureuse conseillère : auprès de lui le fougueux Tintoret semblerait presque académique. Théophile Gautier a bien
rendu celte fureur en décrivant le magnilique Sainl Basile présidant un concile et dictant sa doctrine, qui est une des plus belles toiles du Louvre, et telle que
J L' A N D K L C A S T I L L 0 . — M A U 1 A G E D li LA V I E R G K .
l'Espagne même n'en possède pas de supérieure ; il n'y a qu'un poète qui puisse rendre avec force l'impression d'un pareil tableau : a Ou dirait, écrit-il, Satan haranguant le Pandœmonium, tant les figures sont farouches, sinistres et diabo-
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liqiics. Luc niécliaiu'cli' iiilV'iiiale nisj)0 ces lûtes comulsrcs, ri le SaiiiMlsptil
ANTONIO DEL CASTILLO. — ADORATION DES BEItGERS.
qui secoue ses ailes effarées au-dessus du Saint a l'air du corbeau d'Odin ou d'un oiseau de proie qui veut lui manger la cervelle : tout cela est enlevé avec
HISTOmii POl'ULAIRt: DE LA PEINTURE.
une rage de brosse inimaginable, cl semble comme flamboyant d'un reflet d'auto da fé. »
Le caractère même de ci'lle viuleiitc peinture a fait comme toujours exagérer le caractère même de l'artiste. Il est certain qu'il fut de compagnie difficile et