KK AN' CI SCO GOYA
SON POIITKAIT I'AU LL'I-MÈMK.
famille royale, au musée du Prado, sont on ne peut plus amusants, peut-être rien de plus ; mais ceux de la Duchesse d'Aiùe, de Lu Tirana, actrice célèbre, enfin les deux efligies de la Maja sont, avec le portrait de Bayeu, cité à l'instant, et le Jeune homme en gris, petit-fils de Goya, ses plus parfaits morceaux. Les deux 3IaJa sont, entre autres, pleines de finesse et d'esprit : cette même personne, d'une beauté mutine, est figurée dans la même pose, couchée paresseusement, dans l'une des toiles vêtue en homme, dans l'autre nullement vêtue, et si élégante, si parfaite d'exécution qu'elle vous fond dans l'œil : du moins une décadence a atteint là sa plus précieuse expression d'art.
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Peiulaiil toute celle l;il»oriouse carrière, (ioya multiplia les |)eiiilui('s de toutes sorles : portraits, petites scènes populaires, laliieauxde eaMia\al, d'aulo-
FRANCISCO GOÏA. — LE JEUNE H 0 SI SI E EN GRIS, PORTRAIT DD PETIT-FILS DE GOYA.
da-fé, de fêtes populaires ou de prisons de fous, décorations d'églises comme celle de San Antonio de la Florida, ou tableaux d'autels comme le Berner de Judas
pour la sacristie de la cathédrale de Tolède, page qui, malgré la tenue et le modelé que Goya s'est efforcé de rechercher, supporte mal le voisinage du Partage de la Timii/iie, du Grèce. En 1796 il publia les Caprices. L'époque approchait où l'artiste allait s'euliévrer au contact des événements qui de 1803 à 1814 bouleversaient sou pays. Sans avoir pourtant pris part aux luttes politiques, il fut suspect de sympathie pour les révolutionnaires, et au retour de Ferdinand VII, il se retira à Bordeaux. 11 devait y mourir en 1828, âgé de quatre-vingt-deux ans et ayant travaillé peut-être le plus fougueusement de sa vie en ses toutes dernières années. Telle est la vie de Goya en résumé, et les pages qui lui valurent la suspicion sont justement celles où il a aftirmé dans un langage brûlant, rapide, fiévreux, un amour de l'humanité et de la justice, une haine de la sottise, de l'hypocrisie et de la cruauté. Par là Goya est fort beau : les Caprices, les Misères de la (juerrc, ses violentes peintures des massacres de Madrid par les troupes françaises en 1808, sont des protestations qui dépassent leur temps, des satires pleines d'amertume et de juste colère, qui vengeront encore bien des esprits généreux dans les temps à venir. Ainsi ce peintre des grâces légères du xviif siècle Unissait en philosophe sombre, en sarcastique jeteur de protestations contre toutes tyrannies.
Nous avons cité ses plus belles œuvres de peinture, et donné une idée générale de celles mêmes que nous n'avons pas éuumérées. Toutefois nous n'avons point mentionné certaines grandes décorations d'église qu'il exécuta à Saragosse, à San Francisco el Grande, de Madrid, à Valence cnlin. Dans ces travaux, sa verve se refroidit, et ce n'est plus le vrai Goya. Mais il se retrouve tout entier dans la décoraliou de San Anlonio de la Flui'ida, à Uupielle nous revenons sans cesse, car elle donne le mieux le diapason de cette sorte d'exaltation qui a toujours régné dans les belles œuvres de l'école espagnole, et qui s'est ici comme volatilisée, a pris sa forme la plus cursive tout en restant très saisissante et très caractéristique. Ce sont des foules grouillantes, des indications de vraies foules du temps de Goya, avec des manolas à mantilles, et des gamins que vous avez pu rencontrer sur la roule poussiéreuse (jui mène de ÎMadrid à cette petite église de banlieue ; puis de grands vols d'anges aux ailes d'oiseaux de nuit, aux beautés profanes, quelque chose comme du Murillo encanaillé. .Mais tout cela monte et bruit le long des murailles, ces images peintes à peu de frais tleurissent avec une telle fraîcheur, que l'on en garde à jamais sinon le souvenir précis du détail, du moins la sensation d'éblouissement.
Aussi Goya a-l-il vivement frappé tous les voyageurs un peu passionnés d'art, et a-t-il exercé de l'influence sur une catégorie de peintres de notre propre école. A plus forte raison sur les médiocres artistes ([ui vinrent après lui et qui crurent plus facile et plus rapide de l'imiter que d'étudier Vclazquez, trop loin et trop haut
ÉCOLIi; ESPAGNOLE. 277
De eos peintres, il n'y a pas lieu de parler après a\(Ui- pailé des (joya presijue
FRANCISCO GOYA. — LA TnAHISON DE JUDAS.
sommairement pour mieux garder la proportion entre lui et les maîtres des
xvi° et xvii"' siècles. Au commenccnioiit de ce siècle-ci, il y eut en Espagne une école classique d'une froideur et d'une sécheresse rebutantes, toule dépaysée dans ce pays de lumière et de vie naUuelle. Plus lard on chercha la virtuosité et le papillottement, et Forluny, le représentant le plus brillant de cet art factice, exerça la plus déplorable influence, quelles qu'aient été ses qualités de finesse et de verve. Mais le talent ici n'y faisait rien. L'Espagne prenant pour un grand artiste un collectionneur de bibelots, un cliiffonneur d'étofTes et un évocateur de grimaçantes anecdotes, d'un rétrospectif douteux, sentant plus le boudoir que l'histoire, l'Espagne de Morales, de Herrera, du Greco, de Velazquez, de Murillo et de Goya même, c'était le dernier degré de la déchéance artistique. Peut-être viendra-t-il pourtant des peintres, en ce temps où l'on compreiid mieux et plus largement le passé, qui sentiront et s'efforceront de rendre les leçons des maîtres augustes et la beauté de celte race qui affirme parmi les ruines la vie et sa poussée éternelle.
ÉCOLE ANGLAISE