CHAPITRE II
Los débuts Je l'École. — Influence des maîtres élrangers. — Le premier peiulre viaimeul uugluis lliiiiarlh el son œuvre. — Reynolds, sa vie, son œuvre et son rôle.
On peut, sans toutefois que cela présente grand intérêt, citer des noms de peintres do nationalité anglaise qui ont précédé Hogarlli. Comme leurs œuvres sont, ou inconnues, ou dépourvues d'accent particulier, il suffira de nommer quelques-uns des meilleurs du XVII" siècle. Ce sont Robert Streater (1024-1680) portraitiste et paysagiste; Henri Anderlon 1 1030-1 6Go) également portraitiste ainsi que John Hayls (f 1079),Isaac Fuller (1006-1672), John Greenhill, moins heureux dans ses tentatives de peinture d'histoire, John Ryley (1646-1691j, etc.
Tous ces peintres sont ])lus ou moins imitateurs de Van Dyck, ou de ce chevalier Peter Lely, de beaucoup inférieur, dans sa fade et élégante facilité, qui a laissé à Hampton-Court toute une collection de faiv ladïex qui sont charmantes, mais que l'on regrette de ne pas voir [teintes par Van Dyck luimême.
Comme peintre d'histoire, il y a surtout Thornbill (1676-1734). Mais celui-ci n'a plus guère à nos yeux comme princii)al mérite (jue d'avoir été le beau-père d'Hogarth, et encore sans l'avoir voulu. 11 n'est besoin que de peu de détails sur lui : Thornhill a la charge de peintre ou A&sergeanl-pa'mter du roi Guillaume III ; il succède au peintre Thomas Highmore dont il est l'élève. Protégé par la reine Anne, il décore de grandes compositions dans le style de Le Brun le <lôme de Saint-Paul, le liall de Gi'eenwich, les appartements des princesses à Humpton-Court, etc. Son style classique n'a aucune originalité.
S'il n'avait pas apporté d'originalité dans son œuvre, ce qui n'est pas le cas, Hogarth en aurait du moins suffisamment dans sa vie, qui est curieuse, ^^'illiam Hogarth était né le 10 novembre 1697, à Londres, sur la paroisse de Great- Saint-Bartholomew, « la porte à côté de M. Downinge l'imprimeur » dit l'acte de naissance. Son père, originaire de Westmoreland, avait été maître d'école,
et exerçait à Londres l'emploi de correcteur d'imprimerie. Le jeune Hogartli fut d'abord apprenti orfèvre, puis plus spécialement graveur de chiffres et d'armoiries sur les pièces d'argenterie. Mais il préféra, son apprentissage Oui, se faire graveur sur cuivre pour les libraires.
Il commence à être connu par des travaux d'illustration, entre autres XHudibros de Butler. En 1730 il épouse la fille de sir James Tbornhill, après l'avoir enlevée avec ce calme et cette bonne humeur qui sont les traits de son caractère ; et cela ne l'empêche pas d'apprécier de façon très sareastique le style pompeux de son beau-père. A ce moment de sa carrière, il grave beaucoup d'illustrations de livres, mais, comme il gagne péniblement sa vie, il se fait peintre de portraits, ce qui lui procure en peu de temps le succès et la forlune. Dès 1 731 , il commence ses grandes séries mi-caricaturales, mi-moralisatrices : la Carrière de la fille de joie (commencée de peindre en 1731), la Carrière du Débauché (gravée en 173.5), et enfin la série encore plus célèbre du Mariage à la mode, gravée en 174o.
A ce moment Hogarth est l'artiste le plus célèbre de l'Angleterre, non moins comme peintre que comme satirique. Mais ces succès ne lui suffisant pas, il lui faut encore la gloire du critique et de l'écrivain, et il n'entreprend rien moins que de donner les règles du Beau, dans son ouvrage V Analyse de la Beauté. La conception de cet ouvrage est un peu enfantine ; on sait que le principe du Beau en art, est, pour Hogarth ce qu'il appelle la ligne serpentine, par opposition aux lignes brisées, aux angles nets qu'il faut absolument éviter dans les arts du dessin. Comme on voit, cela n'est pas bien profond, mais ne fallait-il pas qu'un peintre du ridicule payât lui aussi son petit tribut?
En 1757, Ilogarlh fut nommé sergeant-painter du roi : il succédait au fils de James Thornhill,qui n'avait pu conserver la succession paternelle dans ces fonctions. Enfin, il mourut en 17.57. Il avait, peu d'instants avant sa mort, fait un copieux repas de bœuf rôti convenablement arrosé d'rt/^, car il buvait et mangeait eu bon Anglais, et avait mené une vie très simple de bon petit bourgeois, qui fait volontiers de longues stations au cabaret en compagnie de deux ou trois compères favoris, non moins par plaisir personnel, que pour rencontrer là des modèles dignes de sa verve. La veuve d'Hogarth lui survécut vingt-cinq années.
Qui tlil Hogarth dit, pour la pluj)art des Français, caricaturiste, inventeur de charges plaisantes, et non dépourvues d'outrance. Ce que l'on connaît en elfet chez nous de son œuvre, ce ne sont guère que les reproductions gravées, et d'un burin liien froid et bien monotone, de ses peintures les plus animées. Le côté burlesque et « moraliste » est donc à peu près uniquement familier, et il a été étudié tant de fois qu'il serait tant soit peu superflu d'y revenir ici longuement. Son inspiration est faite d'un bon gros réalisme qui ne recule pas devant la situation violente et le type accentué. Il est de ceux qui pensent guérir les vices en leur montrant à plein leur propre peinture, mais sans la flatter, il est vrai.
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L'entreprisc est généreuse, si ollo (>st un peu cliiniéiiqut^. C'est (raillems, la générosité et la candeur qui font le |)ri\ d'IIoyailli : il est l'orl honnête homme, et ses histoires sont de la plus parfaite orthodoxie morale; le aIcc y est congrument puni et la \erlu récompensée. Telle Vhisloivc du 31(ii/cais apprenti ({\\\ finit fort mal, et du lion apprctUi (\\\\di^\\i'\\\ lord-maire et pri'-side à un haïupu'l inonsire.
UÛGARÏH. — S0.\ PÛRTR.ilT PAR LUI-Mlî;UE.
Telle encore la série du Mariage à la mode, où l'on voit, sans énumérer les sujets de ces six tableaux, la débauche du comte et la coquetterie de la comtesse punies par les morts les plus dramatiques et les plus navrantes. Cela est composé à la façon d'un gros mélodrame et par là frappa toujours les foules, celle d'aujourd'hui comme celle du temps d'Hogarth. C'est une tragédie familière, non sans force, et qu'on ne saurait mépriser. En somme Hogarlh dépeignait très
franchement des ridicules de son temps et des vices de tous les temps, et sa droiture lui donnait qualité pour le faire. Aussi l'elTet fut-il très grand, et les gravures d'après cette suite de tableaux eurent tant de célébrité que l'on oublia presque toujours d'apprécier les mérites de la peinture elle-même. Cela démontrerait peut-être que pour les œuvres à tendance, à sujets^ l'estampe est un moyen plus approprié que le tableau, car elle répand le plus important, l'idée, tandis que le tableau conserve le plus précieux, les qualités de métier et de matière et celles-ci sont très réelles chez Hogarth. On aurait pu penser que ses tableaux sont seulement des études pour la gravure, de cette « peinture de graveur » qui ne laisse pas d'être fort curieuse et ingénieuse, mais qui, au point de vue technique, a quelque chose d'incomplet auprès de la « peinture de peintre » . Or c'est bien à cette seconde catégorie qu'appartiennent les toiles d'Hogarth, même celles du Marui'/e à la mode. Sans doute elles n'ont pas l'esprit, la légèreté incomparable qui rendent si délicieuses les peintures de nos petits maîtres du xviii" siècle, Watteau, ou même Lancret et Pater, que l'artiste anglais n'a pas ignorés, mais n"a pu atteindre. Elles ont une touche plus sérieuse et plus lourde, moins aisée, une couleur plus terne, mais elles sont cependant solidement peintes, bien conduites d'un bout à l'autre, avec soin dans les accessoires et préoccupation de l'ensemble.
Mais ces qualités sont encore plus appréciables dans certains portraits de familles en groupes, tels qu'en montre la National Gallery et qu'il en existe dans des collections particulières. Le portrait de William Strode, entouré de sa famille et de ses amis, est un des plus remarquables. Il montre ces personnages réunis à table ; M. William Strode, en gris bordé d'argent et gilet rouge, s'entretenant avec le docteur Smith en gris verdàtre, avec un petit chien parfaitement peint, près de lui, M. S. Strode en habit bleu brodé d'or et culotte rouge, lady Strode, en bonnet; tout ce monde revit, cordialement, familièrement, dans un intérieur spirituellement dessiné et touché. De même cet autre Familt/ Group, prêté au musée par miss Sealey et représentant un Garden party : un gentleman en habit brun et bas noirs, une femme en rose et blanc, une autre en gris avec un bébé en robe jaune sur les genoux, encore un homme en gris et une femme en bleu ; voilà les personnages du tableau dont la scène est un joli jardin, et l'œuvre est d'une couleur vive et fraîche, d'un agrément de présentation qui a quelques-uns des charmes de certaines peintures hollandaises, en conservant un réel parfum de vie anglaise, intime, large et relevée. Hogarth, on le voit, ne pouvait être que d'un excellent exemple pour l'école naissante, et il la mettait, en somme, sur la voie de la bonne peinture. Mais il est, à la National Gallery, des morceaux encore supérieurs, à ce point de vue, des morceaux vraiment de premier ordre.
Le Portrait de Faetrice mis-9 Fenton, d'une très jolie harmonie vert pâle avec garnitures rougeâlres, est robuste et délicat. Le Portrait d'Hogarth /lar lai-
ËCOLK ANGLAISE.
virme, en roiigo ot noir, avoc son gros lioulcdoguc près do lui, ^on dognc l'avon, Trunip. lu'inl avec amour, niOrilerait irôlrc Itcaucouji plus céK'hre, car c'est aussi lorl comme pointure que n'iniport.' (jnel In's licau jx-rlrail do u'imporle quelle
école. Enfin la S/inm/> Girl, la petite marchande de crevettes, est une rapide et vaillante esquisse, enlevée avec la verve et riiabileté d'une esquisse de Frans Hais. Quant aux diverses tètes réunies sur une même toile en manière d'études, et connues sous le nom de Doniesiiqim d'Hoffcirt/i, c'est encore une chose d'une
réelle beauté de dessin et de peinture, très nettement et loyalement caractérisée, vigoureusement peinte, sans défaillances, en liomme qui est maître de son métier.Ces Domestiques (T Hof/firlh. peinture sans prétention, presqnosans recherche d'effet, sufliraient pour mériter au maître une place entre les meilleurs peintres, cl nous devions insister surtout là-dessus, laissant le côté anecdolique et caricatural ([ui commence à être connu. Hogarlli n'est pas seulement le philosophe et l'amuseur, c'est aussi un excellentouvrier.il y cul, voici ([uelques années, à la Grosvenor Gallery une exposition très variée d'œuvres d'Hogarth. Nous empruntons à un compte rendu d'alors les intéressantes indications qui suivent :
« Parmi les portraits, aucun n'égale la toile représentant l'acteur Garrick et sa femme, et qui appartient à la reine. L'illustre acteur est assis devant une tahle, la plume à la main; sa femme, deliout derrière lui, l'air mutin, avance son bras par-dessus l'épaule de son mari, comme pour lui arracher des mains sa plume, avec un geste d'une espièglerie charmante. L'expression des visages, la pose des personnages, le dessin, le coloris, tout est à admirer dans cette œuvre magistrale.
)) Parmi les autres portraits se trouvent ceux de la célèbre actrice, Peg Woftîngton ; de la femme de Hogarth, de David Garrick et de miss Uay, la maîtresse du comte de Sandwich, qui mourut plus tard assassinée par Hackman, un ancien officier, devenu clergyman, qui était amoureux fou d'elle. Elle avait alors (juarante ans.
« Une vue du parc de Saint-.Iames, du même peintre, donne une idée bien exacte de ce qu'était Londres à cette époque. On y voit des lords et ladies en falbalas, des soldats, des mendiants, des marins. Ici un seigneur courtise une petite bouquetière, là un soudard embrasse et lutine une belle tille ; plus loin, des Ecossais en costume national se promènent côte à côte; voici, à côté, des amoureux, puis des « seigneurs étrangers » en costumes qui rappellent celui de M. Jourdain en mamamouchi ; puis des femmes galantes, en robe à gigantesques paniers. Tout cela est plein de vie. d'animation, de couleur, et rendu avec une vérité, un l'éalisme saisissants. Ce tableau ravissant appartient également à la reine.
(( Dans la Famille Wnl/aslon, nous voyons un intérieur anglais du xvur" siècle.
(( A côté de cette famille WoUaston, riche, aisée, voici la mansarde d'un poète qui lit pendant c[ue sa femme raccommode son unique culotte, et à qui la laitière, avec des gestes furieux, vient l'éclamer son dû.
« Du château et de la mansarde, nous Aoilà transportés à l'église. Un prédicateur, à moitié aveugle, lit péniblement son sermon à l'aide d'un verre grossissant. Tous les assistants dorment profondément, dans les altitudes les plus diverses. C'est d'un comique irrésistible. Comme pendant à l'église et comme opposition, Hogarth nous montre le théâtre.
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« C'ost une scène du Bcf/fitirs 0/icrû.\u milicii de l;i composilion, les acteurs en costumes, puis de cha([ue cùlé, les spectateurs dans des loges ménagées sur la scène même et qui n'en sont séparées que par une mince cloison à hauteur
d'appui, recouvertes de draperies rouges. Dans les loges, des ladies et des seigneurs.
« ^'oir ces tableaux, c'est se transporter tout d'un coup dans le siècle dernier, vivre de la vie du xviii^ siècle et comprendre ses coutumes. »
Les qualités de peintre proprement dit qui accompagnaient chez Hogarlh ces qualités d'observation allaient toutefois être singulièrement éclipsées par celles de ces prestigieux artistes qui naissent un peu plus tard ([uc lui, ces charmeurs exceptionnels qui s'appellent Reynolds et Gainsborougli.
L'originalité de Heynolds est quelque peu plus laborieuse et acquise que celle de Gainsborough. Mais quel beau et savant maître, quel riche peintre et sous quels séduisants aspects il se présente ! Enfin quelle belle figure d'artiste, et quel noble rôle il joue dans l'école !
.loshua Reynolds, la cordialité, la franchise et la distinction même, brave homme, fils de braves gens, naît à Plympton dans le iJevonshire (1 723j. Son père, le révérend Samuel Reynolds, est en même temps clergymann et maître d'école dans la petite localité. Il voudrait bien que son fils fût médecin, et il voit d'abord avec une légère inquiétude ses premières dispositions pour le dessin, mais bientôt il s'intéresse involontairement à ses balbutiements, et il fait de grand cœur les sacrifices nécessaires pour son éducation artistique.
Le jeune Reynolds en était uniquement à ses premières tentatives de copies des objets familiers et à la lecture du Traité de peinture écrit par le portraitiste Richardson, élève de ce Ryley que nous avons cité et qui avait hérité du succès du chevalier Lely. Reynolds fut placé en apprentissage à Londres, dans l'atelier du peintre Thomas Hudson, un portraitiste de beaucoup de réputation et qui était lui-même gendre et élève de Richardson. De ce dernier peintre et critique, l'on n'a conservé aucun tableau; quant à Hudson, sa manière est propre, méticuleuse et sèche, et l'on comprend sans peine que l'apprentissage de Reynolds auprès de lui ait duré seulement deux ans au lieu de quatre, comme il était convenu. L'élève en savait bientôt autant que le maître et se sentait en plus des qualités et des aspirations cpie le maître n'avait point.
Après son dépari de che/ Hudson, Reynolds s'établit pendant quelque temps à Plymouth Dock, aujourd'hui Devonport, comme peintre de portraits, et il obtint un réel succès qui l'encouragea à se transporter à Londres, pour se faire connaître davantage. On dit que vers cette époque il s'est lié avec un peintre aujourd'hui tout à fait ouldié, Gandy, qui aurait eu une action décisive sur son talent. Gandy, qui fut doué de quelque mérite, aurait attiré l'attention de Reynolds sur la richesse de couleur et la générosité de matière qui distinguent la bonne peinture et lui aurait fait comprendre qu'au lieu de s'en tenir à la sécheresse et à la facture mince de Thomas Hudson, il fallait s'appliquer à donner à sa pâte unecontexturc de x cream and ch'cse »,une qucilité onctueuse de fromage et de crème. Cette originale et assez juste définition de son ami Gandy peut avoir frappé Reynolds dans une certaine mesure, mais il n'en était pas moins nécessaire qu'il eût déjà un goût décidé pour la couleur et la pâte, et son éducation était loin d'être faite dès ce moment. En réalité, cette éducation, le peintre la
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continua pcndanl la |ilus yranilo partie de sa vie, faisant du métier son incessante
étude, et se composant une manière, et même diverses manières, avec le résultat de ses recherches, de ses observations sur les maîtres et de ses comparaisons
entre eux. Venise allait certainement exercer sur Heynolds plus d'influence que les conseils de Gandy.
En 1740, il s'était iixé à Londres, dans Saint-Martin's Lane et il avait commencé à se faire une clientèle, des relations, lorsque l'occasion se présenta pour lui de visiter l'Italie, ce dont il avait le vif désir. Le coniuKMlore Kcppel lui offrit en I7i9 de le piciidre à Inird de son luivire, le Cenliindiu qui partait pour une expédition dans la Méditerranée. Heynolds resta trois ans en Italie; Raphaël ne l'enthousiasma pas plus que naj;uère il n'avait produit d'impression sur Velazquez ; cependant Ueynolds denieurii deux ans à Home ; mais c'est Venise et ses maîtres qui le frappèrent le plus vivement. C'est là ([ue son goût de cduleur trouva de quoi se salisl'aire. Aussi, à son retour, Ihnlson devait lui dire, étonné du changement de sa manière : « 11 me seniltle, mon ami, ([ue vous l)eii;iuez mieux autrefois. » A ^'enise, Revnolds fit des études serrées de la t('chni(iue des maîtres, et prit des idées qui devaient être mises à profit par lui plus tard. On a cité entre autres cette oliservation intéressante en ellemême, et (jui indi([ue hien l'esjjril crili([ue et ohservateur du peintre anglais : » Lors(iue, dit-il, je remarquais ({uehjue extraordinaire effet de (dair-o])scur dans un tableau, je prenais une feuille de papier dont je noircissais toutes les parties dans la même gradalidu de (dair-ohscur que présentait le tableau, en laissant intact le papier blanc pour représenter la lumière et sans faire aucune attention au sujet ni au dessin des figures... Un petit nombre d'expériences me fit voir ([uc le papier était pres(|ue toujours tacheté à peu près de la même manière, et il mi' [lanil ([iic la pratique générale des maîtres vénitiens était de donner pins d'un (piart du tableau à la lumière, en y comprenant le principal clair et les clairs secondaires, un autre quart aux plus fortes ombres possibles et le reste aux demi-teintes... Dans les ouvrages de IJembrandl, au contraire, la somme des bruns est huit fois plus importante (|ue la somme des clairs. »
Ainsi le talent de Reynolds s'est toujours enrichi du fruit de semblables (dlser^atious, et chez lui, il y a toujours une part égale de réflexion el de théorie en même lemps i[ue d'al'firmalinn de sa propre nature. C'est pour cela ([ue certains l'ont jugé un peu artificiel, et ses tableaux sentant le parti pris el le travail de convention, le musée plutùt que la nature. La critique est infiniment sévère et injuste si l'on prend les œuvres de Heynolds en elles-mêmes, et certaines surtout plus particulièrement iirillanles. Il a lout essayé, il est vrai, ou du moins beaunuip de clioses, e| nous verrons quand nous allons passer ijueli|ues-uns de ses tableaux en revue qu'il y en a (|ui méritent le reproche. Mais, d'une façon générale, il y a en lui d'assez belles et vigoureuses qualités i|ui ne doivent rien qu'à elles-mêmes, pour que l'on soit plus indulgent pour ceilaiiies <eu\ res plus laborieusement construites, plus théoriques, et ([ui d'ailleurs n'ont pas él(' inutiles aux successeurs même de Heynolds.
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11 rentra on Andoterro à la liii de I 7:i2, et s'établit à Londres. 11 y prit rapi-
dement la première place dans la pointure de portraits.'.et devint un des hommes
les plus considérables de son temps. Hcynolds était lié avec les esprits les plus distingués, le docteur Johnson, une des plus originales figures littéraires qui aient jamais été, Sterne, Goldsmitli, l'acteur (Jarrick. Lui-même était d'une haute distinction et d'une excellente culture, et il était tout indiciué pour devenir le président (1768) de la Royal Academy of Arts qui venait d'être fondée. A cette occasion George III le fit chevalier, et à la séance d'ouverture de l'Académie Reynolds prononça le premier de ses quatorze discours sur l'art, qui ont été recueillis, souvent publiés, et qui sont pleins de pensées justes, de théories ingénieuses, de remarques savantes. Ainsi Reynolds était un homme
JOSnUA nEYMOLIIS. — HERCULR KNFANT.
accompli, de qui la dignité de caractère égalait le talent et le savoir. On crut pouvoir, par jalousie, répandre le bruit que les discours de Reynolds étaient Ir produit d'une collaboration où Johnson avait la meilleure part, d Eh ! oui parbleu ! s'écria le caustique écrivain lorsqu'on lui parla de cela, ne savez-vous pas que c'est moi qui fais non seulement les discours de Reynolds mais encortsa peinture ? »
Il existe un tableau curieux, à défaut d'un mérite supéiieur de peinture qui représente les membres de la nouvelle Académie des arts. C'est une peinture de ZolFany, un artiste d'origine bohémienne et d'éducation romaine qui, ayant travaillé à Londres depuis sa jeunesse, fut comme anglicisé et lui-même un des premiers membres de la sociélé. Son tableau, qui fait partie des collections royales et qui est à Windsor, montre les académiciens réunis autour d'un
ÊCOLK ANGLAISE.
modèle, à Somersct-House. Josliiiii llcynolds est au eeulre, s'eiitrelenant, sou cornet acoustique à roreille, avec les peintres VVilton et (!lianil)ers. (iaiuslKtloiiiïli n'est pas représenté dans le tableau, et deux fiiuimes peintres (|iii ruicnl de l'Académie, Angelica Kauffmann et .Mary Moseï-, n'y sont présentes (iin; dans des cadres accrochés à la muraille de la pièce. Les autres académiciens sont Georges Micliael Moser, Francis Milner Newton, Edward Penny, Thomas Sanhy, Samuel W'ale, William Hunter, Francis Ileyman, Tan-(ihct-qua, un
JOSflUA UEYNOLDS.
SON POnTRMT PAR LL'l-MÈilE.
artiste chinois ; George Barret, Francesco Bartolozzi, Fdward Burch, Agostiiio Carlini, Charles Catton, Mason Chamberlain, G. Baltesta Cipriani, Bichard Cosway, John Gwynn, William Hoare, Nathaniel Hone, Jeremiah Meyer, Joseph NoUeckem, John Richard, Paul Sanhy, Dominick Serres, Peter Toms, William Tyler, Benjamin West, Uichard Wilson, Joseph Wilton, Richard Yeo, Francesco Zuccarelli. L'on voit que cette Académie anglaise contient une notable proportion de peintres étrangers. Cela permet de soutenir qu'à ce moment il y avait de grands peintres anglais, Reynolds, Gainsborough, sans compter Hogarth qui venait de mourir, et Romney qui ne fut point de l'Académie, mais
qu'il n'y avait encore pas d'école anglaise à proprement parler. En tous les cas, devant les œuvres des grands portraitistes qui vont suivre, cette opinion se soutient moins aisément. 11 n'en demeure pas moins que parmi les membres anglais de l'Académie elle-même, il n'y en a que bien peu qui vaudront quelques lignes de souvenir; le reste est d'intérêt local.
Reynolds succéda à AUan Ramsay dans la charge de principal peintre ordinaire du roi, en 1754. Notons en passant que de Ramsay le Louvre possède une œuvre honorable : le portrait de Charlotte-Sophie, princesse de Galles. En 1788, Reynolds exposa à l'Académie dix-huit peintures; il en avait exposé en tout deux cent quaranle-cinq, n'en montrant généralement pas moins d'une ■dizaine chaque année. 11 mourut en 1792 dans sa maison de Leicester Square i'\ fui enterré en grande pompe à Saint-Paul. 11 était de caractère loyal et simple, avec une grande finesse, et il avait son franc parler vis-à-vis de ses modèles. On a cité comme une de ses originalités, pendant ses séances de portrait comme dans les relations habituelles de sa vie, la manœuvre conliaiuelle de sa tabatière et de son cornet acousti([ue, se faisant très sourd quand il voulait ne pas entendre ou donner aux gens le temps de comprendre qu'ils •disaient une sottise, et prisant copieusement, soit en matière de protestation, .soit lorsqu'ayant entendu il ne voulait pas répondre. Mais ces petites originalités anecdotiques sont en somme secondaires lorsque l'on préfère considérer la netteté et l'intégrité de cette figure d'artiste
Le catalogue de ses œuvres serait un travail trop considérable pour être reproduit ici. Il y a on a sans doute encore d'inconnues et de fort belles dans les inépuisables collections anglaises, étant donné que Reynolds a infatigablement produit. Mais il ne faudrait pas croire que cette abondance de production corresponde parfois à des œuvres négligées ou lâchées. Ce qu'il y a de très intéressant et de très beau avec Reynolds, c'est que souvent ses peintures restent à l'état de vigoureuses ébauches, mais on sait qu'il ne cherche point à donner le cluiiige là-dessus et ces ébauches, d'une grande franchise et d'une grande fermeté, ont une signification com|)lète. Huant aux œuvres achevées, il en est qui ont tout le jet et toute la fraîcheur d'un premier travail, et d'autres qui au contraire sont visiblement le fruit de longues et laborieuses séances ; ce ne sont pas ces dernières c[ui produisent toujours la plus grande impression.
L'on peut apjjreiidre à connaître Reynolds avec les peintures de la National ■Gallery qui sont nombreuses et de belle tenue, mais elles ne le donnent pas tout entier. Mentionnons les pi'incipales. Une des ]>lus justement célèbres est le portrait de lord Ileathlield, le défenseur de (iibraltar en 1770-83. C'est un admirable portrait d'une fière allure, d'un grand caractère et d'une couleur magnili(iuc. Au fond se voit le rocher, avec les fumées de l'artillerie; lord
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llealliliohl, on halùl rouge de liciitciiaiit griirml, lient en ses mains les clefs de la place ; sa figure rougeaude, aux (rails accenlncs, à l'expression pleine de