IIARIIN SCHO.NG AU ER. — LE CHRIST AU JARDIN DES OLIVIERS
gateur de formules nouvelles. Graveur peintre, il est toujours d'une égale habileté et d'un attrait égal. Il est le plus remarquable trait d'union à la fois entre l'art flamand et l'art allemand, entre l'art archaïque et idéal et l'idéalisme réaliste que nous avons défini plus haut.
Est-il très exact de le rattacher absolument à l'école de Souabe? Il voyage en efîet beaucoup trop pour qu'on tienne rigoureusement à cette classification : il naît à Augsbourg vers 1450; mais il va (Mudier à Bruxelles auprès de Rogier Van der Weyden; enfin, lorsqu'il revient en Allemagne, il se fixe à Cologne où il meurt en I i88, mais il voyage et peint également en Alsace ; on voit que c'est surtout sa naissance et ses premières années qui le rattachent à la Souabe. .Mais peu importe, il a entre les mains un dulil de ditbision qui dépasse de beaucoup les limites d'une école déterminée ; son burin et sa presse multiplient el répandent son œuvre dont l'originalilé exerce son influence sur toutes les
M.\RTIiN SCHONGAUEIV. — U N' K SAINTE.
autres écoles et leurs ])lus illustres représentants, lians l'agencement des scènes, dans les altitudes des personnages, dans leur expression, dans la beaulé du métier, l'inlelligence générale du drame hunuiin, de l'effet artisti((ue, il semble qu'il ait dépassé la portée de l'œuvre de son maître même Rogier Yan der ^\'eyden, et en même temps il est le véritable précurseur des grands artistes allemands du siècle suivant. La sorte de priorité que nous venons d'oseï' lui donner sur un aussi important personnage que Rogier, n'est, il est vrai, démontrée avec éclat que dans son œuvre gravée, car pour ses peintures, toutes remarquables qu'elles soient, elles sont demeurées trop ])eu nombreuses pour lutter contre celles de son maître.
Dans ces gravures, c'est souvent le ressouvenir el la méthode de Rogier qui
ËCOI.I': AIJ.I'.MA.Nhh;
(loiiiiiiciil, iiiiiis la pliiparl du (ciiiiis elles se lioiixciil mélangées à de délicieux traits dr \ ieiix jj,ei'manismes, à des trouvailles piriiies d'esprit et de sentiment; et iiuaiil au niéliei', il est alisidiinii'iit personnel à Tarlislc avec son tra\ ail serré et
MARTIN SCUON'G AL'Eli . — LA VlEIUiK A LH.NFANT ET LANGE DE L A N N 0 N r, I A T I O N .
(Deux pnnneHux.)
précis, tantôt fort, tantôt d'une extrême délicatesse, toujours d'une sûreté prodigieuse et souvent d'un etîet consommé.
La M'ise an toniheau est une de celles dont la disposition et les types rappellent le plus Rogier; c'est presque une paraphrase, malgré le sentiment pathétique.
L'En/iée du Clirisi aiix enfers est au contraire une fort cui-ieuse planche, où le vieil esprit fanlasli([uc de la race abonde, avec ses diables cjui rappellent ceux des manuscrits ou des cathédrales, ses pécheurs et ses pécheresses agenouillés et son Christ nuséricordieux ; la finesse de la taille en est admirable.
Voici encore une remar([uahle Adoration r/e^ J/^/yes traitée dans la manière tlamande avec des acceulualions ))insionomiques de l'observateur allemand. Une Fuite en Egi/ple est d'un art extrêmement curieux : l'Orient compris par le xv" siècle avec une fantaisiste mais chaude couleur locale. (|ue le graveur fait sentir, et ce trait exquis, familier, excellent et ])ien digne du pays des légendes : de petits anges voltigeant et courbant les têtes des palmiers ahn que saint .lose|)h puisse cueillir les fruits pour ses chers voyageurs.
Ne pouvant ici dresser un catalogue de la très nombreuse (euvre gravée de Martin Sclioen, ou Hipsch Martin, comme on surnommait Martin Schongauer, il faudra citer du nuiins encore cette magnifique planche de Saint Jacques de Conijiostelle combattant les in/idè/es, une mêlée magistrale, dessinée avec une incomparable force, gravée par un des plus grands burinistes de tous les temps, terrible, rappelant à la fois les batailles de Paolo l 'ccello et de Léonard de Vinci, c'est-à-dire faisant songer à la fougue d'imagination et de drame de celui-ci et même à certaine conception de la forme avec certaines puissantes croupes de chevaux, et du premier un désir opiniâtre de perspective rudimentaire, qui n'est guère qu'à demi couronné de succès. Cette association d'idées est, cela va sans dire, exclusivement suggérée par des analogies de forme et en aucune façon par le moindre lien historique.
Enfin, une dernière planche attirera notre atleiition : le Christ tondiant sous sa croix, une des plus belles de toute l'œuvre, par le drame et le métier. Il n'y a point d'exagération à mettre une telle gi'avure au niveau des plus saisissantes eaux-fortes de RembrandI ; elle eu a l'originalilé, la couleur, et même le côté inattendu et visionnaire. I>'ailleurs, pres([ue à cou[) sûr nous pourrions penser que Rembrandt a connu ces admirables planches, qu'il en a fait grand cas et qu'il se les est procurées. Ce n'est qu'après avoir eu cette pensée que nous feuilletons le si instructif inventaire du maîlic hollanchiis, recueil en vérité de toute resthéti([ue moderne; et nous trouvons en ellét, cataloguée sous le nnméi'o 237, « une armoire à gravures, />/f/«(? d'estampes de Huhse Marteeii, Holbeen, Ilans Broesmaer (Burgkmair sans doulei... » 11 ne nous en faut pas plus pour songer quelles méditalions le vieux Hipsch Martin put suggérer au solitaire colosse d'Amsterdam.
Pour les peintures, elles sont, nous l'avons dit, fort rares, mais celles qui subsistent sont pleines de charme, l'ne des plus célèbres est la grande Vierge au rosier, de Colmar, belle figure grave et douce, avec de belles mains, un enfant souriant ([ui rapj)elh' un peu ceux de Momling: deux petits anges au-dessus du