‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 109 sur 126 · LE S A V A N T · texte numérisé non relu

LE S A V A N T

ivrogne, peignant dans les cabarets, bien lorsqu'il est à jeun, moins bien lorsqu'il voit double, est \u\t' île ces niaiseries magistrales que les Hollandais du siècle dernier ont intrépidement inventées plutôt que d'avouer tout uniment qu'ils ne savaient rien de leurs vraiment grands artistes, ou qu'ils adoptaient de confiance d'après les écrits de médiocres peintres, tels que Houbraken ou Campo Weyermann, probablement jaloux, intéressés, ou certes mal informés.

Sur Stcen nous ne savons rien, et nous savons tout ce qu'il faut savoir. Rien de sa vie, tout de son œuvre et de la formation de son talent. La date de sa naissance est tfiiii. le lieu estLeyde; Jan Steen y fait sa première éducation de peintre, puis à Utrecht avec Nicolas Knupfer. 11 n'est pas invraisemblable que la vue des choses de Gérard Dou lui ait profité, car les grandes natures puisent partout de lionnes choses, et Steên a fort bien pu tenir de Dou celle linesse de matière et celle adresse de modelé qui sont appliquées à de si piètres lins par l'élève de Rembrandt, mais donnent à quelques-uns de ses tableaux, à lui, Jan Steen, une saveur si précieuse et si relevée, l'nis, il a été quelque temps à Haarlem, chez Adriaan Van Ostade, et voilà un digne maître, chez lequel on peut faire des progrès, tout en recevant soit par lui, soit même directement la tradition de Frans liais. Enfin, le voici en l(iif), à vingt-trois ans, chez Van Goyen, ce qui n'est pas non plus un enseignement médiocre.

Steen devient le gendre de son dernier maître. Disons tout de suite, pour ne plus mêler les choses de l'art et les racontars d'une histoire mal connue, que l'on fait Jan Steen se remarier en secondes noces, en 11)73. avec la veuve d'un libraire, disent les uns, avec une marchande de pieds «le mouton, suivant les autres. Quand les curieux de celle sorte d'érudition auront mis d'accord les pieds de mouton el les livres, nous nous occuperons de la question.

Revenons donc à Jan Steen chez Van Goyen, puis chez lui. C'est une riche éducation qu'il a reçue; une riche éducation ne peut nuire à nue riche nature. 11 est parfois inégal, remarque-t-on : tantôt il peint serré et dessine fièrement; tantôt il peint plus mollement el dessine plutôt enflé que grand. Là-dessus, on met celle inégalité sur le compte de la boisson, la vieille légende toute faile el commode. Mais prenons sans autre examen que Steen soit inégal. Pourquoi? 11 sérail inégal parc»1 qu'il serait inégal; pourquoi vous faut-il absolument une raison anecdotique? Il serait inégal parce que beaucoup de grands artistes l'ont été, et vous savez que nous disons des plus grands. Si tous les maîtres admirables qui ont été parfois inférieurs à eux-mêmes, ou tout au moins se sont montrés occasionnellement différents du genre dans lequel nous les parquons, avaient été des ivrognes, Bacchus serait le dieu delà peinture. Steen ayant, sans preuves d'ailleurs, celte réputation, paie pour tous.

Maintenant, ce que l'on appelle îles inégalités pourrait bien être, en majeure partie, simplement des différences de manière. Je serais à même de vous citer des exemples 1res décisifs pris à l'étranger, analyser, je suppose, le très grand Steen de la collection Steengracht à La Haye, puis traverser simplement la place du Vyverberg, entrer au musée et voir de près les profondes différences d'aspect que présente un quelconque des tableaux qui se trouvenl ici, soit La Famille de Jan Steen, soit les Mangeurs d'huîtres, autrement dit {'Allégorie de la rte humaine. .Mais il vaut mieux se servir des

Ecoles flamande et hollandaise.

exemples qu'on a sous la main, même s'ils sont de moins saisissante qualité. Vous avez au Louvre le petit tableau dit La mauvaise compagnie, et la grande

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