LA COURTISANE
accroché à la muraille grise. La femme est en robe rouge ; le cavalier en habit bleu; le tapis de la table est d'un autre bleu. C'esl une autre des plus rares merveilles que le temps a eu l'intelligence de nous conserver de Van der Meer.
On compte cinquante-six Lableaux en tout, authentiques ou attribués. Parmi
plus
eaux et qu'il faudrait encore décrire, règnenl le Peintre dam ion atelier,
i68 HISTOIRE POPULAIRE DE LA. PEINTURE.
de la galerie Czernin à Vienne; le Soldat et la fillette qui rit, de la collection Demidoffde San Donato ; les deux tableaux de l'ancienne collection Lacroix qui sont maintenant à Londres, l'un à la National Gallery, l'autre dans la collection Humphrey Ward; le Géographe du musée de Francfort; notre petite Dentellière du Louvre, insuffisante pour faire connaître Van derMeer, et à peine suffisante, si délicieuse qu'elle soit, pour nous consoler de n'avoir point d'autre peinture de ce grand maître et de laisser échapper celles que nous aurions pu avoir.
Mais quelque belles que soient toutes ces œuvres, on ne connaît pas Van der Meer quand on n'a pas vu l'homme chez lui, dans sa Hollande.
La Vue de Delft, du musée de La Haye est un chef-d'œuvre de simplicité et de vigueur sans brutalité. La ville se décoin re, baignée par les eaux du canal de Rotterdam; des toits rouges et bleus, des maisons à pignons découpés, un petit pont à une seule arche; deux femmes qui se tiennent debout sur un monticule au premier [dan ; à quelques pas d'elles un groupe près d'un bateau : voilà tous les éléments de ce chef-d'œuvre. Mais qui dira la largeur avec laquelle ces choses et ces petites silhouettes d'êtres sont interprétées, la tranquillité des eaux grises du canal, dans lequel le reflet des murailles forme de grandes et vagues silhouettes verdâtres ; puis l'inanalysable métier de cette peinture, forte et souple; simple au possible et mystérieuse comme l'art lui-même, cette peinture qui, comme nous l'avons dit, est ici grasse et comme grenue, alors que dans certains autres tableaux de Van der Meer elle est lisse et comme lissée de soie.' Celle espèce de grenu tout particulier se rencontre encore dans la Verseuse de lait de la collection Six. à Amsterdam. Ici, c'est se détachant sur un mur gris, une servante au bonnet blanc, casaque jaune, manches retroussées doublées de verdâtre; un tablier bleu, une jupe rouge, un tapis de table gros vert offrenl une juxtaposition de tons très franche, très osée même, et qui, sous la main de n'importe quel brutal, serait sans doute insupportable. Or on retrouve dans certaines parties de la peinture ce grenu, cette espèce de pointillisme très spécial, qui donne au tableau une certaine vibration sobre, qui est M'aiment merveilleuse. Et je ne parle pas de la grandeur touchante de celle pauvre petite figure de servante. On louche ici du doigt cette compassion exquise que les tableaux d'élégance et de coquetterie faisaient si peu prévoir.
Une autre merveille est à coté qui vous réserve encore de nouveaux étonneineuls : c'est tout simplement deux maisons d'une rue de Delft, prises de race, toul près, sans aucun artifice, séparées de vous parla moitié à peine de la largeur d'une fort petite rue. Une maison avec un banc gris devant, et au-dessus de ce banc, sur la muraille, la signature et le monogramme |de"\ an der Meer; une tradition veul que ce soit la maison même du peintre ; n'y contredisons pas. Lamaison a une verrière à petits plombs el un volel i;ris, des arbres cachent une partie du pignon. Il y a aussi une porte grise; el. à côté (le celle porte,
ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 569
dont l'embrasure blanchie à la chaux est frappée par le soleil, se trouve une autre porte qui donne sur une cour; au fond on aperçoit une femme en bonnel blanc, jupe bleue et corsage rouge, qui lave dans un tonneau; des toits «l<maisons voisines se succèdent en profondeur au delà de cette cour.
Contiguë à celle maison si humble et si tranquille, s'en dresse une autre un peu plus ambitieuse, également en briques; les volets, d'un gris verdatre, sonl fermés à mi-hauteur des verrières à petits plombs ; un cintre de briques surmonte la porte, où l'on voit une indication de femme assise et cousant : mais quelle indication ! Enfin devant la maison un gamin cl une gamine jouenl sous un liane. Voilà tmis les éléments, d'une vulgarité d'énoncé vraiment déconcertante el d'une sincérité d'émotion, d'une profondeur de méditation tranquille, que jamais personne n'atteignit, même parmi les [dus grands peintres que l'on pourrait nommer.
Ce sonl là des choses bien grandes, et faites pour consoler de ne rien savoir presque de la vie, du caractère de ce peintre qui, en une vingtaine de tableaux, a laissé de quoi désespérer les plus audacieux artistes, troubler les penseurs, et parcourir comme en se jouant, semble-t-il, tant l'effort paraît peu dan-- ses patientes peintures, depuis l'espièglerie jusqu'à l'humilité, depuis le manège des coquettes jusqu'à la paix profonde d'une petite ville endormie comme un lézard au soleil, un immense clavier de finesse et de simplicité.
Ainsi l'on va de Pieter de Hooch à Van derMeer, et l'on revient, ravi, de Van der Meer à Pieter de Hooch : et ainsi, après les émotions sublimes que procura Rembrandt, après les profondes tristesses que l'on ressentit en compagnie de Ruysdael, après les dédommagements d'énorme gaieté, pleine de retours pourtant, que lit éclater en nous .(an Sleen, nous demeurons sur les douces et fortes sensations que deux peintres uniques en leur genre, opposés et fraternels, suggèrent autant par une humanité exquise que par un métier précieux.
Vous plaît-il encore de vous désoler qu'on ne sache pas leur histoire?
TABLE DES GRAVURES
Van Eyck.
Triomphe Je l'Agneau 17
Dieu le Père, la Vierge et sainl Jean- Baptiste il
Sainte Barbe 2o
La Vierge au chanoine lîoslin 29
La Vierge au chanoine Van der Paele. 33
Rogier Van der Weyden.
Descente de Croix 37
Saint Luc peignant la Vierge il
Philippe le Bon, duc de Bourgogne.... i">
TllU'.ltin Boi i s.
Sentence inique de l'empereur Othon . 49
Memling.
Un ange de la châsse de sainte Ursule. 59
Sainte Véronique 61
Arrivée de sainte Ursule à Rome 65
La présentation au Temple 69
Metsys.
L'Ensevelissement du ( ihrisl ~'-\
Le Poseur d'or el sa femme 77
Jean.,Gossaert.
Portrait de Jean Carondelet 78
Les quatre Marie revenant du tombeau
du Christ 70
Jésus chez Simon le Pharisien 81
Les Juges intègres 83
Van Orley.
Sainl Norbert réfutant l'hérésiarque
Tanchelin 8b
Portrait de femme *7
COXCYE.
Jésus couronné d'épines 8'J
La Cène 91
Floris.
Hercule terrassant l'Hydre de Lerne. . . 93 Brueghel.
L'Alchimiste 95
Bataille de paysans 97
La Résurrection 99
l'ui mu s.
Portrait de J. Van der Gheenste loi
FrANI Kl \.
Martyre de saint Crépin el de sainl Cré-
pinien l":|
Sainl Sébastien guérissant Zoé 105
Lucas de Leyde.
Le Chirurgien 109
La Laitière m
Jan Van Scorel.
Portrait H-
La Mort de la Vierge 113
Sainte Christine el sainte Gudule 115
La Fuite en Egypte I ' "
Il l USKERCK.
Jésus devant Pilate U9
Antonio Moro.
Portrait 120
l'orlrait 121
Le Nain de Charles-Quinl 123
Bloemaert.
Adoration des Bergers 125
RlBENS.
La Descente de Croix 129
L' Arc-en-ciel. '33
La Fuite en Egypte 135
Portraits de ses fils I "
I a Conclusion de la paix 143
Le château de Steen 145
Départ de Henri IV pourlaguerre d'Al
lemagne ' "
La Visitation ' ' '
La Kermesse |h|
Ri MBRANDT.
Le docteur Faustus 161
La Rondedejour i"1
La Descente de Croix ' ■ ■'<
Portrail du bourgmestre Six 181
Les Pèlerins d Emmaûs |s;>
Les Syndics l89
472 TABLE DES GRAVURES
Le Bon Samaritain [93 Adrian Brouwer.
ïobie e( l'Anee 199 ■ i i • ,
8 '" Le Joueur de violon 2:>3
Jordaens. Dormeur 054
Le Satyre chez les paysans 200 La Dispute au cabarel 255
Comme chantenf les vieux, sifflent les ' rs ~''1'
jeunes 207 Craesbeek.
Le Martyre de sainte Apolline 209 Son atelier ■>•■-
Jupiter el la chèvre Amalthée 211
F. DuCHATEL.
\ w Dyck. ,, ,.
. Lavalier ->",s
L a 11 11 l'ai .Nicolas \ an (1er Mordit 2t:i
Charles Ier, roi d'Angleterre 215 G. Coques.
Christ en croix 216 Intérieur et portraits 259
Le Couronnement d'épines 217
Henriette de France, reine d'Angleterre. 219 N VN der Meui.es. „
Les entants de Charles Ie'' 221 Bataille o,;y
G. de Crayer. Combat de cavalerie 201
L'extase de saint Augustin 22:i Snayers.
Bataille 262