LA DAME AU C Û L L I E 11 DE PERLK S
aussitôt après, enpassantde Dresde à Berlin, c'est le Van derMeer que nous avons défini. A Dresde c'est la Courtisane; à Berlin, c'est la Dame au collier de perles . De même si c'est par la Hollande que vous entreprenez de le connaître, au musée delà Haye il vous donnera, avec sa Vue de Delft, l'impression d'un peintre robuste et chaud; puis à Amsterdam, au musée, avec la Femme bleue qui ///. d'un peintre très fort, un peu froid, d'une distinction infinie; el de nouveau, dans la même ville, avec les deux tableaux de la collection Six, voici un homme
linement et sincèrement ému, un peintre aux harmonies riches et soutenues. De même encore, dans tous ces tableaux, la facture varie : elle est onctueuse dans le tableau de Dresde, elle est lisse et soyeuse dans les tableaux de Berlin et du Rijksmuseum, grenue etpresque raboteuse dans celui de La Haye, dans ceux de Six, mais toujours elle demeure presque impossible à analyser. Et dans tout crin, avec toutes ces variations de sentiment et de facture, avec toutes ces franchises et toutes ces réticences, tous ces extrêmes dans un nombre infime de tableaux, c'est toujours le même homme, reconnaissable, captivant, absorbant entre tons. Jugez d'après cela s'il est admirable.
De cet homme pourtant, on ne sait presque rien. On avait Complètement perdu sa trace au siècle dernier. Thoré la retrouva par l'enthousiasme, M. H. llavard par les documents. Tout ce qu'on sait, c'est qu'il naquit à Delften I 632, qu'il s'y maria en 1053, et que la même année il fut inscrit comme maître peintre dans la gilde, dont il fut doyen en 1662, et de nouveau en 1671, enfin qu'il mourut en 1675. Comme il n'a jamais quitté Delfl, du moins pour un long temps et pour un changement en règle de domicile, on en conclut avec toute apparence de raison qu'il a connu Carel Fabritius et Pieter de Hooch. On sait encore qu'il a eu pour maître un honorable peintre, Léonard Bramer.
Nous revenons sur cette remarque qu'il aurait pu connaître dans sa jeunesse Emmanuel de Witte qui resta à Delfl de 1642 à 1649, et que dans ce cas certaines choses s'expliqueraient sans faire intervenir Rembrandt dans l'affaire.
Voilà tous les éléments; faites là-dessus tous les romans qu'il vous plaira ; le plus simple eslencore de dire que c'est un très grand artiste, et que ce qu'il a pu emprunter a infiniment moins d'intérêt, après tout, que la façon dont il l'a fait fructifier. Notez encore comme trait significatif du peu de cas que les hommes de Ions les temps font de l'art le plus exquis jusqu'à ce que la mode s'en mêle de nouveau, que de son vivant Van der Meer fut assez apprécié et qu'on venait chez lui comme chez une des célébrités de la ville, mais, qu'aussitôt après sa mort, l'oubli tomba sur. son œuvre comme un crêpe épais.
Le tableau delà Courtisane, à Dresde, estle seul que l'on connaisse de lui avec des figures de grandeur nature. C'est i\\\e robuste page qui, avec son harmonie de rouge, de noir, et de citron, sa facture souple et vraiment mystérieuse, tient à une fort grande dislance un célèbre tableau de Bembrandt, nou< l'avons déjà indiqué, et après cela il n'y a plus rien à dire. Il y a un autre très beau Van der Meer à Dresde lu Lecture de In lettre. Mais il est encore effacé par celui de Berlin, la femme à la casaque citron bordée d'hermine, mettant son collier de perles; celle simple figure se détachant sur un mur gris, éblouit et reste à jamais dans la mémoire comme une des choses les plus précieuses de la peinture.
El le joli, l'adorable tableau du musée de Brunswick ! Une jeune femme qui, assise, se retourne vers vous, et lit, bien habillée, soie, dentelles, tenant en
ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE
mu in ii u verre ; un ra\ a lier, penché vers elle, aimable, affectueux, soutienl cette main ; un autre au fond, accoudé sur la table, boude, dort, ou fait semblant de dormir. 11 y a un vil rail à la fenêtre, un cadre noircontenanl un poitrail