‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 38 sur 126 · U «HT · texte numérisé non relu

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et rien moins que Madame Jordaens, qu'il prit comme type et thème à incessantes variations ainsi que Rubens fit d'Hélène Fourment, c'est un des plus étonnants morceaux de l;i peinture flamande, à moins qu'on ne considère comme supérieur encore l'enfant qui est sur ses genoux, un enfanl en pleine santé et en pleine chair, faisant avec sa bouche ce bbbbb mouillé des robustes innocents. Enfin le tableau se complète, outre les accessoires de la table, d'un chien, et d'une vieille femme qui tient un verre et va poser un pot de grès. Voilà tout le tableau, mais c'est un monde de vie.

On y pourrait lire encore d'autres indications des différences entre Rubens et Jordaens : à savoir tout d'abord, que le dessin est encore plus vigoureux, plus ferme et plus sûr chez le second (pie chez le premier, tout en ayant beaucoup de jet et de grandeur, et en étant non point un dessin terre à terre, littéral, niais bien un dessin de très intelligente et très audacieuse interprétation. De plus, l'observation de la vie serait constatée plus directe que chez Rubens. Non que Jordaens, comme on l'a trop souvent dit. soit un vulgaire réaliste, se contentant de copier platement ce qu'il voit. Au contraire, il amplifie et colore richement la réalité, mais il demeure plus dans les mœurs et dans les types, tandis que Rubens s'en éloigne toujours pour planer dans le décor. Il est certain par exemple que même dans la Kermesse, Pierre-Paul ne s'est pas inspiré directement de la réalité, sinon de celle qu'il s'était créée dans sa tète. Jordaens au contraire. en pareil cas, s'en rapporterait au témoignage de ses yeux ; ce qui ne l'empêcherait pas de faire quelque chose de grand et de fort plus que nature. Seulement on voit que si le traitement de l'objet est à peu près le même, le point de départ est dilférent, et cela suffit à donner à chaque œuvre une saveur tout à fait distincte.

Il y a en lin îles différences historiques non moins importantes que les différences d'organisation et de métier. Rubens fut un brillant et d'ailleurs 1res noble courtisan et un catholique fidèle; Jordaens se montra un esprit plus indépendant, pour ne pas dire plus rebelle, et embrassa fougueusement le protestantisme. Ce sont là des traits de caractère fort importants. Ce n'est pas tout : Jordaensn'a pas mis le pied en Italie, alors que nous avons vu Rubens y faire et parfaire son éducation. Aussi, son œuvre a-t-elle un bien plus fort accent de terroir, même que celle de Rubens, et à plus forte raison que celle du charmant et cosmopolite voyageur Van Dyck. Voilà, ce semble, toute une série de faits sur lesquels on peut méditer à loisir et qui, étudiés de près, en eux-mêmes comme dans leurs effets, suffiraient à dissiper à jamais le préjugé que Jordaens doit quelque chose aux conseils et à l'amitié de Rubens. Sans doute ces lions rapports de confrérie et de courtoisie ont existe et ils sont à l'honneur des deux artistes, mais leur action est demeurée toute platonique, chacun des deux ayant en soi amplement de quoi pouvoir se passer de l'autre.

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Le lien commun qui a pu induire en erreur, c'esl la première éducation, le séjour à l'atelier de Van Noort. Le vieux maître a visiblement fait de Jordaens,

min seulement son gendre, mni< encore son héritier artistique : toutefois Kubens a eu part au testament. Pierre-Paul conservera toujours, même quand sa nature brillante, chevaleresque e1 légère a pris le dessus, un peu de l'esprit populaire

que Van Noort a communiqué à ses élèves. Cette tendance acquise persistera chez lui en dépit de toute éducation italienne, en dépit de ses propres goûts, et c'est par là qu'il donne encore la main à son cadet d'atelier.

Maintenant regardez au Louvre, puisque le hasard qui seul préside au placement des œuvres en a voulu ainsi, niais celle fois du moins d'une manière profitable et instructive, le Prophète Élie de Rubens à côté du tableau de Jordaens, X Enfance di- Jupiter. Sans doute le premier n'est pas un des plus beaux Rubens, bien que ce soit un très remarquable spécimen de son œuvre spécialement décorative, tandis que le tableau de Jordaens est une des liés bonnes pièces du peintre ; ce n'esl pas une si mauvaise condition pour bien se rendre compte dedissemblances. Or, malgré le grand déploiement de moyens auquel Rubens a recouru, l'avantage de la vigueur et de la richesse demeure à Jordaens; à côté de ce beau tableau avec sa grasse et éclatante figure de femme, et celles de l'enfant et du satyre non moins puissamment établies, la grande toile de Rubens paraît légèrement grise, vaporeuse, et connue féminine. Si l'on objecte que c'esl nu carton de tapisserie, l'expérience peut être recommencée au musée même, en faisant simplement quelques pas plus loin.

La carrière de Jordaens est, en somme peu aventureuse, et elle se ramène, en dehors d'un travail soutenu, à un fort petit nombre de faits : il naît à Anvers en 1593 et entre à quatorze ans dans l'atelier de Van Noort : il est reçu francmaître dans la corporation de Saint-Luc en 1615 ; l'année suivante il devient le mari de la belle et savoureuse Catherine Van .Noort, un magnifique type de santé flamande. Son seul voyage notable a lieu en 1652, et encore n'est-ce pas une bien lointaine expédition : il est appelé à La Haye par Emilie de Soluis, veuve du prince Frédéric-Henri de Nassau, pour décorer le « Pavillon du Bois » de peintures en l'honneur du guerrier hollandais, qui demeureront son œuvre la plus importante. Eniin c'esl vers les années qui suivent ce voyage, soit vers 1658 au plus tard, que l'ardeur de ses opinions réformistes lui attire des poursuites cl une condamnation à une amende pour avoir perpétré un écrit jugé scandaleux. Jordaens meurt en 1078. à quatre-vingt-cinq ans, ayant bien rempli sa vie, et laissant une œuvre aussi importante que variée : tableaux d'histoire, études de mœurs, grandes décorations et cartons de tapisserie, portraits enfin.

Nous axons au Louvre sinon de quoi le juger dans tout son éclat, sauf avec Y Enfance de Jupiter, du moins de quoi nous former de lui une idée des plus brillantes. Voici deux belles toiles de niieurs : le Concertai les /lois, qui sont de ces innombrables répétitions ou peut-être copies de deux tableaux favoris, telles qu'on en retrouve à peu près dans Ions les musées de quelque importance; à défaut donc d'une rigoureuse valeur d'originalité, nous avons là deux bons spécimens sinon de la peinture, d\\ moins du genre. Les Quatre Ecangélistes dont au contraire le musée semble faire moins de cas, puisqu'il les a relégués dans la

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petite salle sacrifiée des étages supérieurs, perdue au boul des collections de la

VAS DÏCK. — L'AMIRAL NICOLAS VAN DF.lt BORCH1

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rine sont une belle el forte peinture. Le portrait d'un homme forl gros el

réjoui, la main sur la hanche, et qui passe, bien à tort d'après certains Hollandais des plus autorisés, pour une image de l'amiral Ruyter, est encore un beau morceau de Jordaens et une «les œuvres caractéristiques de notre musée; c'est pour cela que nous croyons devoir aussi réclamer pour lui une place un peu moins désavantageuse : les tableaux d'une semblable valeur devraient pourtant être accrochés pour être mis. appréciés, et non simplement pour tapisser la muraille.

Enfin nous avons un grand tableau d'histoire : le Christ chassant les vendeurs du Temple, encore une très importante œuvre et très significative, qu'on ne voit guère non plus aussi bien qu'il le faudrait. 11 y a là le mélange très intéressant des qualités humoristiques et entraînantes de Jordaens avec f'accent dramatique qu'il a su trouver parfois, et qu'on ne fait pas assez ressortir. C'est une très belle et très saisissante conception, d'un grand et noble artiste, au milieu de ces bousculades épiques, de ces victuailles et de ces marchandises renversées, de tous ces types vils et comiques, de ce tohu-bobu effaré ri joyeux, (pie la création de ce petit Christ noir, pâle et rageur, qui frappe avec une si tière indignation et une si généreuse verdeur de colère. D'ailleurs Jordaens n'a pas donné là une note aussi rare qu'on pourrait le croire, étant donnée sa façon vermeille et optimiste de voir généralement la vie. Au musée de Madrid, le Mariage mystique de sainte Catherine est une des plus belles toiles d'histoire que nous connaissions dans tout l'art flamand, et la principale figure, celle de la sainte, avec son profil si accusé, si inoubliable, cette forte et sévère créature, si saine d'aspect, si grave de sentiment dans le sérieux qu'elle met à tendre sa main à l'Enfant, est certainement d'une dignité et d'une force auxquelles Rubens lui-même n'a pas toujours atteint. L'on citerait encore, au musée de Bruxelles, la toile très dramatique et très puissante de Saint Martin guérissant un possédé. œuvre très belle de mouvement, qui contient des morceaux surprenants, ne fût-ce que la chape merveilleuse dont le saint évêque est recouvert. Le musée de Bruxelles, grâce à ce tableau, à celui que nous avons étudié plus haut, puis encore à diverses toiles de premier ordre telles qu'une Allégorie de la Fécondité (on devinera si ce thème a pu suggérer à Jordaens une page plantureuse , un Apôtre, la Rencontre d'Eliézer et de Rêbecca, est un des endroits où l'on peut le mieux comprendre le grand peintre et acquérir de lui la plus haute estime. On devra encore le voir à Anvers, où il est moins brillamment représenté, puis à La Haye où se trouve son plus vaste effort; mais les musées de .Munich el deCassel possèdent aussi de lui des peintures d'une qualité superbe, et qu'il faut connaître >i l'on veut compléter celte idée el le voir dans tout ce qu'il offre de sain. d'exubérant el de vivant. \ Munich, c'est surtout une autre disposition du Satyre et du Passant, \\\i très bran Concert de famille qui a sur le noire la supériorité d'être signé cl daté 1646 . A Casse), c'est un Satyre chez le paysan, une

Enfonce de Bacchus, un

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ore amenant un cheval à s

on maître, un merveilleux

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