‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 37 sur 126 · LE SATYRE CHEZ LES PAYSANS · texte numérisé non relu

LE SATYRE CHEZ LES PAYSANS

taientà d'excellents artistes commeCrayer, CornelisdeVos, Brueghelde Velours. Gonzales Coques, Jan Fyt, Huysmans de Matines, enfin quand on a été chercher

à l'étranger le «as liés important et très intéressant de peintres comme Philippe de Champaigne, Van «1er Meulen, Suttermans, il n'en reste plus alors bien long qui vaille la peine d'être dit sur Ions les autres, quels qu'aient pu être leur talent, leur fécondité, leur situation dans l'école et dans la société.

On ne peut manquer de remarquer qu'un pays qui produit en moins d'un siècle une telle pléiade, avec de tels chefs de file, est encore un grand pays d'ail et même un des plus favorisés qui aient jamais été. Aussi tenons-nous à dire encore que nous avons pris le mot de décadence dans un sens tout à fait relatif. Le xvnc siècle flamand est une décadence superbe, attrayante, riche infiniment, mais l'heure de la décadence, de la vraie, de l'irrémédiable, n'est pas encore sonnée. Elle est proche voilà tout. Lorsqu'elle sera arrivée, elle sera suivie d'effets complets et subits. L'art flamand mourra brusquement, pour ainsi dire

ÉCOLES FLAMANDE IÎT HOLLANDAISE

sans agonie, aussitôt après son épanouissement, ou pour mieux dire, après avoir atteint son pins haut degré, sinon de profondeur el de beauté réelle, du moins d'éclat et de sensuelle séduction.

I ne dernière remarque, qui nous fera mieux comprendre ce <|iii nous reste à voir de l'art flamand, tout en nous préparant à saisir les différences que nous présentera l'art hollandais, et qui les rendent Ions deux des complémentaires.

L'art flamand du \\u siècle est un art de cour. Qu'il soit religieux, allégorique,

mythologique : il devra donc avoir et jusque daus le portrait, bien qu'à uu moindre degré, un caractère théâtral, superficiel et flatteur. L'art hollandais est un art libre et intime : il recherchera donc la simplicité, la réalité et la profondeur. Il n'eu restera pas moins entre eux une parenté évidente, un lien commun, c'est-à-dire les analogies de race et les communes aspirations de métier.

Si l'on cherche maintenant, de tous les peintres que nous avons nommés, celui qui représente le mieux la pure race flamande, celui qui offre le plus de largeur et le plus de force, avec le métier le plus riche et le plus puissant, si célèbre <|ue soit le nom de Van Dyck, si vaste et si séduisante que soit son œuvre, c'est à Jordaens qu'il faudra aller tout droit ; c'est par lui qu'il faudra commencer.

Ce sera en même temps une justice bonne à rendre, Jordaens n'étant peutêtre pas encore placé comme il le mérite, tout à fait au premier rang de l'école flamande et parmi les plus grands. Pendant longtemps on l'a considéré un peu comme une sorte de succédané de Rubens, alors qu'il en diffère profondément, eu dépit de superficielles apparences. Comme ils sont tous deux très éclatants el très amples et tous deux d'aspect joyeux et vermeil, on en concluait trop aisément que Rubens étant le plus célèbre, Jordaens était son imitateur. Or, rien qu'à placer côte h côte deux de leurs tableaux, on remarquera vite que le Rubens est d'apparence fraîche et légère, tandis que le Jordaens parait par contraste [ilus chaud et plus vigoureux. Cela tient en partie h ce que le premier prend pour véhicule et accompagnement perpétuel de ses harmonies, comme nous l'avons vu, le gris à tous les degrés d'intensité, et que le second se sert de préférence d'un brun très riche et très soutenu. Rien que cela suffirait déjà [tour établir une réelle différence.

Puis Rubens sera le plus souvent surpris en train de peindre rapidement, légèrement, du premier coup, et en ne couvrant relativement que liés peu la toile; Jordaens au contraire, peint avec verve certainement, mais d'une façon beaucoup plus patiente, plus appuyée, et plus nourrie, affectionnant nue pâle lu- grasse et très substantielle.

A cet égard, le magnifique Satyre et le Passant du musée de Bruxelles est des plus complets el des plus probants. Le superbe tableau! et comme il montre un vaillant amour de la matière pour elle-même, alors que Rubens l'aime surtoul pour les harmonies qu'elle donne, sans se soucier autant d'en tirer de ces effets qui semblenl s'adresser presque au I an t au toucher qu'à la vue. On prendrait volontiers cette œuvre pour type de la composition, de la couleur et du métier de Jordaens. Le satyre, figure nue d'une hardiesse et d'une fermeté de dessin grandiose, se lève di' table : son hôte, nue sorte de paysan plantureux, réjoui et madré, souffle sur sa cuillère de la façon la plus comique du monde. Quant à la femme du satyre qui es! toul simplement la riche commère qu'on retrouvera dans tousses tableaux.

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