‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 40 sur 126 · VAN DYCK. — CHRIST EN CHOIX · texte numérisé non relu

VAN DYCK. — CHRIST EN CHOIX

Jordaens. Il esl vrai que celui-là esl infiniment séduisant. Van Dyck est né doué de huiles les perfections imaginables, perfections de nature cl d'art. La critique n'a |Miinl de prise sur les êtres ainsi favorisés. Ils sunl forcément excellents puisqu'ils sont harmonieux, et peu importe, dans ce cas, qu'ils ne se rangenl pas parmi ceux qui bouleversent leur temps et changenl la face d'une école, Leur rôle n'esl pas de a iolenter, mais de charmer, et Van I >\ <-k charme de toules les manières.

De dire qu'il charme d'abord par l'élégance c'est commencer par la constatation la plus répandue el en quelque sorte la plus superficielle, et de plus il importerait de définir le terme, car il en a été fait de singuliers abus. L'élégance en ell'el peul être une simple affaire de mode; ainsi comprise elle se tourne

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 211

facilement en une banalité, heureux quand l'élégance d'hier ne devient pas le

VAN DYCK. — LE CÛUItoNM 111 N D I PINES.

ridicule d'aujourd'hui. D'autre part, l'élégance peut émaner non point des goûts

du public, mais de la tournure d'espril de l'artiste lui-même ; c'est alors une sorte de recherche naturelle, si ces deux mots peuvent aller ensemble, ungoûl de sobriété, de netteté, et de finesse qui s'affirme dans les grandes lignes et se poursuit dans les moindres détails. L'élégance est alors une très précieuse qualité, relativement rare et qui est voisine de la distinction, sans pourtant qu'elle puisse être confondue avec elle. .Nous avons trop bien vu en effet, chez llembrandt, combien la distinction peut s'allier avec la force et comment un de ses éléments indispensables est la grande élévation des idées, élément dont peut bien se passer l'élégance pure. Or la force n'est point le trait dominant chez Van Dyck, et d'ailleurs on ne saurait songer à lui en faire un grief; il est f<>rl juste autant qu'il le faut pour que son raffinement ne dégénère pas en préciosité et en affectation. S'il communique à l'objet qu'il peint le caractère aisé, sobre, et harmonieux qui est dans sa personne et dans son esprit, il le l'ait sans aucun effort, sans même s'en douter, et c'est ce que l'on désigne par le mot plutôt banal, et en tous cas confus, d'élégance. En lui seul, ce mot ne dit rien, n'explique que très insuffisamment la dominante de Van Dyck, et pour entirer les éléments d'une analyse un peu serrée, il faut le décomposer en les divers éléments que nous venons de désigner.

L'aisance, pour commencer. C'est une question de métier et une question de prédisposition. Van Dyck est né peintre, liés beau peintre ; le pinceau est venu se fixer dans une main naturellement habile et souple dont l'ardeur était stimulée par un vif désir de travail, et dirigée par un joli sentiment des choses. Ce sentiment est né tel quel. Il n'aura ni à se modifier, ni à se perfectionner; c'est une espèce de don, une irresponsabilité délicieuse sur laquelle rien ne peut avoir prise ni influence, ni la nature, que cet esprit met toujours à son propre point, ou l'enseignement des autres peinlres, qui pour la même raison est assimilé sans même que l'artiste s'en aperçoive et sans que cela lui ait coule la moindre peine. Van Dyck a doue un esprit qui naît aise'' et une main qui le devient de très bonne heure, car il commence son éducation de peintre à l'âge de dix ans, el il n'a pas encore vingt ans qu'il est déjà un maître sur de lui, ayant commencé son œuvre. Dans de telles conditions, un artiste peut atteindre à ce qu'il veul ; sou métier loin d'être pour lui un sujet d'embarras el d'angoisse, comme dans notre temps où tout s'improvise et rien ne se transmet, est au contraire pour lui une sécurité et ses dons en l'ont nue gloire.

Ce qui donne une valeur particulière à ce beaumétier que Van Dyckacquierl en si pi mi di • temps grâce aune heureuse nature, c'est qu'il arrive à tirer de très saisissants effets d'un petit nombre d'éléments. Nous l'avons déjà"\ u pour d'autres artistes, ce n'est pas la multiplicité des moyens mis en œuvre qui l'ail la beauté el la force. mais là propos de leur emploi. Or \ au Dyck possède au plus haut poinl cette belle sobriété. Il esl peut-être pourtant, de tous les peintres flamands du xvn° siècle,

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 2i9

le plus vraiment varié, car il semble moins que les autres astreinl à un thème

VAN DYCK. — HENIWETTE DE FRANCE, Il V. 1 N E DANGL1 1 [ l; K I .

préféré quant aux sujets, el à un système donne quant à la couleur. Tantôl il est

galant et romanesque, tantôt tendre et souriant, tantôt douloureux, tantôt pieux et même fervent, tantôt enfin il va aussi loin que cela est possible dans la simplicité, qualité que ne connaît guère Rubens et don! Jordaens n'a cure. -Mais ce n'est pas seulement quand il est simple qu'il est sobre ; cela irait sans dire. Même dans ses élans chevaleresques, qui sont tout à fait voluptueux, dans ses accents douloureux qui sont tout à fait poignants, il demeure dans une espèce de mesure qui est quelquechose de plus délicat que le simple bon ton de l'homme du monde qu'il était. De même, dans la couleur; il a certainement emprunté à l'étude de Titien plus de variété que ne l'a l'ail Rubens, qui était impérieux et systématique. Bien qu'il ait une affection pour les harmonies où le noir domine, on ne saurait lui assigner exclusivement cette gamme, pas plus que le brun caractéristique qu'il a donné souvent pour fond à ses portraits. Il manie également bien le rouge, les tons des chair, le bleu qu'il emploie même avec un rare bonheur. Il est des tableaux de lui comme le Charles I" du Louvre, ou ci nu nie le Couronnement d'épines de Berlin, qui sont de véritables bouquets de fleurs. Mais lorsqu'il lui arrive de faire ainsi appel à toutes sortes de ressources et de faire le prodigue, là encore, il n'abuse de rien. 11 aime surtout à bien peindre, avec beaucoup de soin et de discrétion ; il a de l'attention et pas de fougue, ou rarement; il a de la précision, mais n'appuie pas sur les choses. Enfin il peint comme l'on cause dans les bonnes compagnies, et comme on \ agit, et comme on s\ habille, avec quelque chose de réservé, de juste à point, et d'arrêté à propos.

Ces qualités sont déjà très précieuses quand elles sont le fruit de l'éducation, de la volonté; mais quand elles sont naturelles, comme elles l'étaient chez Van Dyck, elles constituent une véritable harmonie, et c'est là encore un des signes distinctifs de son talent. Harmonie de lignes et harmonie de couleurs naissent naturellement sous son pinceau. Les harmonies de lignes sont généralement souples et ondoyantes; elles n'atteignent pas, il est vrai, la fermeté grandiose, mais elles ne tombent non plus jamais dans la mollesse et le xague. Là comme en tout. Van Dyck montre beaucoup de finesse et de justesse; ses personnages ne sont point fuyants et inconsistants, mais ils ne sont pas non plus d'[\\\ relief exagéré et d'une apparence trop matérielle. De plus Van Dyck les contrôle, pour ainsi dire, et les fait passer par sa propre conception des êtres. Il est certain que pour avoirété en grande majorité, des personnages de qualité, de parfaites manières et d'élégante tenue, ses modèles étaient certainement loin de lui avoir fourni tout ce qu'il en a tiré : ils empruntent un charme un peu en dehors d'eux à la manière donl Van I lyck a su les comprendre et les présenter.

Il serait injuste a ce propos de dire qu'il les a précisément Halle-. : harmonisés es! plus exact. Pour prendre des faits presque brutaux : il a eu plus d'une foi- à faire le portrait de femmes maigres et pâles, d'hommesà la physionomie ravagée par les excès de plaisir ou de soucis; à Munich, entre autres, on

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

voit le portrait d'un jeune homme fort obèse; il n'a pas dissimulé cette obésité plus qu'il n'a laissé ignorer les maigreurs, les anémies et les lassitudes des autres personnages; ni plus, même, qu'il n'a atténué les traits maigres et coupants, les yeux battus, le corps frêle de son royal modèle Charles I". Louis XIV qui ('■tait petit, noiraud et grêlé, exigeait de bien autres flatteries de ses peintres;

Page 1