VAN DVCK. — LES ENFANTS DE CHARLES I
et pou riant Van Dyck sans omettre ces signes caractéristiques, s'il avait été contemporain du Roi Soleil ci i] ii' il eût eu à le peindre, s'en sérail lin'' mieux que ton I autre, mieux que Rigaud lui-même qui (Mail hanté du peintre flamand et se considérai! un peu comme son successeur.
Van Dyck trouvait et créait une harmonie d'allure tout à l'ait séduisante, tirée à la fois de -a propre invention et du caractère dominant dan- -<>i\ modèle, j'entends du caractère le plu- a -on avantage. On nous apprend en effet ipie pour un poitrail Van Dyck considérail comme l'opération principale.
la plus décisive et même la seule, celle enfin qui lui prenait vraiment du temps et de la méditation, le dessin sur papier gris, aux crayons blanc et noir, où il avait arrêté la pose et le caractère, et qu'il donnait ensuite à agrandir et à peindre à ses collaborateurs. 11 faut ajouter, en ouvrant une petite parenthèse, que le portrait ainsi poussé aussi loin que possible, et complètement peint d'après les costumes que les modèles envoyaient à l'atelier, le maître lui donnait ce dont personne n'était capable, et qu'on ne pouvait payer trop cher, malgré la grimace que feraient b's bourgeois de noire temps si un peintre en renom leur offrait de commencer ainsi leur portrait par procuration. Et ce qu'il leur donnait étail précisément ce qui faisait du tableau un Van Dyck et pas autre chose, c'est-à-dire la définitive souplesse et harmonie des lignes entre elles et l'harmonie générale de la couleur.
Il nous reste à dire un mot de ce côté prépondérant de l'harmonie chez notre peintre : il est certain que c'est elle qui fait la plus grande richesse et le charme le plus pénétrant de cette peinture quelles que soient d'ailleurs la beauté du sentiment et celle de la forme.
Tout ce que nous venons d'écrire rend superflue une très longue explication. Les mots rendent d'ailleurs fort mal les phénomènes de la couleur et c'est une erreur trop fréquente de la critique de vouloir décrire par le menu des sensations que l'imagination ne pourra jamais concevoir exactement sans le secours des yeux, qui eux, renseignent en un millième de seconde. L'harmonie des couleurs chez Van Dyck esl des plus variées. A côté du brillant Charles I" du Lou\ rè où il entre des blancs, des rouges, des biens, des jaunes, des bruns, des gris, des \erls aussi gais que ebatoyants, on n'aurait pas de peine à trouver des tableaux dans le même musée, qui sonl bâtis presque entièrement sur deux ou trois tons au plus. 11 est un admirable portrait de femme à Munich, où il n'entre absolument que du brun et du blanc, et qui est, en même temps, une caresse et nue profondeur. Dans le Couronnement d'épines de Berlin, c'est au contraire une harmonie composite indéfinissable. Dans le Christ sur les genoux de la Vierge^ du musée d'Anvers, domine un bleu ardoisé' de l'effel le plus lugubre. Dans l'admirable Martyre de Saint-Pierre^ du musée de Bruxelles, voici encore une harmonie magnifique et inattendue, xigourcuse celle l'ois, et peut-être même la plus puissante dans toute l'oeuvre: un tableau en hauteur, coupé en diagonale descendante de gauche à droite, par conséquent divisé à peu pies en deux grands triangles : dans celui de gauche le bleu dn ciel, dans celui de droite le ton de chair des personnages ; voilà toute l'opposition et elle est splendide. Titien et Rubens n'ont rien produit de pins riche.
.Nous venons de nommer les deux maîtres qui ont eu le plus d'influence sur le talent de Van Dyck, mais plutôt dans la formation de ce talenl que dans sa direction, et c'est toujours le propredes vrais artistes, car dans le pie-
G. DE CKAYER. — L EXTASE DE S \ I N I" IUGUSTIN.
mier cas on s'assimile, et dans le second on imite. Or Van Dyck n'a imiténi Titien ni Rubens, comme l'ont fait en Italie cl en Flandre certains peintres pleins de talent d'ailleurs mais devenant forcément secondaires. C'est pourquoi, on rie saurait, quoi qu'on en ait dit, le considérer comme un reflet de Rubens, ni se demander liien longtemps ce qu'il aurait fait si son maître n'avait pas existe. Il n'aurait peut-être pas fondé un vaste empire; mais sa belle et fine nature n'aurait pas été arrêtée bien longtemps ni par les prétextes pour se faire jour ni par les moyens de s'exprimer.
Ne suffit-il pas pour en être convaincu d'examiner les poitrails de femmes.