‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 52 sur 126 · S N A Y E R S . — BATAILLE · texte numérisé non relu

S N A Y E R S . — BATAILLE

Brouwer entre vingt tableaux quels qu'ils soient, brille toujours dans un musée comme un bijou rare? En vérité la plupart de ses tableaux à Munich et à Dresde semblent peints avec des pierres précieuses broyées. Et la vivacité de cette touche pourtant si harmonieuse et si fondue, el le tact surprenant que le peintre apporte dans les scènes les plus risquées, sauvent par celle beauté de matière el ce! esprit si malin, des thèmes qui seraient parfaitement ignobles sous un pinceau de second ordre.

Faut-il rattacher Brouwer à l'histoire flamande ou bien à l'histoire hollandaise ? Le donner à la Flandre, c'est lui faire un riche cadeau, contre lequel la Hollande a tout droit de protester. Il est né à Audenarde sans doute (vers 1605) el il a vécu et est mort à Anvers (1638) ; mais de 1628 à 1631 ilvécutà Haarlem et y fut élève de Frans Hais, ce qui constitue pour l'école hollandaise une vraie prise de possession.

Il esl entendu d'avance, et nous aurons plus d'une occasion bientôt de constater celle invariable loi, que tous les peintres des Pays-Bas qui ont peint des

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buveurs ont été de parfaits ivrognes. C'est l'histoire qui le dit et l'on sait qu'il n'y a qu'à s'incliner devant ce qui est imprimé. D'ailleurs il n'\ a pas de meilleures conditions pour l'aire des chefs-d'œuvre que defpasser la nuit à boire

et le jour à être malade, de voir les êtres à travers une vapeur confuse, et d'avoir Ja main tremblante, le cerveau abruti, pendant que l'on peint. Ce sonl là des vérités tellement évidentes que l'on ue s'étonne pas d'avoir vu successive

ment les historiens et les critiques accepter tous ces racontars, et avec un parfait sentiment de l'art, un respect et une reconnaissance envers ceux qui leur procurent des joies, ne pas supposer que l'on puisse bien peindre des brutes sans en être soi-même une parfaite.

Dépouillée de ce roman d'ivrognerie, la biographie de Jirouwer se réduit à peu de détails : son apprentissage chez Frans Hais, son inscription à la gilde •l'Anvers, et aussi à la société de rhétorique, son amitié avec Craesbeck, enfin l'admiration et l'amitié de Rubens, de qui les goûts et la vie, comme nous l'avons vu, ne supposaient guère la familiarité avec un vulgaire humeur de piot. Il esl heureux pour Téniers qu'il ait eu des fonctions à la cour, sans quoi

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il n'aurait pas été à l'abri des mêmes légendes : ce n'esl pas à dire d'ailleurs, que la manie du romanesque ne se soit pas attaquée aussi à lui.

L'o'iiv re de Brouwer demeure, et il n'y a pas besoin de lui rien demander de plus. Elle va du tableau le plus parfait d'exécution à la pochade enlevée avec une prestesse d'exécution admirable, comme certain petit Homme rouge du musée de Dresde, et deux paysages du musée de Berlin, faits avec aussi peu de chose que possible, attestant une finesse de vision et une sensibilité toutes modernes.

Nous avons nommé Craesbeck (1605-1655) ami et compagnon de Brouwer. et bon peintre comme le prouve le tableau du Louvre, intitulé sans que ce titre soil Lieu justifié par la pose même des différents personnages, Craesbeek peignant un portrait; mais Craesbeek esl moins fin et plus vague que sou grand ami.

Parmi les peintres de mœurs «pie l'on peut rattacher à cette catégorie, c'est-àdire celle des peintres de scènes populaires, il y a lieu de citer David Ryckaert, troisième du nom. dans le sillage de Téniers (1612-1661 1, Pierre de Bloot, Ferdinand Van Apshoven : enfin (iillis Van Tilborch (1625-1678), qui peignit aussi des intérieurs plus riches, ainsi qu'en témoigne un joli petit tableau du musée

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de Rotterdam, tableau de conversation montrant un peintre spirituel, léger, qui a le sentiment de l'atmosphère, mais manque un peu de mordant.

Il y a aussi les peintres qui ont plus spécialement travaillé pour les gens distingués, tels que Christophe Van der Lammen, Jérôme Janssen, et surtout Gonzales Coques (1618-1684). Ceux-là nous ont conservé de petits tableaux de mœurs élégantes, réunions «le "eus bien habilléset \ ivant dans des milieux cossus.

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