RUYSDAEL. — ENTRÉE DE FORÊT
plus jeune que Van Goyen ; c'est donc, étant donné que la manière de Salomon se transforma plus tard quelque peu, le plus âgé qui a exercé une influence sur l'autre. Seulement fut-elle de maître à élève, ou simplement d'aîné à ai lin ira leur? l'eu importe, après tout. Salomon Van Ruysdael fit I inscrit à la gilde de Haarlero en lt)2:!.H en Itiïs, il en était doyen; on sait qu'il a été favorisé de quelque aisance. C'est une forl agréable et fraîche surprise de voir un tableau de lui pour la première fois, alors qu'on ne connaît encore que des œuvres de son illustre el grave neveu, surtout si l'on commence la rencontre par le tableau de Bruxelles ou un de ceux de .Munich, tels que le Bord de Rivière (n° 542 .
Selon une coupe familière à Salomon el forl ingénieuse, la portion de terre,
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d'arbres, de chaumières, se trouve comme suspendue entre un ciel vaste el léger, et une eau limpide qui présente l'image renversée de ce coin si riant el si vivant. Une barque trimballe des personnages ou du bétail : il j a un ou deux
grands arbres obliques plantés juste au bord de l'eau, el qui for ni avec leur
réflexion un angle amusanl : passé le motif important, la principale masse du tableau, il \ a, à droite ou à gauche, un dégagement d'eau ou de champs : les
terres qui s'en vont là-bas, ou le fleuve qui continue son circuit : on voit loin. Quant à la couleur de cela, elle est gaie, transparente, vive, pourtant fort sobre, et la touche est légère et délicate. C'est décrit en homme lin, en homme d'esprit, niais simple et de sensations sincères. La Halte du musée d'Amsterdam est un tableau tout bonnement délicieux, avec son va-et-vient de voyageurs, de chevaux el <le servantes, la voilure arrêtée devant l'auberge, les vaches qui boivent paisiblement dans la mare, el que les voyageurs n'intéressent pas, l'échappée sur la campagne, vivement éclairée, au delà de cette agitation d'un moment dans un bon coin qui bientôt retombera endormi. Bref, en voyant toutes ces jolies toiles, la légèreté de leur feuillage, les clairs reflets dans l'eau, on serait tenté de revendiquer une bien plus haute place pour Salomon van Ruysdaël, el en vouloir un peu à Jacob de l'avoir rejeté longtemps dans l'ombre.
Hélas ! le pauvre Jacob, ce n'es! guère sa faute, el il est invraisemblable qu'il ail jamais entrevu même en rêve, ou lorsqu'il revenait, un peu las, de prendre ses croquis dans les dunes d'Overveen, les centaines de milliers de florins que vaudraient les toiles qu'il était plus d'une fois lieureux de vendre tout juste une quarantaine, et des grandes!
Unis lorsque peu à peu on entre clans son œuvre, qu'on s'} enfonce comme dans une grande forêt, qu'on s'y absorbe comme dans une solitude, on éprouve dès sensations assez Tories pour mieux se rendre compte des situations respectives, et l'on se coin aine que si Salomon lui \\\y peintre exquis, injustement oublié pendant longtemps, un peintre à régals légers et raffinés, il fut, lui, véritablement un grand homme.
Sa vie, la voici toute, juste en ce qu'elle peut tenir de lignes. Il naît en IH2S à Haarlem; il a pour père fsaac van Ruysdael qui est frère de Salomon. et qui esl marchand de cadres, peut-être peinte»', mais pas très brillant en Ions cas. Il reçoil quelque éducation médicale, croit-on, mais rien n'es! moins démontré; picturale, de son oncle Salomon, et peut-être aussi d'Allarl Van Everdingen I (iil-ltiT.'i mais cela n'esl pas prouvé davantage.
En ce qui concerne Allait Van Everdingen. bien que ce suit un bon peintre, estimable, solide, il suffira dédire que né à Alkmaar, il fut élève de Roelandl Savery, et aussi de PieterMolyn qui le rai lâche quelque peu à l'école d'Haarlem; qu'il a i si la la Scandinavie, avant de revenir se fixera Haarlem, puisa Amsterdam.
el de s'y faire i spécialité de paysages accidentés, aux chalets perchés sur des
rocs sapineux, aux cascades bondissantes et écumeuses, rapportés ou inspirés de ses voyages en .Norvège. Ce sont ces paysages à bouillonnantes chutes d eau qui fonl supposer qu'il donna des leçons à Jacob dans l'œuvre de qui se trouvenl quelques page-, de même >l\le. 1res réussies, très dramatiques, de même motif presque. Il esl fort vraisemblable que Ruysdael a entrepris lui-même ce voyage, car ses paysages sonl plus fortemenl accentués encore que les meilleurs d Ever-
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dingen. Ce n'est pas une expédition, pour un Hollandais, si lointaine si coûteuse et si périlleuse, que Kuysdael ne l'ail pu tenter même avec de faillies ressources.