POTTER
Château de Bentheim : ou encore ce tableau -i désolé, qu'on appelle le Cimt il, ? Juifs, où il semble que le peintre s'en soit donné tout ;'i son saoul, île cette humeur sombre qui le prenait comme un nuage gris crevant -ni' les dunes. Il
passe aussi à des tableaux plus reposants et plus sains, j'entends moins invitants au découragement : les vues d'Haarlem du haut des dunes, telles qu'on en admire à la Haye, à Berlin ; ou encore la gaie et fine Plage du musée de la Haye ; ou, bien que grave et ans 1ère d'harmonie, l'admirable M '< ou lin à venlde Buckingham Palace. Il faudrait encore dire les grands marécages qu'il aime à faire embrasser d'un coup d'œil, les forêts sombres dont il montre l'entrée, les tempêtes qu'il regarda se déchaîner sur la merde Haarlem, ou sur les côtes, et dont le beau tableau du Lom re estun saisissant spécimen. Mais l'œuvre deRuysdael esl longueà explorer, longue à décrire, arrête longuement à chaque coin. Ile dire, encore, que c'est un grand peintre, qui dessine avec la force incroyable que donnent les minutieuses, les infatigables études, et qui peint avec des matières probes, durables, 1res raffinées quoique parfaitement solides et rassurantes, ce sont des remarques à faire lorsqu'il ne reste rien à dire du cœur. L'admirable cohésion de ces tableaux. l'harmonie non pas seulement de la couleur, mais encore du dessin, entre le ciel et la terre, qui se tiennent ensemble et se complètent comme les parties d'un organe, voilà qui donnera aux hommes et aux artistes de belles et liantes leçons. Jacob Van Buysdael, lorsqu'on l'a bien compris et bien aimé, vous aide à trouver, à l'égard de la nature, des trésors de désir et de tendresse dont vous ne vous soupçonniez pas capable.
C'est la raison d'être, j'allais presque dire l'excuse des grands paysagistes ou naturistes hollandais du x\u siècle, d'avoir détaché celle parcelle du domaine plastique, d'avoir porté toute leur attention et toutes leurs forces sur ces morceaux de nature (pie les primitifs flamands n'ignoraient point, aimaient au contraire, mais maintenaient dans un rôle secondaire, ne montrant de paysages que par les baies des salles, ou ne laissant qu'accidentellement les bètes se faufiler entre les jambes des personnages. Les maîtres du \vu siècle aimèrent à leur tour ces choses d'un si intense amour qu'ils leur donnèrent la grandeur par la simplicité, et le sl\le par l'attention. Leur œuvre est solide ;. peu importe que dans les âges suivants, et surtout dans celui-ci même, à pari les grands Anglai&'comme Constable, Old i. rouie et les grands peintres français comme Rousseau, Corot, .Millet, il \ ait en cent mille paysagistes, se campant devant le premier champ venu, et le photographiant avec autant de prétention «pie de platitude. Les naturistes hollandais ne sont pas responsables de cette mauvaise herbe. Eux seuls, à travers les temps, donnent toute leur éloquence aux choses simples, aux êtres qui vivent sur la terre et de la terre, à ces êtres sans gloire mais non sans mission, si humble soitelle, hommes ou bêtes que les anciens désignaient du seul nom à'animantia. In de ceux qui ont le mieux l'ail sentir celte intensité d'attention apportée à celte vie végétative, c'est Paulus Potter | tii^.'i-lii.'i:! .
Par ^\f> moyens différents, et dans une différente situation de vie, Potter est arrivé aux mêmes lins que Buysdael. De famille aisée, non dépourvu de succès ni
ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE
de fortune, Potter eut de semblables attendrissements et de semblables mélancolies. Ruysdael avaittraîné sa vie dans la misère, Potter portait sa mis,'.,-,. ,.„ |„i ■