PAUL US POTTEB. — VACHES PAISSANT
Comme Paulus Potter a bien rendu toul cela, ou, si l'on préfère, car en vérité
on ne sait plus, c me tout cela est bien imité de Paulus Potter! L'artiste el la
campagne s'aimaienl profondément, el c'était entre eux à qui se prouverai! le mieux cet immense et si calme amour : l'une en lui découvranl li mis les trésors de sa trompeuse monotonie ; l'autre en la portraiturant trait par trait, avec un soin infini, comme on \oil dans les tableaux des primitifs saint Luc portraiturant la Vierge. Lui, c'esl la Féconde <|u'il grave de son pinceau patient.
Ce lin et maladif jeune homme, de mise el de manières raffinées, si pâle, si consumptif, voué évidemment à la mort précoce du phtisique, esl celui qui ace plit celle œuvre robuste. Oui, ce maigre jeune bourgeois aux longs cheveux roux dont Van der Helst nous donne le portrait, si soigne avec sou vêtement de satin noirci son linge très blanc, n'avait point la hâte et la fièvre des autres malades -i portés à brûler la \ic sentant que la vie les brûle. Au contraire, il s'\ cramponnait lentement el tendrement.
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Et maintenant voici le Taureau du musée de la Haye. Les critiques avec leur
assommant jargon onl souvent dit, vous le savez, les défauts el les qualités de cette peinture. C'esl de la besogne faite, bien faite, trop bien faite. Ce qui a choqué certains est justement la raison d'être de toute l'œuvre el la clef de
l'âme de l'artiste. Je parle du soin extrême de chaque détail. On dirait, si l'on ne faisait pas attention, être en présence d'un puéril trompe-l'œil : c'est buriné poil à poil, brodé touffe de laine par touffe de laine. Un orfèvre, un de ces primitifs à la fois orfèvres el peintres, n'aurait pas ciselé plus opiniâtremenl la petite grenouille placée aux pieds de la bête, la bouse qu'une vache a lais>é tomber el qu'une mue de charrette ;i coupée d'une ornière, les brins d'herbe, les petils tourbillons de poil de l'échiné, l'écorce de l'arbre, le rugueux des corne- >\u bélier, le museau rose des moulons, la barbe du berger; fout cela esl d'un patient bijoutier, résigné et aimanL.
Il en esl de même non seulement de toutes les parties en avant du tableau, mai- encore des moindres places lointaines; une pie est indiquée d'uiîe touche, près d'une petite vache qui est à cinq cents mètres, à mi-chemin de la ferme cachée entre les arbres, dans toute celle échappée deplaine si délicieusement fine ri toile La pâle dorure répandue sur toute l'œuvre esl admirable. Si l'on ne s'arrêtait qu'aux détails, on serait perdu, car on ne comprendrait plus ce tableau ; si'on ne s'y arrêtait pas, on serait plus malheureux encore, parce qu'on perdrait le plaisir de longs attendrissements. Il faut, en même temps, les sentir el les oublier, pour avoir la communication complète de l'envahissante, simple et intense âme animale, qui, peut-être, ne vit avec celle extrême force que grâce à cet extrême soin.
Si vous avez eu pour ce grand tableau les admirations nécessaires et les indulgences propices, vous pourrez maintenant, dans les petits, apprécier sans restriction les qualités de soin, de savoir et de force. Déjà au Louvre, bien que cela ne suffise point pour connaître Potter, vous aurez admiré ce petit ('lierai blanc, >i bien pommelé de noir, si bien en arrêl eu ce moment, et si prêt à reprendre le galop; puis cette belle esquisse plutôt (pie tableau d'une Prairie avec des bœufs; enfin ce minuscule et vaste Bois de la Haye, peint d'hier, conservé si vert, si frais et si actuel. Au musée de Cassel, deux petits tableaux parfaits : en miniature toutes les qualités de volonté et de précision du Taureau de la Haye, prenant ici une netteté, une précision, un ramassé extraordinaires. In autre petil Bois île la Hai/e, au musée de Berlin, qui est encore plus à l'étal de neuf que le nôtre, avec son équipage attelé de chevaux blancs, sa meute. ses chasseurs et ses cavaliers. Les la Idéaux du musée île l'Ermitage, 1res (•('délires, ceux du musée d'Amsterdam, inégaux : certains délicieux comme les Bergers et leur troupeau, les' Chevaux dans la Prairie; certains curieux comme ce bizarre Orphée botté, charmanl les animaux, y compris une licorne peinte avec aillant de sérieux el de soin que si Potier l'avait vue poser pour lui dans la plaine de Delfl ou s'arrêter complaisammenl à la lisière du Bois delà Haye; enfin un très grand qui a peut-être été beau, la Chasse aux ours, bien que dramatique et sortant du genre habituel de Potier, mai- qu'on esl hors d'étal d'apprécier car il
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est entièrement repeint par un mauvais peintre. Dans la collection Six, un des meilleurs petits tableaux, avec sa plaine lointaine, dans laquelle sont admirable-
ment peints^ une belle vache, un berger, un chien, et la mare, au premier plan, où une femme en juj -ouge et casaque gris viole tvienl récurer un baquet.
Enfin, il faul revenir, pour finir la revue, au musée de la Haye, devant cette petite merveille de La Vache qui se mire, si Limpide, si honnête, et dans laquelle des figures de baigneurs, hautes comme le tiers du doigt, ont la puissance et la sûreté de ligures de Michel-Ange!
Potter avait eu pour père et aussi pour maître (son autre maître fut Jacob de Weth) Pieter Potter, un brave peintre un peu incertain de lui-même, mais don! les Coupeurs de paille âxi musée d'Amsterdam indiquent un sincère. Paulus peignil successivement à Delft, à la Haye, et enfin à Amsterdam, où il mourut : mais nous considérons que c'est à Delft qu'il se forma véritablement. l>e l'école <le Delft il a le calme, le relief et la force, en même temps que la belle matière.
Nous avons conscience que nous venons d'employer là une expression assez vague, bien que séduisante el fort à la mode. Mais après tout, le charme
du ternie est dans la multiplicité de ses acceptions, dans la variété mê
îles cas auxquels il peul s'appliquer. Il y a la belle matière de Van Goyen et de Van der Neer, qui est légère el subtile, el la belle matière de Ruysdael qui est au contraire sobre, nourrie el serrée. Nous verrons celle de Pieter de Hooch, qui est vraimenl riche, précieuse el éclatante, mais pas à la façon de celle de San der Meer de Deltf qui a les mêmes qualités pourtant avec une saveur différente. Il en faul donc conclure et d'autres exemples seraienl aussi bien lires de Rembrandt, de liais, et même parfois de peintres très inférieurs qu'il es! forl difficile de définir en quoi la matière d'une peinture mérite d'être appelée belle.
C esl une affaire de perception délicate el exercée, qui se sent plutôt qu'elle
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ne s'explique, et l'école hollandaise plus qu'aucune des autres écoles d'Europe nous met à même de développer en nous ce goût et ce Lad spécial, car il n'en est
aucune qui ait pousse plus loin ses recherches el dans des sens plus divers. Ces maîtres hollandais permettent de comprendre, par des exemples sans ers.,. ,.,.. nouvelés, que la beauté delà matière dans une peinture lienl lantôlà l'emploi el
à l'effet, tantôt à la qualité seule des substances, mais le plus souvent à l'accord entre un excellent métier, très calculé et très réfléchi , et une heureuse inspiration du moment.
La preuve c'est que chez un même maître la matière n'est pas toujours également belle, ou qu'elle ne l'es! pas toujours de la même façon. Dansl'œu\ re de Rembrandt, par exemple, nous avons vu la Bethsabée et les Pèlerins d'Emmaiïs être chacun d'une matière admirable et profondément différente. Chez Jan Steen, que nous éludions plus loin, il est des tableaux, même réussis, qui sont d'une